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L'île maudite du professeur Bosch : 5

5 - L'âpre loi de la guerre



« Je note que nous plongeons vers le sol, ne serait-il pas au contraire plus avantageux de monter en altitude pour profiter de notre plafond ?
- Vous dis-je, monsieur le Commissaire, comment mener vos enquêtes ? Alors laissez-moi combattre à ma guise, c'est ma partie après tout. Pour votre information, j'ignore si notre plafond est effectivement plus élevé que le leur, mais dans tous les cas notre taux de montée est bien inférieur et de ce fait, ils nous aurons pulvérisé bien avant que nous ne soyons en mesure de les semer. Du reste, nous n'avons aucun équipement de supplémentation en oxygène, et lorsqu'on se promène aux altitudes de l'Everest, c'est tout de même bien utile.
- Ah.
- En revanche, puisque vous occupez le poste d'observateur, vous seriez bien inspiré de reculer votre siège jusqu'à la verrière idoine et de prendre les commandes de ces deux mitrailleuses de calibre 7,92 mm tirant vers l'avant, et... oh mon dieu... Lorna, ma chère...
- ...
- Vous voyez le siège à l'arrière ? Avec les deux mitrailleuses mobiles ?
- î ?
- Vous seriez un ange de les actionner et de... euh... je ne sais pas moi, effrayer nos ennemis, au moins.
- Mais Jack voyons, je ne saurai jamais comment faire ?
- Vous aviez l'air de bien vous débrouiller dans « Le siège de Johnstonburgh », d'Alan J. Krasgurvik. C'est le même principe.
- Ah d'accord. Alors attendez, le chien, le sélecteur de tir, la douille de...
- Au fait, Commissaire, avez-vous songé à nous pourvoir en munitions ?
- Je crois que le nécessaire a été fait, j'avoue n'avoir pas vérifié.
- RATATATATATATATATA... firent les MG 15 de Lorna.
- De toute évidence, c'est le cas. Lorna, ma chère.
- Oui ?
- Quoi qu'il advienne, vous prendrez garde à ne pas tirer dans la queue de notre appareil, n'est-ce pas ?
- Je sais que je suis blonde, mais je ne vois pas quel genre de considérable imbécile pourrait faire une chose pareille. Oh, il est déjà là ! Je dois tirer dessus ?
- Ce serait approprié, en effet.
- Comme dans le « Siège de Johnstonburgh » ?
- Tout à fait.
- Maudit confédéré, tu vas payer pour le viol de ma petite sœur Miranda !
- Vous n'êtes quand même pas obligée de nous sortir le dialogue du « Siège de Johnstonburgh »
- Ça m'aide à me concentrer. RATATATATA...
- Ne gaspillez pas les munitions ! Commissaire, je vais manœuvrer pour éviter leurs tirs, tâchez d'avoir l'œil vif et tirez quand je les ai dans l'axe.
- Compris ! Attention, il y en a un qui...
- J'ai vu... »
Le BV 141 fit un tonneau et plongea de plus belle tout en sortant les aérofreins afin de perdre un maximum de vitesse, puis se rétablit à quelques mètres au-dessus de la cime des arbres, dans le but de sortir de la ligne de tir et de forcer au moins l'un des deux chasseurs à le dépasser en trombes.
« Commissaire, feu !
- Compris ! Prends ça, maudit boche ! »
Une longue rafale retentit, qui décoiffa pas mal d'arbres mais manqua son objectif, car l'Allemand, comprenant le piège que lui tendait Whiskers, avait sorti volets et train d'atterrissage afin de perdre à son tour de la vitesse, et passa au-dessus de la cabine du BV 141, hors d'atteinte. Oubliant qu'il était en présence d'une dame, Jack poussa un juron et remit les gaz, plongeant sur la droite le long d'une petite rivière qui serpentait mollement entre les hautes futaies.
« Ah, ils sont plus malins que prévu !
- Îîîîî ! Il arrive, il arrive par derrière ! Je peux tirer ? Je peux tirer ?
- Mais bien sûr, ça va l'empêcher de nous garder en ligne de mire et...
- RATATATATATA... Oh non ! Seigneur Jesus, mais c'est terrible !
- Qu'y a-t-il Lorna ?
- Vous croyez qu'il est blessé ?
- Qui donc ?
- Oh le pauvre, regardez, mais regardez donc, il s'écrase ! Il explose, il est... OH MON DIEU ! Jack, je crois que j'ai tué cet homme...
- QUOI ? »
Jack se retourna et, grâce à la transparence du cockpit, put constater que Lorna Dale venait d'enregistrer sa première victoire en combat aérien. Derrière le visage défait de la malheureuse comédienne, un grand champignon de flammes rouges mêlées à la fumée noire s'élevait lentement dans le ciel, spectacle que notre héros ne connaissait que trop bien.
« Mais ce n'est pas grave, Lorna, ce n'était qu'un Allemand. Allons, ayons l'œil, le second appareil ne doit pas être bien loin.
- Il nous survole, Capitaine, à huit heures, comme vous dites dans votre jargon.
- Nous sommes dans un mauvais cas. Lorna, puisque vous semblez vous débrouiller, visez ce guerrier teuton et envoyez-le au Valhalla !
- Mais je ne peux pas, c'est bloqué !
- Qu'est-ce qui est bloqué ? »
De fait, l'angle d'action de la double mitrailleuse orientable assez étroit, de sorte qu'il était arrivé en butée, et le pilote du Messerschmitt semblait en être parfaitement averti. Il se maintenait soigneusement hors d'atteinte, et profitait de sa puissance supérieure pour rattraper le BV 141. Jack le suivait d'un œil tout en décrivant de larges courbes pour épouser le tracé de la rivière, exercice délicat à si basse altitude. Puis soudain, le chasseur plongea en une vrille mortelle et, bien que l'intrépide aviateur Américain se fut lancé dans une vertigineuse manœuvre d'esquive, l'Allemand ne s'y laissa pas prendre et eut l'appareil de reconnaissance dans son viseur durant une demi seconde, durée suffisante pour qu'une grêle de balles en constelle la voilure, le moteur et le cockpit. La coque métallique tendue comme une corde à piano résonna d'un vacarme hideux, mais l'appareil resta manœuvrable, de sorte que Whiskers put se dégager avec habileté et s'esquiva de sorte à gagner quelques secondes. Le moteur BMW émettait maintenant un bruit du genre « rataflop rataflop », qui indiquait que quelques cylindres étaient hors service, néanmoins, il demeurait opérationnel – c'était bien là tout l'intérêt des moteurs en étoile. Mais Jack avait perdu son ennemi de vue.
« Où est-il ? Mais où est-il donc passé ?
- Je pense que je le vois, annonça le Commissaire. Il rompt le combat, dirait-on ! C'est fantastique, nous sommes sauvés !
- Bon sang, mais vous avez raison ! Il fuit, alors que nous sommes à sa merci ? Intéressant...
- Suivons-le, il nous conduira à sa base.
- Nous n'arriverons jamais à le rattraper, surtout pas avec ce moteur. Mais je pense savoir où est sa base, et pourquoi nous ne parvenions pas à la localiser.
- Vraiment ? »

