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Adieu, Pierre...



La France a appris ce matin la triste nouvelle, l'Abbé Pierre nous a quitté.

Né le 5 août 1912 à Lyon dans une famille aisée et pieuse, Henri Grouès se destina tout d'abord à la prêtrise, mais son service militaire dans les commandos de marine contrarie cette vocation. Il vogue alors sur l'Océan Indien, remonte le Gange, et c'est dans les tréfonds du Népal qu'il est initié à ce qui sera désormais sa vie : les arts martiaux.

Libéré, il parcourt l'Asie, de Siam en Indochine, de la Chine jusque chez les Nippons, vorace, il apprend tout ce qu'il peut apprendre, il entraîne son corps déjà favorisé par la nature, et en fait une arme de guerre, une machine à tuer, un bloc d'acier aux muscles saillants dont la seule vision frappe de terreur ses adversaires. C'est à cette époque, dans la moiteur malsaine des arènes clandestines de Bangkok, qu'il acquiert son surnom : "l'Apôtre de l'Apocalypse".



Revenu en France, il monte rapidement dans le nord de Paris sa salle de gymnastique, comme on disait alors, "le Cercle Grouès". Le succès est immédiat. Dans ce temple spartiate élevé au culte du corps, c'est toute une génération de jeunes gens qui, lassés de la savate et de la canne, vient découvrir la vertu de la discipline de fer, du renoncement aux contingences matérielles et de la recherche éperdue de la souffrance formatrice. Ah, c'est vrai que plus souvent qu'à leur tour, on les voyait sortir sur de la salle dans un drôle d'état, ces colosses aux genoux tremblants, marqués sur tout le corps par les stigmates de cette rude école. Mais ils revenaient, le lendemain, avides d'apprendre de leur maître ! Réprimandant sans ménagement les poltrons, chassant à coups de taloches ceux qui n'avaient rien à faire avec lui, il se fait des amitiés fidèles parmi les hommes rudes qui restent, ceux qui resteront à jamais ses compagnons de voyage.

En 40, pas d'hésitation pour ces hommes d'action, la France est libre, ou elle n'est pas. Sur ces années, Grouès restera discret, on devrait dire, modeste. Ses exploits légendaires parlent pour lui. Mais ceux qui ont vécu cette époque se souviennent de ce titan qui, à mains nues, fit dérailler un train de munitions Allemand avant de se jeter corps et âmes dans la bataille contre une compagnie entière de Waffen-SS, armé seulement d'un rail de chemin de fer.

A la libération, il faut distraire cette jeunesse traumatisée par les horreurs de la guerre. Chargé par le gouvernement provisoire de promouvoir l'éveil gymnique de la nouvelle génération, lui et ses disciples multiplient les démonstrations en province, forment des éducateurs sportifs, et partout, prêchent le renouveau national par la compétition sportive. Et prêchant par l'exemple, voici qu'il se qualifie aux Jeux Olympiques de Londres. C'est sans difficulté, mais à la stupeur du monde, qu'il écrase en finale du judo l'effrayant Japonais Soichiro Takawaguchi, dans un déchaînement de pure violence animale. En quelques minutes, les arts martiaux sont entrés dans une autre dimension.



Revenu en France en héros national, il constate avec dépit que plus personne ne souhaite l'affronter au Judo. Et pour cause ! Tout le monde garde à l'esprit ce qui est resté du pauvre Takawaguchi après le combat ! Il se lance alors à corps perdu dans l'Aïkido, puis sachant tout ce qu'il y a à savoir, s'attaque au Muay Thai, puis c'est le Viet vo dao, le Ninjutsu, le Kung Fu de Shaolin, et bien d'autres disciplines encore, et à chaque fois, voici qu'il devient rapidement un maître respecté.

C'est à partir des années 70 que sa popularité se répand dans le monde entier. Alors qu'il perd tout intérêt pour la compétition, il voyage aux Etats-Unis à l'invitation de son disciple Bruce Lee, et rencontre quelques grands noms de la culture physique. Son corps encore alerte le fait rapidement remarquer par les producteurs toujours en quête de personnages authentiques : "Dirty Harry", "Le jeu de la mort", "French Connection", "Battling Jack", "Seven days over the Reich", "Dark blood fantasy", "Crazy lesbian killer nazi nuns from Jupiter".

Retiré du monde depuis le milieu des années 80, l'Abbé Pierre n'avait pas perdu le contact avec le milieu, et avait suivi avec attention l'avènement du free fight. Malgré son âge avancé, il décida de remonter sur le ring pour prouver au monde qu'il était encore celui qu'on appellait "El Lobo".



C'est dans une arène de Sao Paulo qu'Henri Grouès, dit l'Abbé Pièrre, a finalement trouvé son destin. C'était son premier combat de Vale Tudo. Face à un adversaire qui aurait pu être son petit-fils, il est parti la tête haute, comme un homme, comme un combattant. Gardons son image à l'esprit, et que son éternel mot d'ordre résonne à jamais en nous :



"KEEP FIGHTING !"
Tags: billevesées
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