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Centre en retrait d'Anne Frank...

Les Pays-Bas sont une grande nation du football qui s'est toujours donné la mission d'écrire des parmi les plus glorieuses de ce beau sport. On citera par exemple Johan Cruyf, ou bien Johan Cruyf, ou pour les plus anciens, Johan Cruyf. Outre ses exploits - malheureusement infructueux - en coupe du monde, l'autre pays du fromage s'ennorgueillit de quelques clubs mythiques ayant fait les beaux soirs des coupes européennes, et en particulier deux, le Feyenoord de Rotterdam et son rival, l'Ajax d'Amsterdam.

Rival, ou plutôt, dans l'esprit de leurs supporters, ennemi. C'est peu dire que les rencontres entre ces deux formations se jouent dans un climat cordial qui n'aurait rien à envier à un OM-PSG en finale de la Coupe de France, ou à un Allemagne-Pologne en ouverture d'un championnat de guerre mondiale. C'en est au point que les dirigeants d'Amsterdam ont monté une passerelle enjambant le parking pour aller directement depuis le stationnement des bus de Rotterdam jusqu'aux tribunes, passerelle couverte afin d'éviter que les supporters de l'Ajax ne canardent leurs têtes de turc à coups de cannettes ou de cailloux.

Il se trouve que la ville d'Amsterdam a connu, au moyen-âge, une forte communauté juive, et qu'elle est restée dans l'imaginaire populaire batave "la ville des juifs" tout comme San Francisco est "la ville des gays" pour les Américains. Du coup, les supporters ont pris coutume d'appeler "les juifs" leurs homologues de l'Ajax.

Là où l'affaire devient intéressante, c'est que les supporters d'Amsterdam, loin de se formaliser de ce qualificatif, l'ont repris à leur compte. C'est ainsi que dans leurs cortèges, il est courant de voir arborer des étoiles de David, menorahs et autres symboles israélites, voire Israéliens. Et ceci alors même que, de par les aléas de l'histoire, il n'y a plus des masses de Juifs en Hollande, et pas beaucoup plus à Amsterdam - et du reste ceux-ci se gardent sagement de fréquenter les stades où l'adversaire scande "Hamas Hamas les juifs au gaz". Les "Joden" de l'Ajax sont d'ailleurs, bien souvent... d'authentiques musulmans. Amsterdam, en effet, compte 40% de sa population d'origine étrangère, souvent Turque, et donc, volontiers portée sur le foot.

Tout ça pour dire que dans nos sociétés bien promptes à juger de la forme sans rien connaître du fond, on pourrait être tenté de considérer comme antisémite une rhétorique qui, lorsqu'on est instruit de l'histoire des choses, s'avère n'être qu'une rivalité de hooligans guère différente, si ce n'est dans son ampleur, de nos querelles de clochemerle.

Tags: belles histoires
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