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The Cretinous Star Sauvageons 7.16

16 - Les anges déchus



DS 1017.2

« Ne vous mettez donc pas dans ces états mon petit, qu'est-ce qui vous prend ?
- C'est impossible, vous ne pouvez pas être Gil Fulgurant ! Le héros de ma jeunesse, mon modèle, mon père spirituel... Comment se pourrait-il, vous ne lui ressemblez même pas !
- C'est que mon visage est marqué par les inexorables ravages d'un mal insidieux qui...
- Ah oui, l'usage immodéré des pouvoirs contre-nature de la Force obscure !
- Je pensais plutôt à l'âge qui vient et à l'abus de charcuterie. Et puis la calvitie y est aussi sans doute pour quelque chose. Je ne rajeunis pas, c'est sûr.
- Vous prétendez être Gil Fulgurant ! Mais jamais un pareil héros n'aurait pu devenir un pareil scélérat, jamais !
- Je ne prétends pas être Gil Fulgurant, je dis que j'ai été Gil Fulgurant, c'était mon pseudonyme dans ma jeunesse. De même que Fu-Tong Phang est mon identité de pirate – une sorte de marque commerciale si vous préférez. En fait, je m'appelle réellement Asphat Antabolis. Moi je dis que j'ai plutôt eu de la chance, surtout si on compare avec les autres.
- Les autres ?
- Tenez, vous vous souvenez sans doute du Colonel Danger, Oremheb O'Sedahr de son vrai nom.
- En voici, un fier combattant de la liberté et de la justice, inflexible et droit comme...
- La dernière fois que j'en ai entendu parler, il semait le boxon dans l'amas de Krems sous le sobriquet de « Darth Felonious », on dit qu'il a fini par se faire découper au laser par un de ses apprentis, mais bon, ce sont des rumeurs...
- Je n'ose le croire, vous mentez pour...
- Et Captain Planet, l'ami des enfants, vous savez ce qu'il est devenu ? Hein ? Je vous le donne en mille... Il a eu une mauvaise passe et n'a pas pu conserver son vaisseau – c'est que ça coûte un bras à entretenir, une corvette nubienne – alors il a acheté plus petit, mais les affaires n'allaient pas mieux, et il s'est mis à boire. Et les dettes s'accumulaient, il a dû vendre encore son vaisseau pour acheter plus petit, et ainsi de suite, jusqu'à perdre son dernier podoquad orbital – oui, Captain Planet en podoquad... C'était pathétique, le pauvre gars, je l'ai dépanné une fois ou deux de quelques centaines de crédits, mais que voulez-vous, quand votre heure est passée... Si vous passez par Kuprim IV et que vous vous posez à l'astroport John F. Ggnbtrd'dzé, allez donc faire un tour dans la ruelle derrière la buvette des pilotes, vous l'y trouverez en train de faire la manche. Contre un verre de toorboillo pression à froid, il se fera une joie de vous raconter ses exploits.
- Vous mentez, scélérat !
- Ah je mens ? Et la triste histoire de Bobby Battlesong, vous voulez que je vous la raconte ?
- Pas Bobby Battlesong, tout de même !
- D'après la version officielle, son vaisseau a explosé alors qu'il tentait de forcer le blocus commercial de la planète Malax. Il y a un soupçon de vrai là dedans, en ce sens qu'effectivement, il tentait de forcer le blocus. Mais d'une part il a réussi à passer, et d'autre part, il a emporté avec lui une bonne partie des réserves d'or de la Banque Fédérale de Malax, qu'il était venu dérober. Il s'est fait refaire le visage et a changé de sexe, il coule maintenant des jours heureux sur quelque lointaine planète-villégiature, je suis resté en contact avec lui, je le sais bien.
- Vous n'avez aucune preuve de ce que vous dites.
- Si, j'en ai plein. Oh, et le meilleur pour la fin, le seul, l'unique, Max Figthmaster !
- Nous, vous ne souillerez pas sa mémoire ! C'était un saint homme !
