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La revanche du macareux sanglant

Dans le dernier numéro de "Pour la Science", on apprend que Mikhaïl Gromov, le célèbre (hum...) mathématicien franco-russe de l'IHES, a obtenu le prix Abel (remis par l'Académie Norvégienne des Sciences et Lettres en lieux et places du prix Nobel de mathématiques, qui brille par son absence), pour ses travaux sur la géométrie riemannienne. Gromov est le troisième Français à recevoir ce prix, après Jean-Pierre Serre en 2003 et Jacques Tits en 2008. Seule ombre au concert de louanges, René-Marie Gtfo a exprimé sa vive amertume d'être une nouvelle fois privé de la reconnaissance de ses pairs.

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Sinon, chaque mois, je lis en dernier la chronique de Didier Nordon parce que c'est comme dans le poisson frit : les petits morceaux bien caramélisés qui restent au fond de la poêle une fois qu'on a tout bouffé, là, et c'est le meilleur alors on se le garde pour la fin. Et ce mois ci, l'un de ses articulets a résonné à mes oreilles comme le lait et le miel. Enfin... c'est pas que je lise avec les oreilles non plus. Bon, bref, alors voilà ce qu'il a écrit :


ALARMER POUR SEDUIRE


  Les Proceedings of the National Academy of Sciences (10 février 2009, p. 1704) publient des prévisions - portant sur le prochain millénaire, pas moins ! - des " changements imposés par l'homme au climat ". Les chercheurs ont utilisé 22 modèles numériques, ce qui les a conduits à diviser la terre en trois zones. Une zone sur laquelle au moins 16 modèles prévoient une augmentation d'es précipitations, une zone sur laquelle au moins 16 modèles prévoient une diminution et une zone sur laquelle aucune tendance ne se dessine
  Cette dernière zone a une surface du même ordre de grandeur que chacune des deux premières. Dans ces conditions, le fait qu'une majorité nette se dégage quant à l'avenir climatique des deux premières est-il probant ? Une majorité n'est pas un argument scientifique ! Ne devrait-on pas plutôt admettre que, puisque les modèles entrent en contradiction sur une zone étendue, c'est qu'on n'a pas bien saisi l'ensemble du phénomène dont on tente de rendre compte ? Tant qu'on ignore quel modèle est fiable, il faut s'efforcer de mieux cerner le problème et, en attendant, s'abstenir de conclusion.
  S'abstenir ? Malheureux ! Ce serait contrevenir à la déontologie en trois points du chercheur moderne : publier à tout prix, faire des prévisions alarmistes et obtenir un écho médiatique.



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Enfin, dans les dernières pages, traditionnellement consacrées à l'histoire des sciences, un article consacré à... un journaliste, Henry de Varigny (1855-1934). Ce monsieur est né quatre ans avant la publication de "L'origine des espèces au moyent de la sélection naturelle ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la survie", de Charles Darwin. Cet ouvrage va déterminer toute la vie du gentil Henry, puisqu'il va en consacrer une bonne partie à populariser la théorie de l'évolution en France. Et il aura du boulot.
Parce que bizarrement, ça va prendre du temps. Il est de bon ton aujourd'hui de conspuer ces cochons d'Amerloques et leur "Intelligent Design" sorti tout droit de la bible d'un curé, mais on devrait se souvenir que chez nous, les thèses de Darwin, qu'il a donc énoncées en 1859, ne furent acceptées par la communauté scientifique française que dans les années 1930 ! La raison ? L'influence catholique peut-être, bien que la France fut une république laïque, voire laïcarde. Le rejet des idées venant de "l'estranger", sans doute. Et puis aussi, cite l'auteur de l'article, le fait que... les scientifiques Français ne parlaient pas les langues étrangères.
Toujours est-il qu'en 1883, la revue Américaine "Science" évoque en ces termes peu charitables la science Française :

" Les français sont fort en retard par rapport au grand mouvement de ces dernières années. Envisageons seulement combien ils retardent dans la compréhension et l'acceptation de la théorie darwinienne. (...) Nous ne croyons pas que la science française ait jamais été à un niveau aussi bas que maintenant. "

Ceci donc en raison, notamment, du fait que les savants Français étaient trop fiers pour apprendre l'anglais.

Soixante-dix ans de retard en biologie !

C'est comme si on découvrait aujourd'hui seulement la théorie du Big Bang...

Notez que si cette funeste école de pensée franco-franchouillarde s'est depuis longtemps ridiculisée, et que bien sûr, tous les chercheurs modernes parlent anglais, il est encore des gens pour soutenir sans rire que la langue de Shakespeare n'est pas utile pour faire de la science. D'aucuns méritent des baffes.
Tags: science
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