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7-5 en force

Vous n'avez sans doute rien à foutre de la réforme des collectivités locales, et vous avez tort. Le point d'orgue de cette grande réforme inspirée par Edouard Balladur est la création d'une nouvelle fonction, le Conseiller Territorial, qui remplacera les actuels conseillers généraux et régionaux. Il y a actuellement 6000 conseillers des deux espèces, il n'en restera plus que 3600. Bien fait pour leurs gueules à ces cons, direz-vous. Mais, comme toujours derrière les réformes sarkozyennes, dès qu'on gratte un peu, on trouve enfouie pas très loin une trouducuterie visant à réduire le pouvoir du peuple au bénéfice de sa personne.

Le fait est que la plupart des gens sont attachés à leur département, mais pas à leur région. Que l'on soit jeune ou vieux, on est fidèle à son Indre-et-Loire ou fier de son neuf-trois. Les départements ont été constitués à la révolution, mais ils ont souvent une histoire plus ancienne encore, reprenant les tracés des comtés de l'ancien régime. Rien d'étonnant dans ces conditions à ce qu'ils constituent, pour les Français, une référence identitaire tenace. Or, les départements sont de longue date menacés. En effet, il existe des "grands courants institutionnels", des "grandes idées" qui prennent naissance dans le crâne de tel ou tel grand penseur constitutionnel et qui, quoi qu'on en dise et quoi qu'on en fasse, finissent par s'imposer, aussi absurdes qu'ils soient. Déjà, on avait le quinquennat, instauré sous Chirac et qui eut pour effet de réduire le pouvoir de nuisance du suffrage populaire ; depuis ce jour, les parasites qui nous gouvernent n'ont plus à craindre la funeste cohabitation, ils ont à chaque fois cinq années de tranquillité pour commettre leurs forfaits puis les faire oublier avant les élections.

Dans cette logique, la suppression du département est une idée qui fait bander les élites depuis un bon moment. Un bon moment, ça remonte d'ailleurs vraisemblablement à la régionalisation, cette grande réforme qui date de 1969 (sous le Général, ça ne nous rajeunit pas). Rappelons que De Gaulle avait organisé un référendum faisant le premier pas dans l'éradication des entités départementales, et qu'il avait été retoqué, ce qui avait entraîné sa démission. Il paraît que les départements sont chers, ne servent à rien et rendent la vie compliquée aux administrés. C'est vrai... mais dans ce cas, pourquoi ne pas supprimer les régions ? Apparemment, l'idée ne vient à personne. Sans doute pensent-ils qu'un jour, les régions feront jeu égal avec les länder allemands... qui doivent leur popularité et leur vitalité au fait qu'ils reprennent le tracé des anciens royaumes et duchés du Saint Empire Romain Germanique. Contrairement à nos régions, qui non seulement ont été tracées sans égard pour l'histoire du pays, mais de surcroît, ont souvent été découpées précisément pour contrer velléités régionalistes bretonnes (où est Nantes ?), basques (Aquitaine ???) et autres (qu'est-ce que la Lozère vient foutre avec quatre départements méditerrannéens dans le Languedoc-Roussillon, elle est culturellement en Auvergne !).

Oui, mais quel rapport entre les conseillers territoriaux et la suppression des départements ? Eh bien tout simplement, la fin du Conseil Général signifie la mise à la retraite des Conseillers Généraux, qui sont nombreux, influents et souvent députés. C'est pour cette raison qu'ils risquent de bloquer la "réforme courageuse mais nécessaire". Les fusionner avec les régions permettrait par la suite de supprimer les départements sans coût politique, et avec le soutien des conseillers territoriaux, qui ne perdraient pas leur fromage dans l'affaire.

L'originalité du modèle français résidait dans un état fort et centralisé, sans intermédiaire entre lui et les collectivités locales. Ce modèle avait ses défauts, mais aussi le mérite de laisser un vaste champ d'expression aux particularismes locaux, à la vie politique et associative des communes et départements, et une forte identification des citoyens à leurs institutions. Il permettait en outre d'assurer une égalité d'accès des citoyens aux prestations de l'Etat, ce que ne permettra plus la régionalisation. Nous aurons alors un état sans visage, des régions sans identité, des citoyens qui se sentiront à juste titre dépossédés de leur influence sur la marche des choses, ce qui est bien pratique lorsqu'on cherche à gouverner sans ce peuple démagogue et importun qui empêche les gens intelligents de légiférer entre eux.

J'ajouterai que les écologistes sont pour la réforme. Il faut tuer tous les écologistes.
Tags: opinion
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