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L'épopée fantastique

L'autre jour, au bureau, je vais aux toilettes avec sous le bras quelques papiers et un stylo. Je fais ce que j'ai à y faire, puis je retourne à mon bureau me livrer à mon ingrat labeur. Au bout de trois minutes, j'ai besoin de noter quelque chose sur un cahier, et je recherche mon stylo. Introuvable ! Je regarde sous le clavier, sous le téléphone, entre les piles de papier, ce maudit ustensile a disparu. Soudain, il me revient à l'esprit mon escapade sanitaire. Je retourne donc aux toilettes et, au sommet du dévidoir à PQ, trouve avec satisfaction l'objet de ma quête, dont je m'empare.

De cette aventure que l'on peut difficilement qualifier d'odyssée, chiche que je trouve quelque chose d'intelligent à dire ?

Bon, accrochez vous. Donc, revenu une nouvelle fois à mon fauteuil tournicotant, je fus pris d'un vertige métaphysique. Etait-ce bien mon bic ?

Certes, je l'avais trouvé en un lieu que j'avais fréquenté quelques instants plus tôt. C'était le même modèle de la même marque (un bic cristal noir, je n'écris qu'avec ça) présentant les mêmes marques d'usure (en l'occurrence aucune, je ne suis pas mordilleur). J'avais un bon scénario, en outre, pour expliquer sa présence en ces lieux : j'avais roulé les feuilles pour qu'elles tiennent sur le présentoir, qui est étroit, avec le stylo au milieu, et au retour, j'avais pris les feuilles et comme le rouleau se défaisait, le bic avait glissé sans que je m'en aperçoive. Les probabilités pour que ce fut bien mon stylo étaient donc assez élevées.

Mais de là à dire que c'était bien MON stylo avec une absolue certitude, il y a un monde.

Car rien n'empêche de supposer qu'après mon départ, un autre quidam ai eu besoin de s'épancher et, dans la même situation que moi-même, aurait déposé son objet au même endroit - seul lieu, du reste, permettant de se délester de son chargement le temps de procéder à la vidange. Certes, dans ma boîte, les bics sont rares. Notre société a en effet une politique d'achats stricte qui proscrit les stylos de marque Bic, sans doute parce qu'il existe des ersatz chinois de piètre qualité permettant d'économiser, en une année, l'équivalent d'une journée de salaire du consultant en costkilling qui a eu cette idée géniale (ce sont MES bics, je les ai achetés spécial avec mes sous à moi). Mais le bic cristal est un objet assez facile à se procurer (quoi que... mais c'est un autre sujet), et je ne suis sûrement pas le seul à apprécier la rusticité fonctionnelle, la régularité d'écriture et la fiabilité incomparable de cette bonne vieille sarbacane des préaux. Du coup, un autre aurait pu commettre l'étourderie, et moi, je serai responsable d'un vol involontaire. Evidemment, le personnage en question aurait dû être rapide : cinq minutes s'étaient écoulées entre mes deux passages, ce qui laisse peu de temps pour se laver les mains - mais c'est faisable. A ceci près que les toilettes sont équipées d'un minuteur et d'un détecteur de présence, permettant d'allumer la lumière quand quelqu'un entre, afin d'économiser l'énergie (et d'user plus vite l'ampoule). Donc, l'homme-mystère aurait dû se faufiler juste derrière moi, faire ses besoins à toute vitesse, oublier son stylo et repartir tout aussi vite, probablement sans se laver. Notre sagouin devait avoir une réunion importante, pour laquelle il était en retard mais tenait néanmoins à avoir la vessie libre - cas de figure que je puis comprendre. Oui, mais alors, quid de MON bic, celui que j'ai perdu et remplacé - à mon corps défendant - par celui d'un autre (qui du coup, se trouve débicqué) ? Si je ne l'ai pas perdu dans les toilettes, où l'ai-je donc semé ? Je suis coutumier du semage de stylos, hélas, toutefois, l'étude de mon propre parcours, et la certitude d'avoir emporté par devers moi l'objet du délit avec mes feuilles, me convainquent bien qu'à l'évidence, j'ai bien dû laisser le bic aux toilettes. Du coup, intervient un troisième personnage, celui qui a piqué le bic que j'avais laissé aux toilettes. A moins de considérer que le voleur de bic et le semeur de bic ne sont qu'une seule et même personne ! Songez à la scène : L'homme pressé entre dans la cabine, et sur le bord du dévidoir, avise la pointe que j'ai étourdiment abandonnée. Fourbe et cruel, il s'en saisit, d'une main (l'autre étant occupée à manier une autre sorte d'ustensile), et le fourre dans une poche intérieure de son costume de mauvais goût. Mais, comme il a les mains encombrées, il est ensuite contraint de poser lui aussi ses affaires sur le fatal débobinoir à PQ, avant de se concentrer sur ce qu'il est venu faire. Content du soulagement obtenu autant que du larcin ignoble dont il vient de se rendre coupable, le voici qui s'égougoutte, se rebraguette et s'en retourne à son travail, oubliant sur le coup de l'émotion de récupérer son propre stylo que du coup, j'ai rudement bien fait de lui prendre, à ce con, vous en conviendrez !

D'aucuns diront que je me monte le bourrichon. Mais le fait est que je ne peux en aucune manière prouver formellement que ce bic lové aujourd'hui dans la bannette de mon caisson est bel et bien celui que j'ai payé de mes deniers chez Auchan le mois dernier. C'est bien la preuve de la scélératesse de ce chacal des prairies qui est venu pisser dans mes toilettes après moi pour me piquer mon crayon.


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Tags: horus vivant
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