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The Cretinous Star Sauvageons 7.26

26 ) Debriefing



DS 1020.6

(score : « At the tail the-the », André Bézu)

Cahin-caha, le Queen et le Disko entrèrent à leur tour dans la Brume, afin d'y faire quelques réparations urgentes avant le retour sur Rieqdat. Ils s'étaient bouffés assez de neutrons comme ça, et ils avaient soupé de ce trognon d'étoile violacé qu'était Jeemishoo. Le Queen était doté d'un port d'amarrage standard au-dessus de la salle logistique, à l'arrière. Ils parvinrent à visser celui-ci de façon à peu près étanche dans l'écoutille universelle du Disko, située sous la coque, côté bâbord avant, près de la salle de chargement. Cette écoutille n'était pas conçue pour supporter des contraintes mécaniques, on manda une quinzaine de manutentionnaires du Disko, rompus aux travaux en scaphandre, pour solidement assujettir les deux astronefs à l'aide de câbles, de brins, de filins, de madriers de bois et de shatterton.
Pendant que l'on procédait à cette opération du reste assez habituelle à bord de l'astronef sauvageon, notre joyeux capitaine reçut la visite surprise de Diana.
« Oh, Diana, tu es venue pour...
- Mais pour t'accueillir, James, pour t'accueillir ! C'est bien sûr une joie de te retrouver à bord, sain et sauf.
- Ah ? C'est étrange, après la légère incompréhension qui nous a privés de la machine à woup l'autre jour, je me disais que tu pourrais en concevoir quelque humeur à mon endroit.
- Qui ? Moi ? Allons, voyons, pas du tout ! Tu sais bien que tout le monde t'aime et t'estime à bord.
- Ah ?
- Et te respecte !
- Bon, t'as fini de te foutre de ma...
- Et du reste, j'aurais un petit cadeau pour toi, tu veux bien me suivre ?
- Un cadeau ? Ah mais c'est génial ça. C'est quoi, c'est quoi ?
- Suis-moi, c'est par là. Juste là... Merde, j'ai marché dans un truc gluant... Oh, pardon enseigne Nss'hlsclkg, je ne vous avais pas vu.
- Schlps.
- C'est par là, voilà...
- C'est la salle de chargement par là non ?
- Ah, on ne peut rien te cacher, tu le connais ton Disko, pas vrai ?
- Ben tu m'étonnes.
- Et voilà, surprise ! Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire captaine Punch... »

Personne ne savait bien sûr combien le Disko comptait d'âmes. C'était assez informel, le Disko. Par exemple, imaginons que vous soyez un obscur mécano raté issu d'une race de pédonculés mous du bulbe et qu'un soir, vous êtes occupé à vous murger dans la cantina d'un astroport merdique. Ivre mort, vous vous retrouviez enfermé dans une caisse par cette étrange variété d'amis qui estime de leur devoir de vous faire des blagues. Ah ah ah, désopilant. Et puis vous vous réveillez dans le plus pourri des astronefs de l'univers, parce que la caisse en question étant tombée d'un camion, elle avait été récupérée en toute bonne foi par des membres d'équipage du Disko. Et trois mois plus tard, si vous survivez, vous voilà un officier respecté. Personne ne vous demandait de signer quoi que ce soit, c'était à la bonne franquette. C'était ça, le Disko.
Ils étaient à peu près tous là. Pour fêter l'anniversaire du Capitaine.

