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Vous allez sûrement trouver que je suis obsédé

J'ai chez moi un excellent livre de Normand Baillergeon, journaliste Québécois, intitulé "petit cours d'autodéfense intellectuelle". Normand évoque notamment le fait qu'il est avantageux de connaître un peu de mathématiques si on souhaite éviter de se faire embobiner par les manieurs de statistiques professionnels. Exerçons notre esprit critique grâce à Marion Quenut, professeur d'espéranto au centre culturel idoine de Toulouse. Celle-ci, interrogée dans "la Dépèche", évoque "la question qui tue", à savoir le nombre de locuteurs de l'espéranto dans le monde. D'après son estimation, c'est "entre 1 et 5 millions", ce qui est l'ordre de grandeur généralement professé par les rantophiles. Mais dans la phrase suivante, elle aborde le cas qu'elle connaît, celui de sa région : "il y a une centaine de personnes espérantistes, dont une dizaine qui le parlent vraiment bien". Ceci nous enseigne deux choses.

En premier lieu, c'est que dans la communauté espérantiste, une personne sur dix environ parle bien, et donc neuf sur dix baragouinent à des degrés divers. On est loin des discours lénifiants sur la langue qui fait aimer les langues et qui s'apprend en cinq minutes, contrairement à d'autres où il faut apprendre des verbes irréguliers.

En second lieu, la communauté rantiste toulousaine étonne par son faible effectif. Il y a, sur la communauté urbaine de Toulouse, environ 850 000 personnes. Une sur 8 500 parle espéranto, dont une sur 85 000 le parle correctement. Ramené à une population mondiale de 6,5 milliards d'individus, on arrive à 765 000 vagues locuteurs, et 76 500 que l'on pourrait qualifier de "fluent in zamenhoflangue". On est loin des "1 à 5 millions" de personnes. "Raisonnement absurde basé sur une méconnaissance totale du sujet et sur des supputations non-moins absurdes", m'éructerez-vous en bavant (surtout si vous êtes Henri Masson). En effet, la méthodologie employée ne prend pas en compte le fait que la popularité de l'EO peut varier d'une zone géographique à l'autre. Certes. Il se trouve que j'ai vécu à Toulouse, je connais donc le terrain. Toulouse, donc, est une ville plutôt marquée à gauche, avec une riche histoire revendicatrice, anarchiste, libertaire. Le pays de Jaurès n'est pas loin, ce fut aussi le refuge des républicains espagnols en fuite. Plus proche de nous, Toulouse est une ville universitaire et cosmopolite et, en outre, nous sommes en France, le pays qui a toujours été le centre culturel de la nébuleuse despérantiste. Tout ceci concourt à faire de la ville rose un terreau plus fertile qu'un autre à l'éclosion rantale, ce qui devrait se traduire par une nette sur-représentation statistique de cette langue, d'où le fait que s'il faut corriger les chiffres ci-dessus, c'est plutôt à la baisse. Au final, on en vient à considérer comme tout à fait vraisemblables des chiffres de l'ordre de 200 000 vagues espérantistes dans le monde, dont 20 000 capables d'écrire proprement et d'enseigner la langue - estimation que confirment d'autres méthodes, comme l'étude de la population des associations et amicales espérantistes ou la diffusion de leurs publications.
Tags: espéranto
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