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Neuilly sa mère

Dans la série des marronniers de la rentrée, outre que ça coûte de plus en plus cher, que les cartables sont de plus en plus lourds et que la prime de rentrée scolaire va faire la joie de la famille Darty, il y a la traditionnelle déroute estivale du cinéma français. Certes, face à la pléthore de superproductions hollywoodiennes déferlant comme les hordes Mongoles sur la Suisse Alémanique, semant carnage et désolation, le pauvre cinéma hexagonal ne pouvait pas faire grand chose. Du reste, il n'a même pas essayé. Faut dire que les journalistes sont en vacances en juillet et août(*), et par conséquent, ça ne sert à rien de sortir un film à cette période, vu que personne ne va en parler et que de toute façon, les Français ne vont pas au cinéma en été, c'est bien connu (ça risque pas du reste, si on on ne sort pas de film).

Bref, au-dessus de ce marasme, flotte toujours quand même un ou deux films témoignant du fait que le cinéma Français n'est pas tout à fait mort. Cette année, c'est "Neuilly sa mère". Curieux du phénomène, et trouvant par ailleurs que Mme Brakni ne manque pas de charme, je suis allé le voir hier. J'en suis ressorti tout à fait satisfait, et les réactions de la salle m'ont informé que c'était un sentiment assez partagé.



Ce n'est pas que le film soit transcendant d'originalité dans la forme ou dans le fond. Il ne vous fait pas rouler de rire sous les sièges à chaque réplique, on est plutôt dans le léger, en particulier dans toutes ces réjouissantes référence à la rhétorique sarkozyste. Et pléthore de personnages secondaires mériteraient d'être développés plus avant. Le thème est tout ce qu'il y a de plus classique : un individu issu d'un certain milieu social est transplanté dans un autre qui lui est totalement étranger. C'est le ressort d'un nombre considérable de comédies, les Visiteurs, les Ch'tis, La vie et un long fleuve tranquille... La principale vertu de "Neuilly sa mère", c'est que, chose rare dans le cinéma Français, on ne se fout pas de votre gueule. Il s'agit d'un divertissement, une comédie. On ne cherche pas à vous soustraire malhonnêtement des larmes et on ne se vautre pas non plus dans le rire gras.

Et puis surtout, les gens du marketing ont fait correctement leur métier. Le titre du film est explicite : on s'attend à voir les mésaventures d'un arabe des cités dans une banlieue bourgeoise. L'affiche ne fait que renforcer cette impression. Et coup de bol : c'est exactement ce que le film vous vend ! Comparez avec un autre film français sorti le même jour, intitulé "Partir" :



Quelqu'un peut-il me dire, en voyant l'affiche, de quoi ça parle ?

Autre exemple :


Tiens, un film d'action qui se passe dans un métro !
Oh, y'a Denzel Washington et John Travolta...
Sûrement que le noir joue un flic et le blanc
un truand (ça se reconnaît aux lunettes noires)


Tiens, un... film... avec Balasko... et un
chat... D'après un roman que j'ai pas lu...
Ça passe à quelle heure déjà, le navet dans
le métro ?


Bref, la grande vertu de NSM, c'est que c'est tout simplement un film HONNÊTE qui dit ce qu'il est et tient ses promesses. Et c'est devenu si rare dans le cinéma Français que dès qu'il y en a un, il fait des entrées. Même en été.




* Si, vous savez, les mêmes journalistes qui trouvent que ces salauds de profs sont des privilégiés parce qu'ils ont deux mois de vacances et qui sont payés 10000 euros par mois pour s'insurger contre le smic à 1000 euros qui est beaucoup trop élevé et qui fait tant de mal à la compétitivité économique de la France.
Tags: art
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