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The Cretinous Star Sauvageons 7.17

17 ) Pas de repos pour les braves



DS 1017.9

Quelques heures s'étaient écoulées à bord de l'USS Disko, et la situation des principaux organes techniques du vaisseaux allant en se stabilisant, diverses autres considérations, temporairement mises sous le boisseau, refaisaient surface. C'est ainsi que, descendue à la Soute, Diana eut des mots avec son équipage.
Mais tout d'abord, c'était quoi la Soute ?
Les astronefs de classe Glorious, les premiers engins conçus par l'homme à pouvoir s'élever hors de l'atmosphère sans avoir besoin pour cela d'être accrochés à des milliers de litres d'explosifs, étaient des merveilles de technomagie. Il s'agissait de grandes machines dont la conception avait duré des années et englouti de grandes quantités de ressources, exploitant au mieux, et parfois avec une hardiesse excessive, les connaissances et les techniques disponibles à leur époque. Époque qui, mine de rien, commençait à dater. Certes, on n'avait commencé à tracer les plans du Disko qu'une dizaine d'années plus tôt, mais entre temps, les sorciers avaient fait de grands progrès dans l'art de propulser un astronef, mais aussi dans la maîtrise des menus à-côté de la conception des vaisseaux spatiaux. Par exemple, dans l'implémentation des toilettes, des divertissements à bord, des luminaires, et dans les techniques à employer pour actionner les grandes pièces mobiles comme les trains d'atterrissage. En outre, la récolte de pléthore d'artefacts aliens avaient donné matière à réflexion à bien des ingénieurs, qui avaient trouvé à employer ces procédés curieux mais efficaces, en particulier ceux qui faisaient intervenir ce fluide invisible qui se déplaçait à toute vitesse dans les fils de cuivre. Bref, tandis que le Disko et ses semblables s'éclairaient encore à la lanterne à huile, le tout nouveau Furious et les autres vaisseaux modernes en construction en étaient déjà aux LED basse consommation. Et si ailleurs, on utilisait couramment les activateurs électromécaniques, sur le vieux Disko, on pelletait encore de l'honnête charbon dans de braves chaudières pour faire bouillir de l'eau des montagnes du Portolan qui s'évaporait dans des tuyaux en fonte de bon aloi avant de s'expanser dans des pistons Chrétiens.
Bref, la Soute du Disko, c'était un endroit viril, oui, un endroit pour les hommes. Diana y était rarement venue. Peu de gens s'y rendaient sans bonne raison. C'était un endroit où on se battait au corps-à-corps, muscles noués contre barre d'acier, où d'énormes mains calleuses striées de mille coupures se cramponnaient aux leviers de commande brûlants, sans rien lâcher, sans rien céder. Un endroit où même les jets de vapeur peinaient à dissiper l'âcreté de la sueur, un endroit dont chaque recoin des parois luisait d'une épaisse couche de cambouis semi-solidifié. C'était le domaine des poilus, des tatoués, des mecs qui parlent peu car ils préfèrent agir. Ici, on réglait ses comptes entre soi, de façon brève et sans équivoque, sans notion de grade ou de règlement.
« En tricotant.
- C'est ça patronne, en tricotant.
- C'est vrai ce qu'il dit, matelot ?
- Gnhh... oui... oui, vrai... Argl...
- Faites-voir cette blessure ?
- Voyez patronne, c'est l'accident bête. Il faisait un point de godron quand son rang a filé, alors il a essayé de rattraper avec l'autre aiguille, ça aurait pu marcher, il y est presque arrivé, ah, il s'en est fallu de peu qu'il rattrape cette foutue maille. Pauvre Bobby.
- Dites-donc, au vu de la plaie, elles sont bien larges et très coupantes sur le côté, vos aiguilles. Vous vous seriez pas plutôt battus au couteau
- Nous ? Oh non, on fait pas ça nous, pas vrai les gars ?
- Non non non non non non...
- ...
- Jamais de la vie, patronne.
- ...
- Vous dites rien, patronne ?
- Non mais dites les loustics, j'ai vraiment l'air de quelqu'un qui se satisfait de ce genre de connerie ? Vous me confondez avec Punch ou quoi ? »
Une agitation soudaine s'empara des loustics derrière Diana, qui l'espace d'un très bref instant, crut voir jaillir entre deux exclamations indistinctes l'éclat d'une lame prenant l'air.
« Ah, c'est ça, hein ? C'est Punch qui vous tracasse. Allez, parlez, on est entre nous, je tombe les galons. C'est quoi le problème. Vous me connaissez, ça sortira pas d'ici.
