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L'enflure du siècle

Nous sommes en 2007, et nous avons maintenant le recul nécessaire pour juger des événements et des hommes du XXe. Et j'ai bien envie de lancer le concours de l'enflure du siècle.

Pour participer à l'enflure du siècle, il faut :

- Avoir exercé l'essentiel de son activité au XXe siècle
- Avoir fait preuve d'une certaine constance dans l'ignominie
- Avoir apporté une contribution notable au malheur du genre humain
- N'avoir bien entendu jamais regrétté ses agissements, n'avoir jamais fait mine de s'amender
- Et surtout, le plus important, AVOIR PROFITE DE SES MEFAITS ! Jusqu'au bout, bien profond.

Par exemple, Saddam Hussein, il est disqualifié (il a fini pendu).

Pour ma part, je propose la candidature d'une belle enflure :


HENRY FORD !
(1863-1947)


Henry ford, comme son nom l'indique, est le fondateur des usines Ford. Si vous lisez sa biographie officielle, vous vous dites que c'était plutôt un brave type. Bon, c'est vrai que jusqu'à l'ère Roosevelt, dans ses usines, les syndicats étaient aussi bien accueillis que les gitans roumains. C'est vrai que c'est lui qui a inventé (en tout cas, popularisé) le travail à la chaîne, et que ses ouvriers arrivaient rarement à tenir la cadence plus de deux ans. D'un autre côté, il payait mieux qu'ailleurs, ses méthodes productivistes ont permis de vendre la première automobile à la portée des ménages moyens. Bref, Ford, y'a du pour et du contre, mais c'est un des hommes qui ont fait le monde tel qu'il est, bla bla bla...

Admettons.

Mais si Ford l'ingénieur est bien connu, Ford le militant politique est aujourd'hui bien oublié. Et c'est dommage.

Vous vous doutez bien que Henry Ford n'était pas exactement un anarcho-syndicaliste. Le patron en général, et le patron ricain en particulier, est plutôt de droite. Voire très à droite. Voire, dans le cas de Ford, TRES TRES TRES A DROITE.

Ainsi, en 1938, à l'âge de 75 ans, Henry notre ami reçut un joli cadeau, la Grande Croix de l'Ordre de l'Aigle, de la part du reichsführer Adolf Hitler. Ce n'était pas seulement pour son active collaboration au développement industriel du Reich (et pourtant il avait donné dans ce domaine). Car Henry avait quelques atomes crochus avec le bel Adolf, comme en témoigne le toast qu'il porta alors au "succès de la jeune et puissante Allemagne nazie dans sa tâche d’éradication de toutes les vermines et dégénérés qui salissent la race blanche".

Mais qui donc étaient ces vermines et dégénérés qui salissent la race blanche ? Peut-être aura-t-on des réponses à cette passionnante question en lisant un ouvrage écrit par Henry lui-même, en 1920, intitulé : "Le Juif international" (le titre original est plus complet : "The International Jew : The World's Foremost Problem"), et que l'on peut trouver par correspondance et sous pli discret sur tous les bons sites néo-nazis de France, de Navarre et du Delaware. En 1916, déjà, il expliquait aux cadres de son usine les causes profondes de la première guerre mondiale, qui l'enrichissait tant : "Je sais qui est cause de la guerre. Ce sont les banquiers judéo-allemands". Soucieux de laisser le meilleur de lui-même aux générations futures, ce généreux mécène n'hésita pas à payer, de sa propre poche, l'achat et l'expédition à toutes les écoles des USA d'exemplaires d'un ouvrage édifiant, le célèbre "Protocole des Sages de Sion".

Un précurseur, un visionnaire, un homme très en avance sur son temps, Henry Ford. Et qu'on ne s'y trompe pas, s'il était lié à Hitler, c'était bel et bien parce que HITLER AVAIT ETE INFLUENCE PAR FORD, et pas l'inverse. Et il n'y a pas que dans le domaine idéologique que Ford exerça son influence sur le parti nazi : dans les années 20, Ford fut parmi les premiers soutiens financiers de cette sympathique formation. Juste retour des choses, arrivé au pouvoir, le Führer avait installé, dans son bureau, une photo du grand homme.

Durant la guerre, les usines Ford d'Allemagne furent officiellement réquisitionnées par les nazis, la maison mère en avait-elle encore le contrôle ? C'est sujet à débat (lire cet article du Washingt Post). Quel genre de main d'oeuvre employait-on dans ces usines ? Des travailleurs forcés. Sans doute pour poursuivre la politique énoncée un peu plus tôt par le fondateur, "l'éradication de toutes les vermines..." Bombardées à la fin de la guerre, Ford obtint, tenez-vous bien, que le contribuable Américain LUI REMBOURSE LES DEGATS occasionnés à ses usines par les B-17.

Il meurt deux ans plus tard, couvert d'honneurs et de fric.
Tags: bfg-9000
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