« Mais, c'est pas mon anniversaire.
- Ah oui ? »
Puis, Punch aperçut les cadeaux apportés par l'équipage. Certains avaient apporté des clés à molette. D'autres des barres à mine. D'autres des câbles électriques en cuivre, tressés et dénudés au bout. D'autres des pistolasers.
« J'y pense maintenant, je ne me souviens plus très bien ce qu'ils ont dit, s'ils voulaient te faire ton anniversaire ou bien ta fête. »
Punch considéra la foule qui avançait silencieusement vers lui avec une certaine appréhension. L'esprit du capitaine ne manquait pas de ressources, surtout quand il s'agissait de sa survie. Un redshirt connu pour être particulièrement fort en gueule sortit du lot et apostropha son supérieur en ces termes :
« Alors, Capitaine, t'as sûrement un discours à nous faire. Pour ton anniversaire. Hein ?
- Ouais, un discours, un discours. »
Le ton avec lequel la foule scandait ça indiquait clairement que la première phrase du discours devrait être éloquente, sans quoi ce serait aussi la dernière. Alors, Punch monta sur un bidon qui traînait dans le passage, arbora son plus grand sourire, écarta les bras à la « je vous ai compris », et lança alors :
« Mes amis, je vous ramène PLEIN D'ARGENT ! »
Ceux qui avaient des yeux se regardèrent une seconde, interdits, puis une clameur explosa dans la salle de chargement :
« Ouais ! VIVE LE CAPITAINE PUNCH ! »

La mutinerie évitée par la générosité du capitaine, le Disko put revenir sur Rieqdat pour déposer ce qu'il restait de l'équipage du Foudroyant Lumineux, lequel se mit incontinent à la réfection de l'astronef sous la houlette de Flash Thunder. Pendant ce temps là, Punch et les siens firent une escale d'une semaine sur Yshaloth, où ils jouirent de l'hospitalité royale. Le capitaine ne se pria pas de tirer la couverture à lui, évoquant à peine le rôle de Flash dans la résolution des problèmes de la petite planète, mais étrangement, il ne parvint jamais totalement à ôter cette moue dubitative sur les lèvres de la reine Adamantia. Toujours est-il qu'au bout de quelques jours, l'équipage en maraude dans la capitale multipliant les scandales et voies de fait, Punch décida qu'il était plus que temps de rentrer avant que les relations avec les Yshaliens ne virent à l'orage, et c'est donc avec un plaisir aussi grand qu'à l'arrivée que le bon peuple assista au départ du Disko.
Pendant ce temps, Diana, qui n'avait pas la fibre touristique ni le même élan que ses compagnons pour ce qui était de boire, de chanter et de violer les filles, se rendait utile en faisant faire divers travaux. Elle trouva donc facilement cinq minutes pour aller discuter avec la MOA, qui branchait le nouveau noyau réactif.
« Je peux entrer ?
- Bien sûr commandeur.
- J'aurais besoin de votre expertise technique à propos d'un point qui me turlupine.
- Je vous écoute.
- Voilà, lorsque nous avons volé le générateur du World Crusher, celui-ci s'est retrouvé privé de puissance. Mais quelques minutes plus tard, il l'a retrouvée.
