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The Cretinous Star Sauvageons 7.14

14 ) Les trompettes de la renommée



DS 1016.8

Il est vrai que de l'extérieur, Riedquat Outpost ne payait pas de mine. Il s'agissait d'un patatoïde gris d'une vingtaine de kilomètres de long, un de ces innombrables cailloux gelés destinés à tournoyer lentement des milliards d'années durant dans l'anonymat le plus complet, peut-être troublés, tous les deux ou trois éons, par la rencontre violente avec un congénère infortuné. En principe, la chose la plus excitante qui pouvait advenir à un tel astricule était la visite de quelque bipède ne scaphandre amateur de grandes phrases et de petits drapeaux, ou à la limite, de s'abimer sur une petite planète pour y exterminer quelques races de grands sauriens.
Personne ne savait qui avait choisi cet astéroïde en particulier, et non l'un quelconque de ses milliards de collègues de la ceinture de Deronios, pour y creuser une base. Cela datait, en effet, d'une antiquité perdue à jamais dans l'oubli du temps. Personne ne savait précisément non plus POURQUOI on s'était donné cette peine, l'hypothèse la plus vraisemblable, c'était que tout simplement, on avait voulu faire de cet endroit havre pour les expéditions hardies d'équipages courageux, vénaux et peu regardants les questions de droit interplanétaire ; une base pirate, quoi. Rien des structures sous-jacentes n'était visible à la surface, dont on avait soigneusement ratissé le régolithe pour en restaurer l'aspect grumeleux, toutefois, le moindre cratère, le moindre rocher pouvait receler une batterie de phaser, un générateur de bouclier, un imploseur de proximité ou un détecteur de masse. Bien que le trafic fut digne d'un astroport de taille moyenne, un réseau de satellites de couverture et de projecteurs daedalus rendait Reidquat si difficile à détecter que sans l'escorte de la patrouille, à l'heure où j'écris ces lignes, le Foudroyant Lumineux serait encore à chercher.
Il y avait plusieurs entrées, mais on leur indiqua une faille que rien ne distinguait des autres traits géologiques jusqu'à ce qu'ils fussent à moins de trois kilobrasses. Arrivés là, ils virent se déployer autour d'eux deux lignes de photobalises et n'eurent qu'à suivre le rayon tracteur pour se glisser jusqu'au sas blindé gardant les quais.
« Soyons prudents. Cet endroit est le repaire des pirates les plus infâmes de la galaxie.
- C'est marrant, je l'attendais celle-là. »
Punch avait vivement manifesté l'envie de mener lui-même son enquête, et comme Flash Thunder n'avait aucune intention de laisser à son rival toute la gloire, les deux hommes se retrouver contraints de faire équipage, accompagnés d'Aalphz et Nalphex pour notre héros, Slogo et La Puleuse Vanessa pour l'autre. Le reste de l'équipage du Foudroyant Lumineux ne reçut pas de consigne, aussi, ils firent mine de se trouver des occupations très urgentes à bord, étant entendu que si leur capitaine ne les affectait pas explicitement à la garde de la fusée, ils seraient ensuite libres de faire un petit tour dans l'astroport comme bon leur semblerait. Ce stratagème fonctionna parfaitement, Punch et Flash s'éloignèrent de conserve, absorbés dans leurs discussions aigre-douces.
« … moyennant quoi je ne m'explique toujours pas comment fonctionne votre Disko. Quand il fonctionne, veux-je dire.
- Les principes qui sous-tendent ses systèmes sont complexes, il est vrai, et difficiles à saisir lorsqu'on est peu souple d'esprit.
- Essayons toujours.
- Si vous souhaitez. Ah, il est dommage qu'Al Ahdibal, notre officier scientifique, ne soit pas parmi nous, il est très versé dans la TGF, il vous l'aurait exposée mieux que moi.
- La TGF ?
- La Théorie du Grand Fatras. Je suppose que ça vous dit quand même quelque chose.
- Pas du tout.
