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L'origine



Ce n'était certes pas pour être archiviste que Klaasto Bnigs avait rejoint l'ordre Jedi. Il avait bien sûr rêvé de sillonner l'univers, réglant un conflit ici, sauvant une planète là, combattant des Sith... Oui, mais au cours d'un entraînement, un camarade maladroit lui avait tranché un bras et ravagé la moitié droite du visage. Les médibots avaient pu lui rendre la mobilité de ses membres, mais pas l'agilité nécessaire à la pratique des arts Jedi. Certes, il maîtrisait la Force, mais les galipettes et les singeries à coups de sabres laser, il avait dû laisser à d'autres. Les premièrs temps, la relative inaction lui avait fort pesé. L'Ordre Jedi était encore à reconstruire après les années noires qui l'avaient vu presque éradiqué, et nombre de seigneurs de la guerre ex-impériaux tentaient leur chance aux quatre coins de la galaxie ; les chevaliers Jedi ne chômaient pas, et ne manquaient pas d'occasions de se couvrir de gloire. Mais lui, non.

Et puis, les choses se tassèrent, et l'Ordre retourna à sa petite routine pré-Palpatine. Des fois, un padawan rendait visite à l'archiviste vieillissant, parce qu'ils avaient une heure à tuer, pour entendre des histoire du temps jadis, pour retrouver un sabre laser égaré, mais la plupart du temps, il était seul aux archives, et avait donc du temps à consacrer à ses recherches.

Car, bien qu'il fut diminué, il n'avait jamais perdu de vue son ambition de faire le bien, de faire triompher la justice, de voir à jamais éradiqué la tyrannie qui avait failli emporter la galaxie dans un éternel tourbillon de haine et de terreur. Aussi, très tôt après qu'il eut pris la tête de son département, il commença à enquêter sur Palpatine. Il rassembla tous les documents disponibles sur celui qui avait été le plus puissant des Sith, sur son gouvernement, sur ses idées, ses paroles, ses faits et gestes, sur sa chute pitoyable. Et surtout, il avait enquêté sur son origine. Comment un être parfaitement ordinaire était-il devenu l'incarnation du mal ? Qu'est-ce qui avait bien pu le pousser à embrasser la cause du côté obscur ? Il avait espéré trouver les indice d'une folie, d'une ambition démesurée chez ce jeune citoyen de Naboo, quelque hérédité troublée, quelque prophétie, un traumatisme d'enfance.

Mais au bout de vingt ans, Klaasto Bnigs dut se rendre à l'évidence, Palpatine avait été, dans sa jeunesse, un homme brillant, certes, mais sans malice, bon camarade à l'académie militaire, issu d'une famille de classe moyenne notablement sans histoire, bref, un individu comme il y en a des milliards. Pas découragé, notre archiviste avait alors épluché les archives royales de Naboo, les compte-rendus des services de renseignement de la République finissante, et tout ce que Palpatine n'avait pas réussi à effacer de la mémoire des hommes. Il avait fait de nombreux voyages, sous des prétextes divers, avait rencontré toutes les personnes qui avaient pu cotoyer Palpatine, et il en était venu à la conclusion surprenante que tout s'était joué entre la vingt-deuxième et la vingt-troisième année du jeune homme. Avant cela, il avait trouvé un poste assez obscur de commis aux écritures dans un avant-poste marchand de la petite planète Beohuix IV, dans la ceinture de Kungel, pour le compte d'une ligne marchande de second ordre. Il y avait passé quatorze mois, au cours desquels son comportement jusque-là affable avait peu à peu changé. Il était devenu morose, irritable, alternant des phases d'emportement et de prostation, pour finir par quitter l'astroport sans même démissionner officiellement. Il n'avait eu alors de cesse de rechercher un maître dans les arts noirs, maître qu'il finit par trouver en la personne de Darth Plageis.

Que s'était-il donc passé sur Beohuix IV ? Bnigs avait pris l'attache d'une jeune Jedi - Hutuiii Sahuu - qui avait une mission dans la région, et lui avait demandé d'enquêter en toute discrétion. Deux mois plus tard, elle revint avec des réponses, et encore plus de questions. Elle lui tendit en effet l'enregistrement d'une caméra de surveillance que son patron avait placée dans la chambre de Palpatine, car il s'inquiétait de son attitude. Le vieux Jedi passa des semaines à observer la dégradation progressive de ce jeune homme si prometteur, ses crises d'emportement, ses sanglots, ses cris, auxquels succédaient d'interminables crises de prostration. Parfois, on le voyait allumer un holocom, et passer de longues heures à contempler le grésillement bleu, avant de balancer brusquement l'appareil contre le mur de sa chambre en hurlant comme un possédé. Puis, brusquement, il se jetait à genoux sous son bureau, s'y agitait durant de longues minutes, avant d'en ressortir, épuisé, vidé, et de s'écrouler sur son lit pour y sangloter amèrement. Il n'y avait hélas pas de son, aussi ces scènes tragiques étaient-elles incompréhensibles. Mais maintenant, Klaasto Bnigs avait une piste sérieuse.

Comme il avait des congés à prendre, le vieux Jedi s'en fut dans le premier vaisseau à destination de la ceinture de Kungel, et après maint changements, arriva au petit astroport miteux de Beohuix IV, un trou à rat dont même les Hutts n'auraient pas voulu. Il avait tant étudié les lieux, depuis sa bibliothèque, qu'ils lui semblèrent tout de suite familiers, sans doute n'avaient-ils pas trop souffert de la guerre. L'hôtel où avait séjourné Palpatine était encore là, sous la garde d'un Zenobulien des plus antipathiques.
" Je voudrais la chambre 806.
- Elle est occupée, la 806.
- Je pourrais la visiter tout de même ?
- Sûrement pas !
- Je pourrais la visiter tout de même.
- Bien sûr monsieur, suivez moi. "
La chambre sentait le wookie. Son occupant devait être au travail, ce qui signifiait que selon toute vraisemblance, il ne serait pas de retour avant le soir, il avait donc du temps pour fouiller. Après avoir congédié le Zeonbulien, Klaasto Bnigs passa la chambre au peigne fin, sans rien découvrir qui put trahir le passage du Seigneur des Sith. C'était une chambre sans fioriture, sans fantaisie, miteuse, comme le reste de la planète. Là où se trouvait le premier bureau du futur Empereur, il y avait un buffet design parfaitement vulgaire, que le vieux Jedi souleva par le pouvoir de la Force afin de sonder le mur. Il n'y avait rien de remarquable, hormis une prise murale.

Mais qu'est-ce qui avait bien pu faire chanceler la raison de Palpatine dans cette pièce ?

Soudain, le lekku de Klaasto se hérissa sur sa tête. Non ! Ça ne pouvait pas être... Là, pourtant, le côté obscur était puissant, tapi, certes, presque invisible, seul un Jedi expérimenté pouvait le déceler, mais il était bien là... Cette prise, cette simple prise plastique vissée au mur métallique... Il se pencha, examina longuement les inscriptions à demi effacées par le temps, des glyphes dont la signification ne pouvait être comprise que par un érudit comme lui, qui connaissait les écrits des civilisations anciennes. Alors, l'âme révulsée par tant d'horreurs, Klaasto Bnigs fit un bond en arrière, tira son sabre laser et trancha en deux la prise numéricâble, avant de repartir aussi sec pour Coruscant, qu'il ne quitta plus jamais de sa vie.

Tags: textes divers
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