- C'est exact. La seule explication logique est que le World Crusher disposait d'un second générateur. J'avais moi-même demandé à ce qu'on prenne ce genre de précaution au moment de la construction du Disko, mais des problèmes de budget...
- C'est aussi ce que j'ai cru sur le moment, mais en regardant ça, j'ai eu des doutes. C'est le graphe puissance/chroniton que six-cinquante a enregistré au moment où le World Crusher s'est rebranché, vous voyez là, exactement.
- Oui. C'est étrange.
- Et ça ne correspond en rien à ce qu'on enregistre d'habitude dans ces circonstances, d'autant qu'on n'a pas noté de couplage de Blaloq.
- C'est... très étrange, en effet.
- Alors je me suis dit que s'ils n'ont pas de générateur secondaire, c'est nécessairement qu'ils ont utilisé la même astuce que vous. Vous savez, avec le roto...
- C'est impossible. J'ai inventé cette manœuvre. Je suis la seule à la connaître, et même en la connaissant, seul un ingénieur doté d'une intelligence supérieure pourrait procéder aux réglages requis dans les temps. Ce n'est pas à la portée d'un mortel. Sauf votre respect, commandeur.
- Mouais. Mais les graphes...
- Les graphes sont parlants. C'est bien le genre de configuration spectrale que l'on pourrait s'attendre à voir en cas de dérivation chronodynamique.
- Qui d'autre, à part vous, pourrait faire une chose pareille ?
- Personne. Les noyaux réactifs magie/antimagie sont une technologie toute nouvelle, même dans les cercles infernaux, on n'a rien de tel.
- C'est vous qui l'avez inventé ?
- Non, c'est un pool de chercheurs septentrionaux, d'après les travaux tardifs de Fabrizzio d'Areva.
- Ah, le fameux Fabrizzio d'Areva. Et parmi ces chercheurs septentrionaux, qui aurait pu avoir le coup de main, selon vous, pour monter cette manip ?
- Moi.
- Bien sûr. Il y a forcément quelqu'un, c'est impossible que ce soit vous.
- Avec un paradoxe temporel, ça ne serait pas totalement impossible. Néanmoins, comme il n'y avait que deux personnes vivantes à bord du World Crusher à ce moment là, et qu'aucune d'entre elles n'était une méduse, cette hypothèse est à écarter.
- Alors ?
- Alors en y repensant, Fabrizzio d'Areva serait aujourd'hui bien vieux. Ne m'a-t-on pas parlé d'un vieillard qui accompagnait Shannen Gowan ?
- Mais Fabrizzio d'Areva est mort assassiné pendant les guerres de succession de Gunt.
- Et dans quelles circonstances ?
- Eh bien, si mes souvenirs sont bons, la rumeur le disaient assassiné par la Condee...
- Hum. »
Deux petits médusons se chamaillant dans la chevelure de la MOA finirent par briser le silence.
« Evidemment, ça expliquerait bien des choses.
- Fabrizzio d'Areva était un homme très recherché en son temps. La Reine Noire aura pu simuler un meurtre pour qu'on cesse de l'importuner. Peut-être même avec l'assentiment de Fabrizzio lui-même. Ainsi, elle conservait l'exclusivité des inventions de son prisonnier, ou de son invité, qui pouvait tout entier se consacrer à ses recherches. C'est puissamment raisonné. Condeezza morte, sa fille aura revendu à l'Empire de Pthath le savant et les secrets dont elle avait hérité.
- Et nous, tout ce dont on a hérité, c'est d'un sacré paquet d'emmerdes.
- Je rejoins votre analyse, commandeur. »