- Ben on est pas sortis de l'auberge. Êtes-vous familier avec le principe de résilience de Globerg ?
- Je ne crois pas.
- Et le critère de convergence uniforme de Nebyl et Rostaing ?
- Du tout.
- Et je suppose que le lemme-torseur de Chapongu...
- Pas le moins du monde.
- Bon, alors par où puis-je commencer ? Ah, voilà, vous savez sans doute que tout dans l’univers est gouverné par les fluides, qui sont de deux sortes, à savoir les fluides spirituels et les fluides matériels.
- Ah ?
- Mais oui. Les fluides spirituels sont fluide igné, le fluide argenté, le fluide réticent, le fluide astral ou cosmogol, le fluide tétineux ou tétinol, le fluide adhésif ou colargol, le fluide fuligineux, et quelques autres de moindre intérêt. Les fluides matériels sont l’éther, le phlogiston, l’humeur essentielle, la pondérobile, et le coprofère.
- Ah oui ?
- C’est incroyable que vous ignoriez des choses aussi simples. Votre peuple est-il donc si arriéré ? Enfin bref, lorsque l'on extrait des quantités suffisamment pures de... ah, mais je crois que nous arrivons. C'est un casino, non ? »
Casino, c'était peut-être un bien grand mot. Disons que les «Trois-mille lunes de Denbar » offraient à leurs clients toute une gamme d'expériences distrayantes annoncées de façon explicite par des panneaux lumineux épisodiquement lumineux, des néons bourdonnants et des hologrammes grésillants. Quatre camelots aux physionomies surprenantes arpentaient ce qu'il faut bien appeler « la rue » - faute d'autre qualificatif pour désigner la longue et tortueuse tranchée bétonnée flanquée de hublots et de structures métalliques déliquescentes qui formaient l'épine dorsale de ce lieu de perdition – pour harponner sans conviction excessive les passants et les pousser à l'intérieur de l'établissement, à la façade rouillée et déliquescente. Ils entrèrent sans se faire prier, et localisèrent les tables de jeu. C'était pourtant difficile de localiser précisément quelque chose, vu que de tous côtés s'offrait le spectacle de la plus totale décadence ; ici on se battait, là on s'accouplait sans respect excessif pour les règles de bienséance entre espèces, partout on s'enivrait des substances les plus surprenantes, et la faible gravité aidant, ceci avait lieu sur un nombre impressionnant de plateformes soutenues par de minces tiges de métal, autour d'un haut puits central. Certaines se voilaient à la vue des curieux par des voiles multicolores, protégeant les tractations ou les révoltantes cruautés qui se déroulaient derrière. Nombre de systèmes Stellaires auraient puni de mort le moindre des trafics que l'on faisait en ces lieux, mais n'est-ce pas la destination d'une base pirate que de donner lieu à toutes sortes d'activités illégales ? Néanmoins, dans cette cohue, Punch semblait tout à fait dans son élément, et ne fut pas long à dénicher ce qu'il recherchait.
« Ah, le Saarlak ! Quel jeu subtil que celui-ci, j'ai hâte de m'y remettre. Eh là, mademoiselle, je suppose que vous prenez les Nouvos Creditos Reajustados de Sapornik IV ?
- Bien sûr monsieur, répondit le guichetier sans s'offusquer.
- Allez, faites-moi quelques plaquettes, j'ai grand besoin de me détendre.
- Dites donc Punch, jusque là je vous ai laissé faire, croyant que vous connaissiez votre affaire, mais plus ça va et plus j'ai l'impression que tout ce que vous êtes venu faire ici, c'est vous amuser pendant que ma planète risque l'anéantissement.
- Mais non voyons, vous voyez tout en noir. C'est vrai que de prime abord, il n'y a pas de mal à se distraire un peu après les épreuves que nous avons vécu, mais je vous assure que je sais ce que je fais. Allez, que diable, décoincez-vous ! La vie est belle ! Hep, garçon ! Arrêtez de glandouiller et filez me chercher une mousse, l'homme a soif ! »
Et la serveuse partit en se dandinant vers le comptoir le plus proche.

