aspexplorer (aspexplorer) wrote,
aspexplorer
aspexplorer

Adieu, Nemo

Les poissons n'existent plus.

Sérieux. Ils n'existent plus Vous pouvez en chercher dans les lacs, les rivières ou les océans, vous n'en trouverez plus un seul. Retournez les rochers, écumez les aquariums, je vous jure que vous ne verrez pas la queue d'un poisson, rien ! La raison de cette disparition ? Elle est du même ordre que celle qui vit l'anéantissement de la planète Pluton en aout 2006.


Poisson clown

Rappelons que jusqu'à cette époque, le système solaire comptait neuf planètes, la dernière étant Pluton, découverte en 1930 par Clyde William Tombaugh. Ce petit astre glacé qui jamais ne reçut la visite de la moindre sonde (la première passera au voisinage en 2015) vivait sa vie tranquille de planète jusqu'à ce jour fatal ou, pour d'obscures considérations, l'Union Astronomique Internationale considéra qu'il n'avait pas droit au titre de planète. Depuis cette date, d'un trait de plume, le système solaire n'en compte plus que huit, au grand désespoir des parents obligés d'expliquer à leurs enfants que ce qu'on leur avait enseigné à l'école, c'était que des conneries.


Gros poisson

Quel rapport avec les poissons ? Eh bien c'est simple : les poissons, c'est une notion intuitive qui nous fait regrouper sous un même vocable toutes les bestioles allongées, froides et garnies de nageoires qui vivent sous les eaux. En raison de leurs ressemblances morphologiques, les taxonomistes du XIXe siècle les avaient classés dans le même sac, et tout le monde était content, jusque dans les années 60. Là, des scientifiques un peu trop curieux se sont penchés sur le patrimoine génétique des poissons pour en tracer un arbre généalogique. Et là, patatras, ça marche plus du tout ! Des espèces que l'on avait crues proches sur la foi de similitudes morphologiques s'avérèrent n'avoir aucun rapport les unes avec les autres, tandis que des créatures improbables se révélaient proches cousines.

Et on toucha le fond lorsqu'on s'aperçut que certains "poissons" avaient plus de points communs avec nous autres quadrupèdes qu'avec certains autres poiscailles. Ainsi, génétiquement parlant, la tanche est bien plus proche du hamster que du requin. Cet état de fait remettait en cause la pertinence du taxon "poisson", à moins de considérer comme tels tous les craniates, ce qui aurait eu pour conséquence fâcheuse (et difficilement explicable aux enfants) que les oiseaux seraient devenus une variété de poissons comme une autre. Et nous aussi, au passage.

Bref, pour toutes ces raisons, les poissons, ça n'existe pas, du point de vue scientifique.


Poisson volant

Ce qui ouvre néanmoins quelques interrogations sémantiques. Prenez Pluton, dont la découverte a été relativement récente, et qui sera restée une planète moins d'un siècle ; les générations futures se passeront rapidement la considérer comme telle. Néanmoins, on peut se demander au nom de quoi quelques astronomes réunis en congrès sont en droit de décider ce que l'humanité doit considérer comme une planète ou pas. Le concept de planète nous vient de la préhistoire, des premiers hommes qui ont observé le ciel nocturne nuit après nuit pour tenter d'en comprendre les mécanismes. Ce n'est pas une marque déposée de l'UAI, et Pluton restera vraisemblablement inchangée bien après que celle-ci soit dissoute dans les sables de l'oubli. Que dire alors des poissons ? Quelle légitimité la communauté scientifique a-t-elle pour estimer que les poissons ne sont plus pertinents ? Ça remonte à la nuit des temps, les poissons ! La pêche était, selon certains chercheurs, le principal moyen qu'avaient nos ancêtres de trouver des protéines, autant dire que les poissons furent un point central de la culture humaine. Et on vient me dire maintenant qu'en fait, les poissons, ça n'a jamais existé ?

Mais ta gueule, professeur Connard ! Si j'ai envie de considérer qu'un bestiau froid et gluant qui vit dans l'eau est parfaitement assimilable à n'importe quel autre froid et gluant qui vit dans l'eau, c'est mon affaire, Ducon ! Alors tu vas te faire taxonomiser chez les grecs et tu la moules gentil.


Banc de poissons

Bilibolographie : G. Lecointre, C. Gallut, B. Chanet et A. Dettaï, "Du rififi chez les poissons", Pour la Science n°390, pp. 57-63
Tags: bfg-9000
Subscribe
  • Post a new comment

    Error

    default userpic

    Your IP address will be recorded 

    When you submit the form an invisible reCAPTCHA check will be performed.
    You must follow the Privacy Policy and Google Terms of use.
  • 49 comments