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Allocution




Allocution de M. Asp Explorer
Président de la République



(cor de chasse)


Française, Français, mes chers compatriotes,

Dans un monde de plus en plus complexe et inquiétant, vous avez fait le choix de la simplicité, de la clarté et et de la lisibilité. Vous avez décidé ce soir de m'accorder votre confiance en me m'élisant à la magistrature suprême, je vous en remercie. Je mesure pleinement les attentes qui sont les votres, et je suis conscient du défi que vous nous avez lancé, à moi et à mon gouvernement. Je tâcherai de me montrer digne de cette responsabilité, et à chacun d'entre vous, je souhaite vous le dire : je serai le président de tous les Français.

Mes prédécesseurs, dont je tiens à saluer l'action, ont mis un point d'honneur réformer notre pays, l'assurance maladie, les retraites, l'armée, l'éducation nationale, la politique familiale, la justice, le logement, la consommation, la fiscalité, les régions, le code de la route, la politique énergétique, la recherche, l'industrie, et jusqu'à l'Etat lui-même. Pour ma part, et je vous l'annonce d'ores et déjà en toute franchise, je ne ferai rien de tel.

Non, mes chers compatriotes, il n'y aura pas, sous ma législature, de réforme de l'Education Nationale, car l'histoire a montré que d'une part c'était impossible, et d'autre part ça ne servait à rien. Nos universités, certes, ne sont pas parfaites, mais nous n'y toucherons pas non plus, parce que finalement, ce n'est pas si important que ça. La Sécurité Sociale présente, il est vrai, des signes d'essoufflement de ses finances, toutefois, diminuant un peu les prestations, en fermant quelques hôpitaux à moitié vides dans les campagnes reculées, en augmentant un poil les cotisations et en déremboursant les anxyolytiques, on devrait tenir encore quelques années le temps de voir venir. Il est parfaitement inutile, donc, de lancer une quelconque réforme là où quelques mesurettes habilement négociées avec les partenaires sociaux feront l'affaire.

Pour ce qui est de la construction européenne, dossier qui me tient tout particulièrement à coeur, vous savez quelle est ma conviction profonde, vous savez que je partage avec vous cette vision d'une Europe unie, sûre d'elle-même et qui assurerait à ses citoyens un niveau de vie et d'éducation supérieur à ce que connaissent les autres grandes parties du monde. Toutefois, vous n'êtes pas sans savoir que nos partenaires Européens ne partagent pas, dans leur grande majorité, cette vision, lui préférant une conception marchande et dérégulée du monde. Voici pourquoi je m'engage à ce que sous mon mandat, la France s'oppose avec la plus grande inflexibilité à toute évolution structurelle ou réglementaire des instances Européennes.

L'institution judiciaire, en France, souffre. Les récentes affaires qui ont défrayé la chronique ont démontré l'urgence de s'atteler au problème. Ce n'est pas récent, ce n'est pas une découverte. Deux raisons expliquent cependant les problèmes de la justice. En premier lieu, bien sûr, il y a le manque de moyen. Si j'étais un de mes prédécesseurs, je devrais vous dire bien que nous allons débloquer tant de milliards dans un grand plan de ceci-celà. Je n'en ferai rien. Et pour cause, l'Etat n'a plus un sou. Alors plutôt que de vous mentir, je vais m'attaquer à l'autre raison des problèmes de la justice : l'inflation législative. Car depuis des années, dès qu'un sous-secrétaire d'état veut épater sa concierge, il fait voter une loi. Il en sort quasiment une par semaine. Qui peut suivre toutes ces lois ? Personne, pas même les avocats spécialisés. Les procédures sont de par le fait devenues incroyablement longues et complexes, et la justice rendue est de mauvaise qualité. Il en résulte que de nos jours, la loi est lettre morte, son autorité est nulle, de fait, on peut considérer que le corpus législatif français est caduc. Voici pourquoi, dès que je serai en fonction, j'officialiserai cet état de fait en faisant abroger toutes les lois actuellement en vigueur, à l'exception des quelques-unes qui sont indispensables, telles que celles qui interdisent le meurtre, le vol, le viol, le taggage de voiture et la contrefaction de monnaie. En outre, afin d'éviter la résurgence du problème, un contingentement des textes de lois sera désormais mis en oeuvre, de telle sorte que le volume législatif produit par les assemblées sera limité à deux-cent pages annuelles. La Garde Républicaine veillera au respect de ce dispositif en tirant au sort, à la fin de l'année, autant de parlementaires que de pages du Journal Officiel qui déborderont de ce contingent. Les élus ainsi sélectionnés seront fusillés à l'aube dans les fossés du fort de Vincennes.

En ce qui concerne la politique étrangère, la coopération et le développement, l'action de mon gouvernement sera basée sur la doctrine des trois non : non-connaissance, non-compréhension, non-implication. Pour en donner un exemple, lorsqu'on évoquera devant moi le drame du Darfour, la position officielle de la France sera :
- Nous ne sommes pas au courant
- Si on était au courant, on n'y comprendrait rien à leurs salades
- Et même si on y comprenait quelque chose, en première approximation, c'est pas notre problème
La France, à l'abri de son parapluie atomique, n'a que faire de politique étrangère. Nous n'avons nul besoin d'attirer sur nous la vindicte de terroristes ou les représailles commerciales de tel ou tel groupe de pression, et la prétendue "Grandeur de la France" n'est qu'une vue de l'esprit, une emphase de politicien bouffis d'orgueil, qui fait rire la planète entière. En nous contentant de déclarations de bonnes intentions et en nous en tenant à une molle neutralité, nous sommes au contraire assurés de ne rien craindre de l'extérieur, puisque nous n'aurons pas d'ennemis.

Françaises, Français, mes chers compatriotes, voici exposé en quelques mots le programme de mon gouvernement. La France est une chose trop sérieuse pour être laissée aux ambitieux et aux visionnaires, aux démagogues, aux réformateurs, aux aventuriers et autres idéologues bornés. Soyons pragmatiques. Ne cassons pas ce qui marche à peu près si nous avons peu de chances de bâtir quelque chose de mieux. Je n'insulterai pas votre intelligence en vous promettant de léguer aux générations futures une France radieuse du bonheur pour tous. Mais avec votre concours, je peux faire en sorte que la France de demain soit assez semblable à la France d'aujourd'hui, peut-être en un peu mieux. C'est déjà pas si mal. Françaises, Français, je m'engage ce soir, pour les cinq années à venir, et conformément à la mission que vous avez voulu me confier, je m'engage, dis-je, avec la plus ferme résolution, à expédier les affaires courantes.

Vive la République, vive la France.

(Podom podom pom pom pom pom... podom...)
Tags: opinion
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