Une heure plus tard, l'ambiance avait considérablement changé autour de la table de Saarlak. Eh oui, c'était l'une de ces soirées mémorables qu'on se racontait, la vieillesse venue, autour du feu, et que vous n'avez plus rien d'autre à faire de votre vie que raconter vos souvenirs à des jeunes qui ne vous croivent plus. Du coup, tout le monde avait cessé de jouer et de trafiquer pour regarder ce qui se passait entre Pabnugan, le célèbre croupier, le Grand Lord Amiral Thurlok, la richissime héritière Shabri Brazilla, le décadent Piot Dogdorian, jeune rock-star déjà perdue dans l'envoûtant mensonge des paradis artificiels, et le Capitaine Punch, que l'on ne présente plus.
« Rien d'atout, mange-moi, tout va à l'arceau ! Annonça le croupier avant de déplacer mentalement (il n'avait pas de membre physique) trois cartes de la Tour vers le Carré.
- Double blinde à 100, relança Shabri Brazilla (qui de toute évidence n'avait pas la tête à ce qu'elle faisait).
- Je passe le pont et j'amincis, dit aussitôt Piot Dogdorian avant que Thurlok ne réagisse (ce dernier était adepte du Grand Saut).
- Ouh... quelle heure il est ? Se demanda Punch avant de consulter ostensiblement sa montre à gousset. C'est que je suis pressé moi. Bon, allez, trois de front, je lisse au taquet et je demande la boule.
- Oooooh ! Fit alors l'assistance, car c'était inhabituel de demander la boule à ce stade du jeu.
- La boule, et double ! Compléta Punch, provoquant un regain d'exclamations.
- Le Capitaine Punch demande la double, reprit le croupier. Qui abonde ? »
Évidemment, personne ne prit le risque de clincher, d'autant que Punch avait sept cent quatre-vingt trois mille crédits sur le tapis. Selon la règle du jeu, la banque devait alors soit racheter le trait, et payer le double de la boule (soit plus d'un million et demi de crédits), soit couvrir et laisser le hasard de la roulette décider du sort de la partie. Sur un tableau de quarante deux cases, Punch avait alors quarante et une chances de tout perdre, et une de gagner douze fois sa mise. Pabnugan, qui avait maintenant du mal à cacher sa nervosité, jeta un œil discret à une terrasse derrière le capitaine Punch, dont les verrières à cristaux liquides venaient de perdre leur opacité. Un personnage humanoïde, encadré par deux autres considéra la question, puis hocha la tête.
« La banque joue. La boule à quatorze. »
Punch approuva, avec l'air de s'en foutre à moitié. Le croupier lança la boule sur la roulette, qui partit dans l'autre sens. Pabnugan, qui s'était avancé au-dessus de la table, retourna à sa place, flottant au-dessus d'un tabouret symboliquement réservé à son usage. Personne ne le vit, mais il actionna une molette située derrière son pupitre, qui se régla de manière à générer un menu mais néanmoins significatif champ de force répulsif autour de la case « 14 » de la roulette, afin de diminuer les risques que l'établissement ne doive payer à Punch des masses déraisonnables de crédits.
Il y eut un petit « pshouft » sous la table, inaudible en raison de l'agitation, suivi d'un petit nuage de vapeur de plastic grillé. Le blob flottant qui servait de croupier tenta de prévenir son patron, là-haut, que le champ de force avait sauté, mais c'était trop tard pour faire quoi que ce soit. D'ailleurs, il avait compris tout seul, la boule venait de s'immobiliser sur le 14.
Alors, il y eut un grand silence. Tout le monde retint son souffle. Tout le monde qui avait un souffle, tout du moins.
« Euh... Grand Ecru pour le Capitaine Punch. La banque a sauté, la partie est terminée.
- Yes ! Tenez mon garçon, personnel ! Bien, Flash, mon ami, allons nous payer un peu de bon temps au bar le temps que ces braves gens du casino me rassemblent mes millions. »

Punch se fit payer ses neuf millions et des brouettes de crédits (des brouettes qui pouvaient payer un petit astronef quand même) en diverses grosses coupures usagées, puis les deux capitaines et leurs compagnons quittèrent l'établissement de perdition pour, semblait-il, se perdre dans les petites ruelles avoisinantes.
« Je suis curieux de savoir comment vous avez fait pour gagner. S'enquit la pulpeuse Vanessa.
- Les chances pour que le capitaine Punch fasse une telle série de victoire étaient de une sur 552154, renchérit Slogo.
- J'étais en veine, sans doute !
- En veine... persifla Flash. Et où allons-nous maintenant ?
- Nulle part en particulier. Mais dans ce genre de situation, il se produit toujours le même enchaînement d'événements qui conduisent toujours aux mêmes conclusions. Tenez, là, par exemple, ces deux navettes noires aux vitres fumées qui viennent de barrer la ruelle, je vous parie que des mecs baraqués en costume et pistolaser vont en sortir, et que leur chef va venir nous trouver pour nous dire un truc du genre...
- Le patron voudrait vous voir pour vous féliciter de vos exploits.
- Mais quelle bonne idée. En route, messieurs, ne faisons pas attendre « le patron » ! »
Tags: sauvageons
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