- D'accord, c'est vrai, on a eu des mots. Rien de grave, vous allez voir, c'est juste un de ces cas tragiques d'incompréhension mutuelle qui se développe souvent dans les communautés restreintes soumises à des tâches stressantes. Donc, y'en a parmi nous, minoritaires je le précise, hein, y'en a qui sont plus trop fans du capitaine Punch, vous voyez, rapport aux derniers événements.
- Je vois.
- Alors ils voulaient former comme... je sais pas comment dire... un groupe, quoi, un groupe d'amis éloquents. Comme ça quand il reviendrait, on pourrait lui exposer notre ressenti, vous voyez.
- A coups de barre de fer.
- Euh... voilà, c'est ça. Mais je le précise, c'était pas mon cas ! Non, nous autres les anciens, on a tenté de les rappeler au règlement et au fait que d'un certain point de vue, d'aucuns, des mauvais esprits, auraient pu considérer cela comme assimilable à une tentative de mutinerie.
- Tuer le capitaine en cours de mission ? Une mutinerie ? Il y a des gens qui voient le mal partout.
- Or la mutinerie est un délit dans le règlement, et qui est assez sévèrement puni, c'est douze ou quinze ryos d'amende je crois.
- La pendaison.
- Oui, quelque chose comme ça. Voici pourquoi nous proposions à nos jeunes et impétueux collègues de différer notre réunion avec le capitaine Punch et de la remettre à un moment plus propice.
- Après le retour sur Terre.
- Oui, par exemple.
- Dans la ruelle sombre, derrière la buvette de l'astroport.
- Ou tout autre lieu approprié.
- Et moi, je pense que c'est injuste de procéder ainsi.
- Vraiment ?
- James T. Punch est notre capitaine, ne l'oubliez pas, et nous devons lui obéir, quoi qu'il en coûte et quelle que soit notre opinion sur ses décisions. Car quel est le destin d'un vaisseau sans discipline, pouvez-vous me le dire ? La ruine, le naufrage, sans coup férir, vous le savez aussi bien que moi car vous êtes gens du métier. Certains hommes ont des dispositions naturelles pour le capitanat, heureux les équipages qui servent sous leurs ordres, mais d'autres ont des aptitudes moins évidentes. Et c'est là, précisément, que la qualité d'un équipage se révèle. Un capitaine, ce n'est qu'un homme, et en tant que tel il est faillible. Plutôt que de chercher à nous venger de lui, notre devoir et notre honneur consiste à faire de notre mieux pour l'aider dans sa tâche.
- Oh, comment trop vous parlez bien...
- Et c'est seulement une fois à terre que l'incompétence du capitaine Punch devra être connue de tous, c'est pourquoi je compte bien le ramener vivant à l'astroport et l'envoyer s'expliquer en cour martiale. Le mot important là-dedans, c'est VIVANT. Est-ce clair ? »
La cruauté du châtiment fomenté par le commandeur Kalliplokamos fit taire les critiques. Les yeux des cosmatelots se révulsèrent d'horreur. Qui donc pouvait accorder si peu de prix à l'honneur d'un homme pour le traîner devant une cour de justice ?

« Ça y est Capitaine, télétransmission des cartes d'astronavigation terminée, Fu-Tong Phang a tenu parole.
- Merci Venoma. Au moins, ce menteur pathologique aura dit la vérité une fois dans sa vie.
- Pour autant qu'il nous envoie bien dans la bonne direction, tempéra Zladko Zarkoff, et pas dans un piège, hin hin hin.
- J'ai bien l'intention de faire preuve de prudence autant que de ruse. Ne savez-vous pas que dans toute la galaxie, on me surnomme « le phaennex de l'espace » ?
- Ouais. Entre autres. Bon, d'après ces cartes, ils ont repéré par télémétrie une étrange anomalie électromagnétique à sept point trois gigaphlogs dans la direction rétrograde, à peu de distance de Jeemishoo, il faudra prendre garde aux radiations positron d'ailleurs. Je vais calculer le vecteur d'approche et voir si les boucliers tiendront.
- Jeemishoo ? Demanda Punch.
- La naine blanche autour de laquelle tourne toute la ceinture de Deronios. C'est une mauvaise nouvelle si nous devons vraiment nous en approcher, c'est fort dangereux.
- Ah, mon bon Disko n'aurait pas ces problèmes. Vous ai-je raconté qu'une fois, nous avons traversé l'horizon des événements d'un trou noir ? A huit cent quatre-vingt dix sept reprises, à en croire les calculateurs de bord. C'était d'un cocasse...
