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Un patron moderne

La société Tartiflette est composée de deux entités distinctes : Taartemol GMBH, spécialiste de l'encre magenta pour imprimantes couleur, et Tartopwaro SA, leader européen des capuches en feutrine. Taartemol fait 100 millions d'euros de chiffre d'affaire annuel, pour 5 millions de bénéfice. Tartopwaro fait aussi 100 millions d'euros de chiffre d'affaire, mais pour seulement 4 millions de bénéfice.

Fraîchement arrivé à la tête de Tartiflette, Jean-Bastien Glandier-Duval constate cette gabegie inacceptable et décide d'agir vigoureusement pour rétablir la situation et créer de la valeur pour l'actionnaire (qui ne lui demande rien d'ailleurs). Il est urgent, en effet, de réallouer le capital vers les activités les plus rentables, c'est logique. Il engage donc un plan de restructuration audacieux afin de recentrer l'entreprise sur ses activités stratégiques (l'encre magenta) en cédant les activités non-stratégiques (les capuches, qui rapportent moins). Il n'a rien inventé, Jean-Bastien, c'est juste ce qu'on lui a appris en MBA.

Il vend donc Tartopwaro à l'italien Miserati Quattrovolve, pour 200 millions d'euros. Ce n'est pas une vente fabuleuse, mais Jean-Bastien est pressé et ses actionnaires sont impatients que l'affaire se fasse (enfin, il suppose que ses actionnaires sont impatients). Donc, il brade Tartopwaro, mais récupère 200 millions de cash, qu'il compte réinvestir entièrement dans les encres pour imprimante. Comme John McCormack, le patron de la BearInk à Philadelphie, se tient au courant des news de son secteur, et qu'il souhaite se retirer des affaires pour profiter de sa retraite, il fait une offre à JBGD : 500 millions d'euros ! C'est énorme, évidemment, mais BearInk est une grosse boîte, et avec ce deal, Tartiflette deviendrait leader mondial dans l'encre magenta ! Comment résister ?

Tartiflette contracte donc un gros emprunt de 300 mégaboules et saute le pas. Une fois l'euphorie du marché retombée, il s'avère toutefois que BearInk fait 200 millions de CA, mais c'est une société en mauvaise santé : elle perd 10 millions par an. Ce n'est pas grave : JBGD est un battant, il a même fait la couv de "l'expansion". Il relève le défi de la restructuration. Il y a des synergies à dégager (les synergies, c'est des employés), des économies à faire (sur les employés) et des décisions difficiles et courageuses mais nécessaires à prendre (comme virer des employés). Dans la pratique, Tartiflette se lance dans la réduction des coûts en diminuant certaines dépenses (recherche, production, service client) tout en conservant l'essentiel du métier (marketing, commercial, publicité).

Cinq ans plus tard, après une drastique cure d'amaigrissement, le mammouth est enfin dégraissé, et Tartiflette peut repartir d'un bon pied sur le chemin de la croissance. Certes, les activités de BearInk ont pâti de la difficilemaisinéluctable réforme, ce qui a coûté la moitié de la clientèle (CA de 100 millions d'euros), mais pour la première fois depuis la fusion, l'activité de la branche américaine est neutre (zéro euro de déficit). En revanche, ça ne va pas bien pour l'Europe, car Taartemol, qui a supporté un endettement supplémentaire et une chute des investissements dûe au tarissement des ressources financières, perd maintenant cinq millions par an. Et c'est pas près de s'améliorer, car pendant que JBGD s'amusait à monter des fusion-acquisitions avec ses amis banquiers, le chinois Hong Sang raflait son marché petit à petit.

Mais tout ceci n'inquiète pas JBGD, qui a rempli son contrat : il a créé de la valeur pour l'actionnaire, puisque, d'une société qui faisait 200 millions de CA et 9 millions de bénéfice, il a fait une société qui fait 200 millions de CA, brûle 5 millions par an, porte 300 millions de dette et a perdu pied face à la concurrence asiatique. Merci, Jean-Bastien, les actionnaires sont fiers de toi. Justement, ils sont venus te féliciter avec des torches et des fourches.
Tags: couilles en or
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