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Sasfépu Esétriste

Moi qui ai vécu plus longtemps que vous ne sauriez le concevoir, croyez-le ou non, mais j'ai connu les premiers ordinateurs personnels. Non, pas les PC ni les macs, car à l'époque, personne ne pouvait se payer ce genre de machine, non du tout. Je vous parle des micro-ordinateurs 8-bits. C'étaient des machines plutôt rustiques, selon nos critères actuels. Moi par exemple, je possédais un TO8-D. D, ça voulait dire qu'il était doté EN SERIE d'un authentique et véritable LECTEUR DE DISQUETTE ! Mais oui ! 3,5" et tout ! Bon, c'était simple face simple densité (donc des disquettes de 180 ko) mais c'était déjà ça.


Ça vous fait marrer, mais c'est là-dessus que j'ai appris mon métier

Oui, 180 ko. Je sais, ça fait un choc.

Mais figurez-vous qu'à l'époque, sur 180 ko, on pouvait coder un jeu tout entier. Il y avait même une industrie du jeu vidéo qui vivait de ces machines. Enfin, qui vivotait, soyons honnêtes. Bon, c'est vrai aussi que sur 180 ko, on ne va pas stocker des textures délirantes, des cinématiques folles, des sons THX NSR 360 GT ni des scènes 3D temps réel. Mais d'un autre côté, il faut se souvenir que la puissance de ces ordis 8-bits était à peine suffisante pour déplacer trois pauvres sprites à l'écran, et pour ce qui est du son, on était en dolbip surround 1.0, alors pour coder Quake II sur Amstrad... Et encore, heureux ceux qui avaient un Amstrad, parce que moi, je devais me contenter d'un Thomson, notoirement inférieur dans tous les domaines (car français). Pour vous donner une idée, sur Thomson, la haute résolution, c'était 320x200 en 4 couleurs. On pouvait aussi avoir accès à un mode 65000 couleurs, à condition d'accepter la légère contrainte que pour chaque groupe de 8 pixels consécutifs à l'écran, on n'avait droit qu'à deux couleurs seulement. Ah oui, aussi, les jeux sur TO8-D n'étaient pas toujours compatibles avec ceux des TO8 normaux, qui étaient totalement incompatibles avec ceux des MO-5 ou MO-7 de la même marque, et a fortiori, avec ceux des machines d'autres constructeurs. C'était la règle à l'époque. Bref, le TO8 n'a jamais été un support très populaire pour les jeux, et du reste, les présentoirs "Thomson" ont rapidement disparu des rayons jeux vidéo des FNACs.

Pour moi, ça a toujours été le signe révélateur de la fin d'une machine. C'était facile à suivre. Un jour, une machine avait 2m de rayonnage. Le mois suivant, 1m. Je pouvais prophétiser qu'avant six mois, la machine serait morte. Bien sûr, les supporters de ladite machine me tombaient dessus, vantant les mérites de leur ordi, son nombre de pixels, la chatoyance de ses couleurs, le rendu inimitable de son processeur MIDI et son coprocesseur dédié au bit block transfert (ça c'était pour l'Atari STE, c'était d'ailleurs ce même coprocesseur qui le l'empêchaient de faire tourner la moitié des jeux produits sur Atari ST). Bref, il suffisait que se réduise le champ alloué à un ordinateur, et zou, je savais avec certitude qu'il allait sombrer dans le grand trou noir qui a fini du reste par engloutir même les plus prestigieuses machines, comme les Amiga, ne laissant au final que le choix entre le PC et les consoles.


Ce jeu tenait sur 1 disquette de 360ko...

Si je m'ouvre à vous de ces questions, ce n'est pas pour faire revivre une lointaine époque pleine de nostalgie, ni que je m'apprête à rejoindre le Hâvre Couillu en chantant la gloire passée d'un monde innocent. C'est qu'arrivé à l'âge d'homme, j'ai appris à faire la différence entre mes désirs et la réalité. Or force m'est de constater que depuis quelques temps, un bon moment même, le rayon "jeux PC" des FNACs a tendance à se réduire. Déjà, dans les boutiques dédiées de jeux vidéo, il n'y en a plus depuis longtemps. En fait, si ça continue comme ça, il sera bientôt impossible d'acheter un jeu vidéo IRL. Le PC-gaming va mourir. C'est ainsi.

Ouais, ouais, allez-y, hurlez, je vous entends bien. Je sais, maintenant, on n'achète plus de DVD, on télécharge sur Steam et puis zou, on joue, c'est tellement plus simple. Ouais. Bon. Sauf que c'est le même problème que pour la presse. C'est vrai que les buralistes, c'est compliqué, c'est lourd, c'est cher, c'est de la logistique et des intermédiaires. C'est vrai que c'est tellement plus facile de s'abonner à une revue. Sauf que vous ne risquez pas de vous abonner à une revue que vous n'avez jamais feuilletée, et où est-ce qu'on feuillette les revues ? Chez le buraliste. De même, en l'absence d'exposition publique des jeux PC, ceux-ci ne se feront vite connaître que d'initié à initié, de bouche à oreille. Ils seront invisibles au-delà d'un cercle d'adeptes. C'est le genre de plan marketing qui pue le cadavre, à mon avis.

