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Le Vietnam, mais sans les putes de Saïgon

Ce week-end, j'ai vu un film des plus intéressants, ça s'appelle "Restrepo".

C'est un film de guerre qui se déroule en Afghanistan en 2007. C'est l'histoire d'un groupe de jeunes soldats américains envoyés au fin fond du trou du cul de l'Afghanistan, dans la vallée de Korengal. Restrepo, c'est le nom d'un des personnages, le médecin du peloton. On n'a pas le temps de s'attacher à lui, vu qu'il se fait buter au début, mais au cours de l'année, ses camarades vont lutter pour monter, sous le feu ennemi, un avant-poste fortifié auquel il donneront son nom.

Il faut aussi dire que ce film, c'est pas une fiction, c'est un documentaire, voilà. C'est des vrais mecs qui se battent vraiment, qui se prenne de vraies bastos et qui reviennent chez eux dans un sac plastique.


Bref, au delà de l'aspect émotionnel du film, il faut voir aussi que c'est très intéressant du point de vue actualité. Car on comprend mieux la guerre d'Afghanistan, ce qu'elle est, ce qu'elle va devenir, en voyant ces pauvres gars monter au casse-pipe comme à la parade. On comprend mieux certaines choses.

Ce qui m'a le plus frappé, et m'a fait comprendre bien des choses sur cette guerre, c'est qu'à un moment, un officier fait à la base le relevé des forces. Il a 20 hommes à Restrepo, 15 au PC de commandement, une demi-douzaine de supplétifs des forces afghanes, quelques blessés, quelques permissionnaires. Au total, il a dans les 45 hommes pour tenir la vallée. Or, on apprend qu'à une certaine époque, la vallée de Korengal recevait les deux tiers des munitions dispensées par l'US Air Force. C'est donc un point stratégique de la guerre, un point important. D'ailleurs, c'est pas la peine d'avoir fait West Point pour le comprendre, il suffit de regarder la carte. Korengal, c'est là :


Si vous êtes Taliban, c'est quand même bien pratique d'avoir cette petite vallée qui va directement du cœur de l'Afghanistan à la zone tribale du Pakistan où les services secrets pakistanais vous ravitaillent en armes. Même au Pentagone, ils ont compris ça, c'est pourquoi ils ont envoyé cette considérable force de frappe, 45 gugusses, réservistes, étudiants, chicanos en mal de papiers, pour défendre la démocratie dans leur camp retranché de 30 mètres sur 15. Il va sans dire qu'aucun d'eux ne parle un mot de Pachtoun, ou quel que soit le sabir qu'on parle dans le coin, ni n'essaiera une seule seconde d'en apprendre deux mots. Ce sont des demi-illettrés pour la plupart, qui sont là un peu par pas d'bol, un peu par manque de piston, un peu par résignation. Et pourtant, ils y vont, ils sont courageux, on ne peut pas dire le contraire.

45 personnels, comme on dit. C'est pas énorme. C'était l'effectif de ma compagnie d'instruction au service militaire, et je n'avais pas vraiment l'impression qu'on était assez nombreux pour gagner une bataille. Même du temps des cités grecques, on n'allait pas loin avec 45 hoplites. 45 guignols avec leur M16, contre une vallée pleine de talibans... Au fait, vous savez combien il y a de militaires occidentaux en Afghanistan ? 150 000. Dont 45 là où on se bat, et 149 955 très occupés à autre chose. Ça me rappelle cette histoire drôle à propos des énarques (ou des polytechniciens, ça dépend de la mode) qui montent une équipe d'aviron. Pas la peine d'être Clausewitz pour comprendre que dans ces conditions, c'est difficile de gagner une guerre. Où ils sont, les autres militaires occidentaux ? Ben, à Kaboul. Dans le camp militaire géant, une ville fermée et sécurisée. Ils font de l'intendance, des powerpoint, des bons de livraison, de la comptabilité, du renseignement électronique (contre des gens qui se déplacent à dos d'âne). Et ils ne sortent pas. A un moment, un des soldats de Restrepo s'interroge. Il a l'impression que tous les talibans sont en face de lui et qu'ils sont seuls. C'est pas une impression mon gars. Enfin, je sais pas, mais il me semble qu'en temps de guerre, un militaire, sa place naturelle, c'est pas trop loin du champ de bataille, et si possible, s'il apporte une arme ou deux, c'est pas plus mal quoi.

Quand on pense qu'à une époque, cette armée voulait envahir la Russie...

Le plus poignant dans ce reportage, c'est de voir à quel point c'est redevenu une guerre humaine. Ils ne sont pas nombreux les gars de Korengal. En face non plus. Quand ils ont un mort, ils chialent comme des mômes et ils sont abattus toute la semaine. Quand ils descendent un taleb, ils sont contents comme des écoliers. On a l'impression de revoir une de ces petites gueguerres de jadis où une mort comptait, où une mort pouvait faire une différence, une guerre d'avant les grandes boucheries du XIXe et du XXe siècle.

L'armée américaine a évacué la vallée de Korengal cette année. Elle y a perdu 42 soldats au total. C'est, selon la terminologie militaire, un redéploiement consécutif à un réexamen des objectifs stratégiques. Wikipedia est plus cruelle : Bataille de Korengal, victoire des Talibans.
Tags: belles histoires
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