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Pour qui sont ces serpents...

Les avancées technologiques prennent parfois de bien étranges chemins de traverse pour arriver jusqu'à nous. C'est ce dont est-ce qu'il adviendat du moteur de la première navette spatiale mise au point par l'humanité. Il ne s'agissait pas, comme le croient généralement les ignorants, de la navette spatiale américaine, ni de sa malheureuse homologue soviétique Bourane, non. En fait, la première navette spatiale - c'est à dire le premier véhicule spatial réutilisable - aurait dû être lancée par... l'Allemagne nazie ! C'est en effet en 1941 que les équipes de Peenemunde, en marge des travaux sur la fusée V-2, se lancèrent dans un programme encore plus ambitieux : envoyer un homme en orbite et le le ramener dans un véhicule qui aurait vocation à être entièrement récupéré et remis en état après le vol !

Les scientifiques nazis travaillèrent d'arrache-pied, toutefois, ne raison de la priorité donnée aux industries de guerre, on comprend qu'ils aient manqué de temps et de ressources pour mener à bien leur plan certes prestigieux, mais de peu d'intérêt stratégique. En fin de compte, seul un moteur fut assemblé, le puissant et unique moteur qui devait rester accroché à la navette et revenir se poser avec elle. Il ne s'agissait ni plus ni moins que du tout premier moteur à hydrogène et oxygène liquide ; les Allemands avaient alors sur le reste du monde une avance technologique de 25 ans !

En fin de compte, la navette du Führer ne fut jamais terminée. Quant au moteur, il fut récupéré dans une base de Silésie orientale par une unité de la XXIIIe Division d'Infanterie soviétique, et envoyé à Moscou pour analyse. Etrangement, l'engin n'excita guère la curiosité, malgré ses caractéristiques uniques qui en font, aujourd'hui encore, un moteur fusée tout à fait performant. Les historiens des sciences et techniques se sont longtemps interrogés sur cet étrange "oubli" des Soviétiques, qu'ils attribuèrent tour à tour à l'incurie d'un régime bureaucratique, à un hypothétique syndrome du "not invented here" chez les ingénieurs en fuséologie de Baikonour, ou à une phobie antinazie bien compréhensible chez ces bolcheviques... mais que dément tout le reste de l'histoire astronautique russe. En fait, l'abandon dans un hangar de ce superbe moteur tient à un ensemble de contingences techniques que les ingénieurs des années 50 ont jugées, sans doute à raison, insurmontables avec les technologies de l'époque.

En effet, comme l'explique Dmitri Bogdanovitch dans ses mémoires hélas pas encore traduites, en raison du fort taux de compression choisi et des médiocres performances de ses turbopompes, ce moteur avait tendance à vibrer énormément, générant dans tout le vaisseau un effet "pogo" difficilement maîtrisable. Les vibrations, de haute fréquence, étaient sans danger sur les robustes structures de la navette ou sur le pilote, mais avaient tendance à endommager rapidement l'électronique embarquée (à lampes...) En outre, le comportement capricieux de l'engin requérait un pilotage par informatique, qui était bien au-dessus des capacités russses - ou américaines - de l'époque. De nouveaux essais furent menés des années plus tard, dans les années 1970, néanmoins, il apparut que si l'informatique avait progressé, les fragiles disques durs nécessaires au fonctionnement des ordinateurs embarqués ne supportaient les fréquences produites pas beaucoup mieux que les antiques lampes.

Le moteur nazi aurait pu rejoindre à tout jamais quelque musée de la glorieuse conquête du cosmos prolétarien quand en 2009, une invention changea la donne ! En effet, OCZ Technologies, le géant californien des composants informatiques, s'avisa qu'une solution technologique existait, permettant de monter une informatique embarquée à bord d'un astronef propulsé par ce moteur révolutionnaire. Il s'agissait du "Solid State Drive", ou SSD, périphérique de stockage remplaçant avantageusement les disques durs, mais dépourvus de pièces mobiles ! Il n'était donc plus à craindre que les têtes de lecture viennent endommager la surface magnétique du support, ce qui ouvrait du coup bien des perspectives.

Et c'est bien le vieux moteur récupéré en Silésie qui servira de banc d'essai à cet étrange accouplement entre une machine de mort des années 40 et les merveilles informatiques du XXIe siècle !

Bon vol, donc, au Schutzstaffeln Single Second Stage Solid State Space Shuttle Main Engine (SSSSSSSSSME) !

Tags: science
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