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La catin de Baentcher II - Chapitre 13

Chapitre 13. La Sombre Tour de N'arthrex

L’obscurité complice dissimula l’approche de nos compères à la surveillance des Parløphones, et comme aucune garde n’était montée dans le périmètres, ils parvinrent sans encombres au pied de la tour aveugle. Ils la contournèrent pour se retrouver à l’exact opposé de la porte, et durent s’arrêter lorsqu’ils se retrouvèrent face à un précipice : le donjon surplombait une falaise d’une dizaine de mètres de hauteur, qui elle-même donnait directement sur un lac dont la noirceur interdisait de deviner la profondeur et les contours. Le constructeur de la forteresse s’était ainsi épargné l'excavation d’une douve et l'érection d’un mur d’enceinte en s’appuyant sur la conformation naturelle du terrain.
Toudot sortit alors un long rouleau de corde, à l’extrémité duquel était accroché un grappin. Son plan était limpide. Avec force et habileté, il lança son projectile par-dessus les merlons couronnant l’édifice. Un seul essai suffit.
« A qui l’honneur ?
- A moi, susurra Vertu. Je suis la plus légère, j’assurerai la prise une fois en haut. »
Personne ne contesta. Il ne fallut que quelques secondes à la voleuse pour parcourir la distance, car outre ses qualités de grimpeuse accomplie, elle s’aperçut que le mur n’était pas tout à fait d’aplomb, mais légèrement incliné, et qu’en outre, la taille grossière des pierres et le mauvais état du mortier lui fournissaient des prises qui, pour tout dire, lui auraient permis de tenter l’escalade sans corde aucune.
Elle posa enfin le pied au sommet de la tour, la main gauche sur sa dague, prête à vendre chèrement sa peau en cas d’embuscade. Toutefois, elle ne vit rien d’alarmant, et à en croire les lichens et mousses qui crissaient sous ses pas, il y avait belle lurette que ce chemin de ronde n’avait pas été utilisé à ce pourquoi il avait été conçu. Assez étrangement, le centre de la tour était évidé d’un puits assez large, qui la traversait jusqu’au rez-de-chaussée, et probablement plus bas encore. Un madrier posé en travers du puits supportait deux grandes poulies chargées d’une corde, dispositif qui devait servir à quelque travail de levage. Elle voyait maintenant comment Toudot comptait se déplacer dans la forteresse.
Comme promis, elle attacha la corde autour d’un merlon, et fit signe à ses amis de grimper. Le docteur eut bien de la peine, car il était toujours bien alcoolisé, mais ils le hissèrent finalement. La gamine se colla contre Corbin, qui ne trouva aucun moyen de la décrocher, et prit donc son parti de la monter avec lui. Bref, ils parvinrent en haut.
Des remugles malsains d’encens et de sueur mêlés s’exhalaient du puits vertigineux, dont émanait des psalmodies et des mélopées impies empruntées à d’immondes cultes venus du fond des temps, mêlés aux cris et gémissements de malheureux sans doute suppliciés dans les tréfonds des geôles secrètes que recelaient vraisemblablement l’endroit. Bref, ça puait la secte maléfique à trois kilomètres.
« Je suppose que c’est même pas la peine de demander s’il y a des volontaires. »
Les soupçons de Vertu étaient fondés. Compte-tenu de la conformation de l’endroit, elle prit le parti de descendre à l’envers, c'est-à-dire la tête en bas, se retenant à la force des jambes et se félicitant de porter un pantalon. L’exercice ne posait aucun problème à une acrobate de sa trempe, et avoir le vertige n’était même pas une option. Semblable à une araignée tissant son fil, elle dépassa le toit de pierre soutenu par des arches imposantes et risqua brièvement une tête.
Des amateurs.
Des nuls.
Elle manqua de hurler sa rage et son mépris pour les dirigeants de cette secte et leur incompétence crasse qui gâchait le métier de voleur. Mais elle se retint.
Le trésor était là. Un coffre de fer posé sur une table, contre un mur, éclairé par deux lanternes. Gardé, si on pouvait employer ce terme, par deux sectateurs vêtus de longues robes blanches, l’un trop vieux pour cet emploi, et l’autre trop gros. Ils portaient autour du cou des cornes destinées à ameuter des renforts, et avaient déposé à bonne distance leurs lances courtes, dont les fers tarabiscotés semblaient plus utiles à parader qu’à se battre. Ils jouaient à quelque jeu de carte mais, comme ils n’avaient pas de cartes, ils utilisaient trois dés. Cette activité accaparait toutes leurs facultés cognitives, tant et si bien que le monde aurait pu s’écrouler autour d’eux sans qu’ils s’en alarment. Vertu aurait probablement pu passer devant eux, prendre le coffret et le ramener à l’air libre sans coup férir, mais elle préféra ne pas prendre de risque. Elle se retourna, remonta à la force des bras, et fit signe à Corbin de la suivre.
L’affaire fut vite pliée, et de sanglante façon. Corbin se faufila dans l’ombre derrière le plus vieux, et lorsqu’il fut en place, Vertu tira une flèche mortelle sur l’autre. Un bon coup de surin et les deux zélotes gisaient dans leur sang.
Eh oui, c’est pas très jojo. Non mais vous croyiez quoi ? C’est un donjon, on y va pour piller, pas pour faire de la poésie ni discourir sur les mérites de la non-violence.
