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CK

Lors du traditionnel rush de dernière minute pour faire les cadeaux de Noël, m'est revenu cruellement le sentiment criant des injustices sociales. Certes, il y a ce que chacun voit par lui-même, à savoir que la société nous abreuve de besoins artificiels, d'envies irraisonnées et onéreuses, que l'on ne peut ignorer sous peine d'ostracisme sociale, et que peu d'entre nous ont les moyens financiers de satisfaire. Car dans un pays où le revenu moyen par actif est de 1500 euros par mois, et une fois défalqué le strictement nécessaire pour vivre autrement que comme un néanderthal, qui peut encore dépenser ne serait-ce que 200 euros pour ses menus plaisirs ? N'y a-t-il pas une flagrante indécence à abreuver de publicités pour des montres de prix et des voitures de semi-luxe des smicards en CDD ? Comment espérer que restent honnêtes des jeunes sans perspective de carrière quand la moindre paire de sneakers à la mode atteint les 90€ ? Et qui s'offusque encore de ces malheureux assis par terre, dans le froid, sur les trottoirs des Grands Magasins du boulevard Haussman, dérangeant à peine les enfants émerveillés par les vitrines ?

Tout cela est hélas connu. Mais il est une autre inégalité sociale dont je voulais vous parler, moins évidente peut-être, mais tout aussi douloureuse, particulièrement dans notre pays. C'est celle dont est victime une minorité discriminée, souvent stigmatisée, et qui pourtant revendique le droit à la vie, le droit au bonheur, comme tout un chacun. Ce sont les riches. Car, et je sais que je vais en surprendre plus d'un, si notre France est dure pour les plus démunis, elle est tout autant hostile aux plus munis, qui trop souvent se retrouvent bredouilles et grosjean comme devant lorsque, mus par une saine ambition de développer l'activité économique en stimulant la consommation, ils désirent acheter fort cher quelque babiole soigneusement choisie. Voici donc qu'ils se présentent, les poches pleines et le sourire satisfait, devant une vendeuse, espérant à bon droit obtenir l'article qui leur fait envie. Et invariablement, que leur répond-on ?

Ah, mais non monsieur, on ne l'a plus en stock.
Désolé, j'ai vendu le dernier hier.
Revenez dans une heure, j'ai des cartons à déballer.
M'enfin vous voyez pas qu'on ferme.

Ceci, hélas, est spécifique à la France et explique en grande partie, je crois, le retard de croissance de notre pays et sa mollesse économique. En France, comme partout, il y a ceux qui voudraient consommer et n'en ont pas les moyens. C'est une fatalité, il a toujours existé des pauvres, et il en existera toujours, et il est vain de vouloir changer cela. Mais il y a aussi ceux qui voudraient consommer, en ont les moyens, mais en sont découragés par de mauvais commerçants. Et là, il y a vraiment des points de croissance à gagner ! Allez dans une boutique de n'importe quel autre pays développé, sitôt que vous avez manifesté votre intérêt pour un article quelconque, vous voici assailli par trois vendeurs obséquieux qui viennent vous cirer les pompes pour vous vanter les mérites de la babiole, vous assurer que vous avez du goût, flatter votre personne et valoriser votre acte d'achat. Vous avez vraiment l'impression de leur faire don de votre clientèle, vous n'avez pas à mendier leur intérêt pour votre personne. Si d'aventure l'objet en question est indisponible, qu'à cela ne tienne, ils se font forts de vous le commander, ou vous en vantent un autre qui vient de sortir. Vous verrez rarement un tel professionnalisme en France. Chez nous, le client est un importun qui vient vous déranger dans votre boutique avec ses demandes saugrenues, et dont il faut se débarrasser au plus vite, de préférence en l'ignorant avec superbe, à défaut en lui faisant la gueule, ou en répondant par monosyllabe à ses questions. Toute une éducation à refaire.

Tout ça pour dire que quand on trouve une boutique faisant honnêtement son boulot, il est justice qu'on en parle. Il y a au Carrousel du Louvre une minuscule bijouterie qui ne paye pas de mine, mais qui m'a sauvé la vie deux fois en trois mois, là où le BHV, les Galeries Lafayette et le Printemps m'avaient lamentablement fait défaut. Ça s'appelle "Brin de fantaisie".
Tags: vie pratique
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