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Une histoire belle et morale

" Papa papa papa, tu me racontes une histoire, dis, tu me racontes une histoire ?
- Qu'est-ce tu fous là toi, t'es pas à l'école ?
- L'école elle a la grippe alors elle est fermée.
- Putain de fonctionnaires... "

Regardez ce moi ce beau visage, n'a-t-il pas l'air avenant et sympathique, ce gentil barbu ?



Non ?

Bon, faut pas juger les gens sur la mine. Et si je vous dis qu'il est sud-Africain, qu'est-ce que vous pensez ?

Non, mais faut pas non plus juger les gens sur leur origine. Comme disait Platon, on choisit pas sa patrie, on choisit pas sa famille. Ce monsieur s'appelle Eugène Terreblanche.

Hein ? Non, c'est pas un canular, il existe vraiment. Bon, c'est vrai qu'il a un nom de gros con fasciste, une dégaine assortie et qu'il vient d'un pays où l'espèce pullule, mais si ça se fait, c'est un poète, un troubadour, un militant des droits de l'homme...



Ouais... mais c'est vrai qu'avec la croix gammée en arrière-plan, on a tout de suite un doute.

Bon, d'accord, c'est le fondateur d'un parti d'extrême-droite. Pas d'extrême-droite comme le FN. D'extrême-droite comme le FN dont tous les militants se seraient fait violer par des noirs avant de fumer du krack et de dévaliser une armurerie.

J'ai fait connaissance avec l'ami Eugène au cours d'un reportage, il y a quelques années... enfin, il y a un paquet d'années en fait. C'était un reportage très bien foutu qui expliquait les ressorts de l'apartheid et, en particulier, montrait le parti d'Eugène en action. Et voilà le père Terreblanche qui se lance dans un discours comme quoi l'apartheid c'est mal, parce que c'est trop mou, et si on laisse les choses se dégrader à ce rythme (on était encore sous le gouvernement de Pieter Botha), bientôt, les noirs (ce n'était peut-être pas tout à fait ce terme qu'il employait d'ailleurs) allaient prendre le pouvoir, et comme les blancs étaient en nette infériorité numérique, ils allaient se faire égorger, ou au moins chasser de chez eux à coups de pied aux fesses. Le reportage disait alors plus ou moins que l'engrenage des peurs irrationnelles était tel que le problème n'avait guère de solution, et que l'Afrique du Sud courait probablement vers un bain de sang interminable.

Comme quoi, on a beau être journaliste, on peut se tromper. C'est même assez consubstantiel à la fonction. Bref, l'apartheid a été aboli peu après, Mandela a pris le pouvoir, puis l'a quitté. L'eau a coulé sous les ponts.

Vous vous souvenez peut-être de l'entrefilet dadaïste que je vous avais sorti il y a quelques semaines : les Chinois sont noirs en Afrique du Sud. Pourquoi sont-ils noirs les Chinois ? Parce qu'ils ont demandé à être considérés comme noirs. Ce qui procure des avantages. En particulier, ça permet d'accéder plus facilement à certains emplois, réservés par quotas aux noirs. Notez, ça part d'un bon sentiment. Constatant que la majorité des emplois qualifiés étaient occupés par les blancs, les autorités ont décidé de mener une politique volontariste de discrimination positive. Sauf que, comme déjà signalé, les blancs sont bien moins nombreux que les noirs, de telle sorte que ces mesures ont donné quelques emplois aux noirs, mais en ont enlevé beaucoup aux blancs. Dans ces conditions, on comprend qu'une jeune Sud-Africain blanc qui vient de se faire virer de son boulot pour laisser la place à un noir moins qualifié que lui, dans un pays à côté duquel la Grande-Bretagne passe pour le paradis socialiste de la protection sociale et qui détient le record mondial du taux de crimes violents pour 100 000 habitants, ce jeune blanc, donc, entende d'une oreille attentive les discours d'Eugène Terreblanche. Après tout, un gars qui avait dix ans quand Mandela est sorti de prison peut-il réellement être tenu pour responsable d'un régime criminel et injuste mis en place sous ses grands-parents ? Pourquoi lui devrait-il sacrifier son avenir pour réparer des fautes qui ne sont pas les siennes ? Et puis, dans la région, il y a des précédents troublants. Prenez l'exemple du Zimbabwe, ancienne Rhodésie, ainsi appelée car fondée par Cecil Rhodes, le magnat Sud-Africain des diamants. Y vivait une majorité de noirs et une minorité de blancs, lesquels tenaient les rênes de l'économie. Arrive au pouvoir Robert Mugabe. Il commence à exproprier les fermiers blancs pour redistribuer les terres. Les blancs, inquiets, ont fui (et au bout de quelques années, l'économie est à ce point désorganisée que ce riche pays agricole ne peut plus subvenir à ses besoins alimentaires : on peut aujourd'hui considérer que l'économie du Zimbabwe n'existe tout simplement plus).

Pour en revenir à l'Afrique du Sud, on peut donc s'attendre à ce que dans les années qui viennent, des blancs s'organisent en milices armées, comme c'est la coutume dans ce pays. Ils vont se révolter. Ils vont se faire écraser, car ils sont moins nombreux que les noirs, qui du restent, disposent maintenant de la logistique d'un état constitué. Évidemment, le pire n'est jamais certain, mais pour les blancs d'Afrique du Sud, l'avenir, ce sera probablement la valise ou le cercueil.

Notez que fondamentalement, l'analyse politique d'Eugène Terreblanche aura été, à défaut de morale, au moins pertinente.

Comme quoi, même en Afrique du Sud, tout n'est pas tout blanc, ni tout noir.
Tags: belles histoires
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