Autre problème : quel est l'avantage du PC sur la console ? La puissance, me direz-vous. Certes. Il est vrai qu'un modeste core 2 duo chaussé d'une risible 4770 écrase sans problème n'importe quelle PS3 au nombre de polygones textérisurés par seconde. So what ? Regardez ça par exemple :


Nonobstant, voiture de merde sur circuit pourri

Vous reconnaissez Need for Speed Shift. C'est bien joli. Sur ma babasse, il y a des textures différentes bien rendues de partout, c'est parfaitement fluide, ça tourne à l'aise en 1920x1200 avec détails au maximum (ma pauvre 4770 monte péniblement à 50% de ses capacités, j'ai vérifié sur GPU-Z). Et pour cause : ce n'est pas réellement un jeu PC, mais un jeu sur console porté sur PC. Sur une console de salon, ça tourne tout aussi bien. Quel est l'intérêt de jouer à NFS sur un PC à 1500 euros (écran 22" compris) alors qu'on peut avoir le même jeu sur une console à 300 euros (écran 100 cm non-compris, mais je suppose que vous avez une télé) ? L'interface ? Non, ça se joue au clavier, le joystick n'est pas pris en compte, pas plus que les volants design. Le mode multijoueur ? Il y a le même sur console. Les temps de chargement ? C'est là le plus risible : je n'ai remarqué aucune différence entre mon temps de chargement avant et après que je fus passé au SSD. Aucune différence quand j'ai overclocké mon CPU. Aucune différence parce que... les programmeurs de la version PC ont mis des timers ! Ils ont volontairement ralenti le chargement du jeu pour que les joueurs "console" ne se sentent pas désavantagés par rapport aux PC, les enculés ! Oui, ils ont castré la version PC pour ne pas faire de l'ombre à la version console, qui fait plus de fric.

Bon, chacun sait que les portages de jeux console sont nazes, ils n'exploitent pas les spécificités ni la puissance du PC. Que dire des jeux spécifiquement PC ? Certes, ils exploitent. Mais font-ils encore l'objet de développements suffisants, compte-tenu du fait qu'un jeu sur console se vendra bien plus ? Qui aura de l'argent pour faire de la pub à la télévision et des 4x3 dans le métro ? Mettez-vous à la place d'un studio, d'un développeur, d'un artiste, c'est quoi pour vous, l'avenir ?

Nous arrivons clairement au bout d'un cycle. La puissance de feu d'un PC ne sert à rien. Quand j'ai vu les démos de God of War, je me suis dit "pu-tain-de-ta-chatte-la-sa-looope", depuis quand une pauvre console peut faire ça ? Mais à quoi peut-on donc employer la puissance d'un PC ? En quoi un jeu PC est-il réellement plus beau qu'un jeu sur console ? A quoi ça rime de sortir DirectX 11 avec gestion du CoreBumpmapVertexShading 3D-PhysX-rendererShadowsTracingLeveller V4.17 si la différence avec la DirectX 10, c'est ça :


Je n'ai pas réussi à savoir lequel était sensé être le mieux

Et pour justifier la mort du jeu PC, vous allez voir que les éditeurs vont sans doute invoquer... le piratage ! Ben oui, c'est sûr, le piratage a tué le jeu vidéo. Depuis le début des années 80. Sans le piratage, on jouerait encore à Donkey Kong sur Commodore 64. Le piratage... C'est vrai qu'on en a pas mal copié, des galettes, moi le premier je ne le nie pas. J'en ai aussi acheté pas mal. L'an passé j'en ai balancé tout un dessus d'étagère de boîtes de jeux. Mais il faut tout de même relativiser, surtout aujourd'hui. Parce que bon, disons le franchement, peu de lycéens peuvent se payer un Core i7 980 avec deux 5870 en Crossfire. C'est plutôt une occupation de trentenaire, voire de jeune quadragénaire encore fringant, cadre dans l'informatique financière, bien mis de sa personne, sportif, aimant l'art et la culture et cachant sous le voile d'une ironie mordante les traits désabusés d'une sensibilité blessée. Et quand vous portez une cravate pour aller au bureau et que vous avez claqué 2000 euros dans une config de gamer décente, vous n'allez quand même pas plaindre 15€ pour une licence half-life afin de fragger Mercier de la Socotrep à counter strike. De toute façon, depuis que tous les jeux sont en réseau, pirater, c'est devenu difficile, voire sans intérêt.

C'est marrant au fond. C'est au moment précis où le piratage disparaît que le PC-gaming tire sa révérence. A croire que finalement, il ne lui nuisait pas tant que ça.

Et donc, on en vient à la grande question qui me taraude le cul, et sauf le respect dû à l'indéniable performance technique : à quoi ça peut servir ce truc ?


C'était samedi dernier au n°36 de la rue-que-vous-savez
Tags: art
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