Vertu s’approcha du coffret, tandis que Corbin appelait les autres. Elle en examina les parois, qui étaient gravées de motifs nordiques, des aigles semblait-il, un renard enroulé autour de la serrure, et des runes. La petite table sur laquelle il était posé n’avait rien de particulier, il semblait difficile d’y dissimuler un piège quelconque, à moins d’un piège magique, ce qui était toujours possible. Lorsqu’Ange et Dizuiteurtrente furent là à leur tour, ils firent demi-cercle autour du trésor supposé, et l’observèrent avec circonspection.
« Bon, on va essayer le truc du bâton. »
Le truc du bâton, vous le connaissez tous, inutile que je vous l’expose. En principe, les règles de la Guilde prescrivaient d’avoir sur soi une gaffe. Evidemment, aucun voleur vaguement compétent ne cambriolait avec un bâton de deux mètres sur lui. Il existait bien des modèles télescopiques, du genre de ces bidules décorés et emperlousés qui marchent impec quand vous voulez épater vos copains et qui se déglinguent en 36 morceaux dès que vous tentez de les utiliser en conditions réelles. Vertu n’était pas du genre à se trimballer ces saletés, et il était hors de question qu’elle risque d’abîmer son précieux arc. Elle fit signe aux collègues de s’écarter, et encocha une flèche. Wizzz, fit-elle en filant, et chtoc en se fichant dans le trou de serrure. Clic clic clic, firent les douze aiguilles empoisonnées qui se redressèrent d’un coup, transformant la boîte en succédané de satellite de transmission. A l’aide d’une pince, Corbin sectionna les mortels appendices, tout en humant le liquide huileux qui s’en échappait.
« Résine de d’hélicon violacé du Portolan, ça paralyse son homme, mais ça tue rarement.
- Sans doute que ces saint hommes ont des scrupules à l’idée de prendre la vie d’autrui, hasarda le docteur, qui émergeait peu à peu de son état éthylique.
- Franchement, je préfèrerai mourir sur place qu’être prise vivante par ce genre de dégénérés du bulbe. Ah tiens, mais qu’est-ce donc ? »
C’était visiblement un sortilège. Le renard gravé qui entourait la serrure n’était pas qu’un simple ornement et finalement, les pattes de mouche qui le recouvraient ressemblaient bougrement à des runes. La température baissa d’une dizaine de degrés, et des filets de vapeur lourde émanèrent du coffre, cascadant lentement jusqu’à terre. Une curieuse illusion prit place sur la petite table. Cela avait la forme générale et le comportement d’un renard, mais c’était fait de triangles bleus et translucides. C’était un très joli sortilège, assez merveilleux en fait. Et en plus, ça parlait. Et ça disait :
« Pasmwalsel durithdedøozj, djelabirooth okarê sermãnsjinkh jurezynolli av hintampaçê. Thaber nakdesji bwärh ? Thrybjürn asefal dègranphøn. »
Ce qui ne nous avançait guère.
« J’y suis, s’exclama Toudot, c’est du parløj !
- Bien sûr. Heureusement, nous avons le docteur. Docteur, quelle est cette énigme ?
- Eh ? Ah, désolé, j’étais distrait.
- Pasmwalsel durithdedøozj, djelabirooth okarê sermãnsjinkh jurezynolli av hintampaçê. Thaber nakdesji bwärh ? Thrybjürn asefal dègranphøn, répéta bien obligeamment l’évanescent canidé.
- Euh... c’est compliqué.
- Je croyais que vous connaissiez le parløj ? S’étonna Vertu.
- Oui, oui, en partie, mais ce n’est pas toujours facile.
- Ah bon ?
- C’était il y a longtemps. Et il y a des dialectes.
- Je croyais que c’était une langue commune pour l’humanité ? Identique pour tous ?
- Oui, mais selon le bout d’humanité que l’on considère, il y en a des moins identiques que d’autres. Alors si je me souviens bien, okarê, ça veut dire « crépuscule », jurezynolli c’est une espèce de marsouin et pr’brouk c’est soit le sexe de la femme, soit le secteur de boot d’un disque SATA. Attendez... Ah mais ça me dit quelque chose... Mais oui ! Vous là (il parlait à Dizuiteurtrente), vous avez gardé le manuel de parløj ?
- Oui, attendez... Le voici.
- Ah, voilà. C’est exactement ce que je pensais, ce spectre vient de nous citer les premières phrases du « Parløj Langadjà Internationalù », le livre du docteur Zaharof, qui sont en exergue du manuel, regardez, là !
- Splendide ! Je suppose que la phrase suivante est le mot de passe. Allez-y, lisez.
- Hum hum. Alors... « Bavalua balaswinda tharladi r’ladada, Yadissoley edenana tharladi r’ladada. »
Le renard disparut aussitôt, et le coffret s’ouvrit en grand.
« Oh !
- Ben les mecs...
- Putain, c’est trop beau...
- Vous avez un mouchoir ?
- On va s’en fourrer jusque là !
- Y’a gras, c’est moi qui vous le dit.
- Je crois qu’on n’a pas fait le voyage pour rien.
- A ton avis, combien ?
- Première estimation... vu la profondeur de gemmes, je pense qu’on peut en tirer dans les... deux mille, au moins. Mais selon la qualité des pierres, ça pourrait monter à plus.
- Ben voilà quoi.
- C’est presque trop simple.
- Euh... et moi là-dedans ? S’enquit Toudot.
- Oui ?
- Ma princesse.
- Quelle prin... Ah oui, ta princesse. C’est vrai, je l’oubliais l’autre conne. Bon, je suppose qu’on va devoir explorer la tour de fond en combles. »
Tags: la catin de baentcher
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