- Sans doute, sans doute. Bien, Slogo, active les injecteurs de carburant et les compresseurs tri-étages, je ne tiens pas à rester une seconde de plus sur cet astéroïde souillé de corruption et de mensonge. En route !
- Avec joie Capitaine. Puis-je ajouter qu'il me ravit de reprendre notre route ainsi que le cours de notre mission ? »
Le reste du discours de l'androïde fut couvert par le rugissement des moteurs s'ébrouant en prévision du décollage – car le Foudroyant Lumineux n'était pas l'astronef le plus discret de l'univers – et se mit à cracher de grandes quantités de gaz brûlés, arrachant sans peine sa masse à la gravité étique de Rieqdat Outpost. Puis, parmi les gaz brûlés, les moteurs se mirent à cracher des gaz pas complètement brûlés, puis d'intermittentes giclées de comburant, des bouts d'aluminium, des boulons tordus, des aubes de turbine, des turbines entière, et finalement, un moteur complet. Les systèmes de sécurité de la fusée détectèrent l'inclinaison dangereuse qu'elle commençait à prendre et coupèrent les moteurs restants, permettant à l'astronef en perdition de retomber sur ses trois pattes, un peu trop rudement pour que ses amortisseurs s'en tirent sans dommage. Sur le petit astroport, la réaction qui dominait était la curiosité, bien que d'aucuns, prévoyant une explosion, préférassent prendre leurs distances avec l'engin en perdition, dont la partie inférieure de la structure commençait à émettre au travers de ses plaques disjointes des filets de fumée noire. Nul bien sûr ne songea à porter secours à l'équipage, ni à éteindre l'incendie, les bases pirates n'étant pas connues pour disposer d'un personnel abondant en matière de lutte contre le feu.
Par chance, le professeur Kragelius, que le choc avait bizarrement épargné, prouva qu'il n'avait pas totalement perdu l'usage de ses facultés mentales en enfonçant la commande d'extincteur des moteurs, lesquels se retrouvèrent aussitôt noyés sous une mousse orange peu esthétique mais néanmoins efficace. Flash Thunder organisa promptement l'évacuation, distribuant des masques respiratoires à qui en avait besoin, car l'atmosphère du vaisseau s'était rapidement remplie de fumée délétère. Evacuant par l'écoutille de secours et l'échelle télescopique située le long du flanc, les compagnons du Foudroyant Lumineux, au complet, s'assemblèrent sous leur véhicule et le contemplèrent avec tristesse.
« Ma... ma fusée... ma jolie fusée cosmique !
- Allons, capitaine, haut les cœurs, le consola le jeune Notig en l'étreignant.
- Ah, mon ami, que vais-je devenir, capitaine sans vaisseau ?
- Le Foudroyant Lumineux est sans doute réparable, Capitaine ! Regardez, en remplaçant le moteur et en remettant d'aplomb...
- Oui, tu as sans doute raison, mais combien de temps ces réparations prendront-elles ? Notre mission est importante, et ne souffre aucun retard. Yshaloth compte sur nous !
- Capitaine, si je puis vous interrompre...
- Oui professeur Kragelius ?
- Pour ce qui est de notre mission, nous n'avons pas réellement besoin du Foudroyant Lumineux. Je pense que nous pourrions le laisser sur place, aux soins d'un mécanicien, et emprunter un autre astronef ici même. Ça ne manque pas par ici.
- Oui, renchérit Venoma, le professeur a raison, tout à l'heure, pendant que vous étiez à la recherche de renseignements, Zladko et moi-même sommes allés faire un tour dans les grottes derrière l'astroport, afin de voir si on ne pouvait pas y trouver des pièces détachées. Il y avait amarré là des vaisseaux entiers, sans doute dérobés aux victimes de ces flibustiers. La plupart sont à moitié désossés, mais quelques uns semblaient encore en état de voler. Je crois même en avoir repéré un qui avait un bouclier antineutron, qui nous serait bien utile pour nous approcher de Jeemishoo.
- Vous pensez ? Ah, ce serait l'idéal, en effet. Mais s'ils apprennent le besoin dans lequel nous nous trouvons, ces forbans nous feront payer cher leur vaisseau, je crains que nos finances ne nous permet... »
Puis soudain, une idée lui vint. Flash se retourna alors vers Punch, qui faisait mine de s'éloigner discrètement l'air de rien en pensant à autre chose.
« Punch, mon ami, revenez par ici avec votre bourse pleine, venez venez venez venez venez... »
Tags: sauvageons
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