- Oui, vous avez raison, un saint homme. Inflexible, la rectitude même. Un peu trop, hélas. Vous savez peut-être qu'il a disparu mystérieusement, non ? Vous voulez savoir comment ? Vous allez voir, c'est comique. Vous savez que durant sa carrière, il avait à plusieurs reprises pris fait et cause pour les bambouléens.
- Il était un peu idéaliste, il est vrai. Il leur prêtait une intelligence humaine, à ces pauvres créatures.
- Et ce qu'il découvrit un jour lui fit comprendre qu'il n'avait pas totalement tort : les bambouléens sont en effet, au naturel, dotés d'une intelligence équivalente à celle des êtres humains.
- Vous plaisantez je suppose. J'en ai un à bord, et s'il est courageux et débrouillard pour sa race, ce n'est hélas qu'une brute dépourvue de langage et incapable d'abstraction supérieure, comme les humains.
- Eh bien puisque vous êtes accompagnés de l'un d'eux, vous profiterez de ce que vous serez de retour à bord de votre fusée pour soumettre ce gaillard à un scan crânien approfondi, et vous observerez une trace de trépanation encore visible sur l'avant de son crâne. Car comme tous les bambouléens, je suppose que le votre a été lobotomisé à l'enfance, dans le but d'empêcher qu'ils deviennent... comment disent-ils... turbulents ? En fait, il s'agit de leur ôter l'essentiel de leurs facultés mentales avant qu'elles n'aient le temps de se développer. De même, l'absence de langage chez eux n'est pas due à une infériorité mentale – la preuve en est qu'ils comprennent quand on leur donne des ordres – mais au fait qu'ils sont également mutilés à la gorge.
- Mais vous dites n'importe quoi !
- Nous autres humains n'avons pas été les premiers habitants d'Yshaloth. C'est une vérité bien cachée aux Yshaliens, mais bien connue par ailleurs, que les bambouléens étaient les premiers occupants de notre planète, la race indigène, et que nous les avons réduits en esclavage voici des millénaires, et bâti notre civilisation sur les ruines de la leur. Ces pauvres diables qui sans doute avaient des arts, des traditions et des dieux aussi honorables que les nôtres, nous les avons condamnés depuis des éons à la servitude la plus abominable. Bien sûr, ceux qui les élèvent pour en faire des serviteurs dociles évitent de faire la publicité de ces « secrets de fabrication », je crois qu'ils invoquent même la protection de la propriété intellectuelle pour empêcher les fuites. Mais lorsque des gens s'obstinent, malgré la menace des avocats, à vouloir rendre publiques ces manipulations, il leur arrive généralement un accident, vous voyez, mon cher Flash. Et la police n'enquête que modérément sur ces accidents, car sans doute, elle a mieux à faire. C'est ce qui est arrivé à Max Fightmaster, victime d'être resté un peu trop rigide sur ses principes moraux.
- NOOOOOON ! SLOGO, ORDRE 66 ! »
Ayant entendu plus qu'il n'en pouvait supporter, Flash Thunder ordonna à son fidèle androïde d'activer le programme d'attaque de secours. Aussitôt, des compartiments secrets s'ouvrirent sur ses flancs, et en jaillit un sabre-laser qui par miracle (le miracle d'heures d'entraînement de la part des deux partenaires) vint atterrir directement dans la main du furieux capitaine, qui avait la bave aux lèvres. Surpris de tant d'agressivité, les gardes du corps peinèrent à organiser la défense : le Gamhorr interposa sa lance photonique qui tomba aussitôt en morceaux, tranchée net par la lame incandescente qui poursuivit sa route et trancha la hure du sbire. L'arphusien, fidèle à la réputation de sa race, fut particulièrement prompt à sortir ses deux pistolasers à répétition et à en canarder Flash, qui détourna cependant les tirs à grands renforts de moulinets lumineux. Très occupés à se trouver un abri, car les tirs perdus volaient bas, ses compagnons se gardaient bien d'intervenir.
