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♪♫Liberia, ô, Liberia, tes montagnes, tes vallées, tes rivières jolies...♪♫

Le Liberia n'est pas un quelconque petit pays d'Afrique, c'est un pays à l'histoire tout à fait singulière. Une histoire qui s'inscrit du reste dans son drapeau :


Ne vous évoque-t-il pas vaguement quelque chose ? Oui, le Gwenn-ha-Du, bien sûr, mais aussi... le stars sprangelified banner des USofA. Et ce n'est pas un hasard.

Comme vous le savez sans doute, le peuplement des Amériques fut la confluence de nombreuses migrations venues des quatre coins du globe, plus ou moins volontaires. Dans le cas des noirs d'Afrique, certains diraient que ce n'était pas volontaire du tout puisqu'ils étaient esclaves. C'est vraiment du mauvais esprit, on leur paye une croisière gratos, on leur fournit du boulot, une case, parfois même de la bouffe, et ils veulent de l'argent en plus ! Ah vraiment, jamais contents...

Bref, les USA se retrouvèrent dotés d'une abondante main d'œuvre bénévole. Or l'Américain possède, depuis le début, deux traits éminents qui le caractérisent. En premier lieu, il est âpre au gain, ce qui l'invite à considérer favorablement les travailleurs gratuits. En second lieu, c'est un cul-béni, et là, ça pose problème, puisque hélas, on a beau retourner les Évangiles dans tous les sens, Jésus n'a jamais fait l'apologie de l'esclavage. D'où, très tôt, l'émergence d'une Société Nationale d'Amérique de Colonisation. Comme de plus en plus d'esclaves trouvaient le moyen de se libérer (soit en fuyant, soit en acquérant la liberté) et qu'on se demandait quoi en faire, de bons bourgeois de la côte nord-est se dirent qu'on pourrait faire d'une pierre deux coups, en renvoyant tous ces braves basanés dans "leur pays". D'une part, ils soulageaient leur conscience de bon chrétiens en réparant les torts causés à ces populations, et deuxièmement, ben... ils se débarrassaient de tous ces noirs, faut bien le dire aussi.

Oui, mais "leur pays", c'est où ? L'Afrique, c'est grand. Tous ces esclaves avaient été pris un peu partout dans le continent, et bien peu avaient encore un vague souvenir de l'endroit d'où venaient leurs ancêtres, dont ils ignoraient du reste presque tout de la langue, de la religion, des traditions, et en plus, au cours des générations, ils s'étaient copieusement métissés entre eux et avec les blancs, alors va retrouver la terre de tes ancêtres dans tout ce merdier.

C'est ainsi qu'en 1822, les Américains ont créé de toute pièce un pays, le Libéria, et on a commencé à transférer tous ces gens en sens inverse. C'est pour ça que la langue officielle du coin, c'est l'anglais, que la capitale s'appelle Monrovia (du nom du président James Monroe), que la monnaie est le dollar libérien, etc...

Au Liberia, c'est un peu comme Israël : de braves colons ont donc débarqué un beau jour sur une terre vide d'hommes et complètement déserte et l'ont mise en valeur à la force de leurs mains burinées. Tout pareil. Avant l'arrivée des américano-libériens, il n'y avait personne de personne. Enfin, juste quelques sauvages sans importance, si folkloriques avec leurs os dans le nez et leurs étuis péniens, de grands enfants quoi, indolents mais sans malice. Bref, les braves colons s'établissent les terres qu'on leur a fournies, et c'est là que notre histoire devient intéressante. En effet, si d'aucuns en Amérique ont un peu poussé à la roue pour que les noirs retournent chez eux, c'était entre autres parce qu'ils étaient réputés peu capables de s'adapter à la civilisation blanche et chrétienne. Or, voici qu'arrivés en Afrique, ces mêmes noirs se mirent en devoir de faire mentir leurs anciens maîtres ! Devenus propriétaires de vastes domaines, les voici qui reproduisent ce qu'ils connaissent des structures sociales, à savoir qu'ils embauchent les indigènes pour trimer dans les champs, en ne leur laissant que les miettes.

Épargnés par les colonisateurs européens, les libériens vont continuer sur leur lancée, les descendants d'esclaves américains exploitant les descendants d'africains. La situation perdurera à peu près inchangée jusque dans les années 80, qui virent l'émergence de Samuel Doe, surnommé "le Grand Démocrate", leader pro-indigène, qui prend le pouvoir. Au bout de quelques années de pouvoir autoritaire, il se retrouvera confronté à son alter-ego libéro-américain, Charles Taylor, dit "l'Ami des Droits de l'Homme".

La guerre civile du Liberia, entre 1989 et 2003, fut un des plus navrants exemples de la barbarie humaine. Le pays a perdu un million d'habitants entre 90 et 95, 200000 morts du fait des combats et 800000 exilés dans les pays voisins. C'est pas mal pour un pays de trois millions d'habitants. Aujourd'hui, la paix est revenue, mais le Liberia reste un des pays les plus pauvres et les moins alphabétisés du monde.

Qu'ils sont cons, ces ricains.

Au passage, vous noterez que le Liberia n'a jamais été colonisé. Il ne doit donc pas sa misère à la rapacité de l'homme blanc qui a pillé les richesses du reste inexistantes de son sous-sol. Il y a eu dans ce pays des institutions démocratiques stables, une presse libre, une économie moderne, une université de bon niveau et tout ce qui s'ensuit. Aujourd'hui, c'est un des pays les moins scolarisés du monde.

J'aime assez ce genre d'histoires, qui démontre invariablement combien la médiocrité humaine transcende les peuples, les races et les religions pour nous rassembler dans la grande famille des trous du cul.
Tags: belles histoires
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