« Voyons Capitaine, vous déraisonnez ! Comment une telle chose serait-elle possible ? »
Le soleil se couchait sur Boma et son commissariat tandis que dans un grand bureau à l'écart des oreilles indiscrètes, Jack avait étalé des cartes de la région. Il n'avait rien voulu dire de plus avant d'avoir pu consulter la topographie de la région, mais après avoir un peu joué du compas, de la règle et du crayon à papier, il semblait sûr de son fait.
« Il n'y a pourtant aucune autre explication. Voyez vous-même, j'ai reporté ici les différentes apparitions de ces avions allemands, celles dont nous avons été témoin et celles que vous ont rapporté les indigènes. Vous observerez qu'aucune de ces incursions n'a eu lieu à plus de deux cent cinquante kilomètres des côtes. Or précisément, le Messerschmitt 109 K a une distance franchissable quelque peu inférieure à 600 kilomètres.
- Cela ne suffit pas, voyons.
- Non, mais souvenez-vous maintenant de notre mésaventure de tout à l'heure. Pourquoi l'ennemi a-t-il rompu le combat alors qu'il nous avait touché ? Sans doute pas par pitié. La seule explication rationnelle, c'est qu'il craignait d'être à cours de carburant. Et il a détalé vers l'est, vers la mer. Ce n'est donc pas dans la forêt qu'il faut chercher cette base, mais en pleine mer.
- Vous vous rendez compte de ce que vous dites ? Un porte-avion ?
- Je suis d'accord, c'est extraordinaire, mais attendez, il y a mieux ! Vous vous souvenez aussi que l'autre avion, celui que miss Dale a si magistralement abattu, a fait une manœuvre hardie pour éviter de nous dépasser. En particulier, il a sorti son train d'atterrissage. Eh bien à cette occasion, j'ai noté que le train en question ne ressemblait pas à celui d'un BF 109 ordinaire, il était lourdement renforcé. Enfin, j'ai distinctement noté sous la queue une crosse d'appontage.
- Incroyable ! Mais alors vous aviez raison ! Mais comment ?
- Nous savons que la Kriegsmarine possède un porte-avion, le... ah, ça va me revenir...
- Oui, le Kaiser Wilhelm. Mais vous vous doutez bien qu'un tel monstre ne peut s'éloigner de son port d'attache sans que l'Amirauté soit au courant, à Paris. Il est sûrement au mouillage à Hambourg. Je vais me renseigner.
- Sûrement.
- Cela dit, même si c'était le cas, on l'aurait sûrement repéré au large des côtes, ce fameux porte-avion. Il y a quand même des vols réguliers au-dessus de la zone, des pêcheurs, ce n'est pas vraiment discret.
- Vous avez raison, mais pourtant, c'est la seule explication logique.
- Que mystère, vraiment ! C'est à s'en arracher les cheveux.
- Ah, je n'y comprends plus rien. Nous y verrons peut-être plus clair demain après une bonne nuit de sommeil.
- Vous avez raison, une nuit de sommeil, et surtout un bon repas. Je vous invite en ville chez Papa M'baya, le roi du nolo ! »
Tags: l'île maudite
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