« Euh... fit Punch en s'adressant à Vanessa.
- Quand il est dans cet état, vaut mieux le laisser se calmer tout seul.
- Et ça lui arrive souvent ? »
Les tirs venaient de cesser, essentiellement en raison du fait que l'arphuzien avait égaré ses deux mains. Flash se dirigeait maintenant vers Fu-Tong Phang, qui n'en menait pas large, mais trouva néanmoins les ressources pour défier son adversaire ne ces termes :
« Vous êtes ridicule Flash, mes hommes seront là dans une seconde.
- Ils vous trouveront mort.
- Il faudrait pour ça que vous arriviez à percer le champ de force défensif qui m'entoure, et il résiste à tout.
- Ben c'est ce qu'on va voir. »
Le sabre-laser est une arme trop sous-estimée. On croit souvent qu'en dépit de son ancienneté, il est bon à renvoyer au musée avec le lance-pierre, l'arbalète et les biplans de la première guerre mondiale. C'est fou le nombre de seigneurs du mal qui s'aperçoivent au dernier moment de la facilité avec laquelle ces gadgets percent les défenses les plus solides en quelques secondes.
« Et maintenant, dit Flash une fois que les field buffers des satellites furent pleins et leurs champs désactivés, maintenant, ordure, tu vas me dire pourquoi tu veux détruire Yshaloth et comment tu t'y es pris !
- Détruire Yshaloth ? Mais j'ai rien à voir avec ça moi !
- Alors apprête-toi à mourir, chien !
- Eh, une minute ! S'interposa (avec un courage surprenant) le capitaine Punch. Attendez, on peut sans doute trouver un terrain d'entente. Monsieur Fu-Tong Phang ici présent va sans doute s'expliquer.
- Je voudrais bien, voyons, je voudrais bien, mais je ne comprends pas de quoi vous parlez.
- Les astéroïdes qui pleuvent sur Yshaloth. On sait que c'est toi.
- Hein ? Mais c'est de la folie furieuse voyons. Oui, j'ai entendu parler de ça, mais je vous assure que je n'y suis pour rien, c'est ma planète autant que la votre, je vous le rappelle ! Déjà, comment vous voulez que je fasse pour dévier des trucs de cette taille, vous croyez que j'ai des engins de chantier ici ? Je suis pirate, pas gareur d'astéroïdes. Et puis surtout, à quoi ça me servirait ?
- Oui, à quoi, scélérat ?
- Ah oui au fait, à quoi ça lui servirait ? D'après ce que j'ai vu ici, la plupart de ses clients sont d'Yshaloth.
- Ben oui, exactement, oui, c'est ça ! Je vais pas tuer mes clients, je serais con quand même.
- Mais tu... mais on...
- Plus ça va, plus je me demande si on n'est pas allés un peu vite en besogne.
- D'autant qu'en plus, ça me cause du tort cette histoire d'astéroïdes folâtreurs, c'est mauvais pour le business. Peut-être pourrais-je vous apporter mon aide ? J'avais commencé à étudier leurs trajectoires, on pourrait... Hein ? Hein ?
- D'accord, nous acceptons votre aide. Mais à l'expresse condition que vous retiriez toutes ces abominations que vous avez dites sur Yshaloth, ses institutions et ses nobles traditions ! Tout ce que vous avez dit sur les bambouléens, tout !
- Oui, Capitaine Flash, je retire tout.
- Vous reconnaissez avoir menti, donc.
- Tout à fait, je le confesse. Ce n'était que divagation sorties de mon esprit tortueux dans le but de vous perdre.
- Ah, je le savais. Je le savais ! Venez, compagnons, retournons à notre astronef, nous n'avons que trop longtemps traîné en compagnie de ces forbans. »
En sortant, Punch se retourna et croisa le regard du chef pirate. C'était l'image même de l'accablement. Il crut même voir, l'espace d'un instant, l'éclat d'une larme coulant sur sa joue fatiguée.
Tags: sauvageons
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