Finalement, après un voyage sans histoire – si l'on excepte sept attaques de pirates, deux infestations d'aliens, quatre débuts de mutineries onze incendies, deux inondations, une invasion de sauterelles et une épidémie de coqs sodomites – la Terre fut en vue. Aussitôt le vaisseau posé et les systèmes éteints, Diana jura que c'était la dernière fois qu'elle montait à bord de ce vaisseau de cinglés, ce qui était traditionnellement le signe qu'attendait l'équipage pour faire ses au-revoirs et se disperser. De fait, le Disko était rentré à sa base depuis moins de vingt-quatre heures, et déjà, la majeure partie de la paye des sauvageons passait de la douce main des prostituées à celle manucurée des maquereaux, à celle habile du joueur professionnel, puis à celle, rugueuse et épaisse, de l'homme de main, à celle gantée de noir du truand, à celle gantée de blanc du milicien, à celle sentant la bière du tavernier, pour finir dans celle, large et accueillante, du percepteur royal.
Percepteur dont le tenancier du « Singe de Tau Ceti » attendait incessamment le passage en essuyant sa chopine, tout en surveillant du coin de l’œil un client qu'il connaissait bien, notre ami le capitaine James Tiberius Punch. En cette après-midi, c'était pas encore l'heure de faire des affaires, mais le débit de boisson était quand même un peu animé, aussi personne ne fit-il attention lorsque entra un étranger vêtu pour le voyage, de marron et d'écru, avec bottes et cape noire, et un chapeau de feutre pointu à la Robin des Bois. Il arborait, du reste, le même genre de barbe qu'Errol Flynn, mais en noir, il était aussi de belle stature. Tout indiquait en lui un de ces hommes qui ont coutume d'arpenter les routes pour gagner leur vie, comme messagers, représentants, vendeurs de ci ou de ça. Il fallait penser à mal et être sacrément observateur pour s'apercevoir que ses vêtements étaient particulièrement propres et bien repassés, pour un gars qui passe sa vie à battre la campagne.
Il s'accouda aux côtés de Punch, mais pas trop à côté, histoire de faire comme si c'était par hasard, mais à portée de voix quand même, et commanda une boisson qui prenait du temps à préparer.
« Il paraît que vous avez demandé à me parler ?
- Hein ? Moi ? Vous devez conf... »
L'inconnu sortit de son col une chaînette en argent, qui devait valoir trois sous, et à laquelle étaient attachés deux anneaux enlacés, qui devaient valoir un empire chacun. Même à une bourrique aussi imperméable à la magie que Punch, la puissance mystique dégagée par l'Anneau d'Anéantissement et l'Anneau de la Source était si impressionnante qu'elle ne pouvait sans doute pas être contrefaite.
« Il est vrai que je les portais lors de nos dernières rencontres, et qu'ils modifient mon aspect.
- Sire, quel honneur ! Je...
- Moins fort, voyons, moins fort. Que vouliez-vous me dire qui ne puisse passer par la voie hiérarchique ordinaire, Punch ?
- Voilà, Maître Vénéré, c'est une dont je vous avais déjà entretenu incidemment voici quelques années, et à laquelle vous aviez eu l'indulgence de bien vouloir porter quelque attention. Or donc, vous souvient-il de la rencontre fortuite et funeste que nous eûmes, mon équipage et moi-même, aux alentours de la planète Cacmeat ?
- Je me souviens de cet incident. Un astronef inconnu vous avait canardés sans raison, et vous avez réussi à vous enfuir.
- Votre mémoire est sans faille, ô, astre solaire de la pensée ! Il advint que cet astronef me fit forte impression, et bien que je ne le visse que peu de temps avant que ne débute la course-poursuite, son apparence hideuse se grava dans mon souvenir.
- C'est compréhensible.
- Or, il advint que lors de notre dernière mission, nous rencontrâmes un autre astronef qui lui était tout à fait similaire, et tout aussi hostile.
- Oh. Voici qui est fâcheux. Vous avez fait un rapport ?
- Je suis en train de le finaliser, ça va prendre trois jours. Mais je voulais donner à Votre Grâce la primeur des éléments importants.
- Ah. Ecoutez Punch, j'aime bien vos histoires d'aventures spatiales, c'est distrayant, ça fait marrer mes gosses, mais peut-être pas au point de ne pouvoir attendre trois jours.
- Mais ce n'est pas tout. L'astronef en question s'est avéré appartenir à notre ennemi, l'Empire de Pthath.
- Ah. Et alors ?
- Ben... ça ne vous choque pas ?
- C'est globalement chiant d'être roi, Punch, mais ça a quelques avantages, en particulier le fait qu'on est souvent au courant des trucs avant ses sujets, vu qu'on a des espions. Ça fait un moment qu'on sait que nos ennemis s'activent à un programme spatial, c'est d'ailleurs bien la raison pour laquelle les vaisseaux de l'Astrocorps sont maintenant armés.
- Ah. Alors je suppose que vous saviez aussi pour la fille Gowan ?
- Pflwlg ! Khaf khaf ! »
Le Roi de Drakonie cracha une bonne giclée de cocktail sur son pourpoint. L'aubergiste arriva avec un torchon. On le rassura que tout allait bien et l'engagea à s'occuper de lustrer les chopines. Puis, Punch narra à son Sire le détail de ses mésaventures.
« Et quelqu'un d'autre est au courant ?
- J'ai pris grand soin de n'informer de tout ceci que quelques officiers de toute confiance.
- Autant dire qu'à l'heure qu'il est, c'est publié dans les gazettes de toute la galaxie. Patron, un autre ! »
Le Roi de Drakonie manqua de se laisser aller à un petit moment d'abattement, mais il se reprit à temps.
« Si la fille est moitié aussi chiante que sa mère, ça promet de longues journées de saine distraction. »
Tags: sauvageons
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