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02 April 2011 @ 10:33 am
Mulholland Drive (Tim Burton, 2011)  
Bon, alors j'avais pas prévu de poster ça avant un moment, mais j'ai lu assez de critiques débiles jusqu'ici pour que je me sente en devoir d'intervenir pour éclairer ces couillons sur ce qu'est véritablement Sucker Punch. Donc avertissement : GROS SPOILER je raconte tout le film là-dessous. Ce post s'adresse donc à :
- Ceux qui l'ont déjà vu
- Ceux qui n'ont pas l'intention de le voir
vous êtes prévenus.


-oOo-

Pilule bleue ou pilule rouge ?


Pilule bleue : installe-toi dans ton fauteuil en te goinfrant de pop-corn et extasie-toi devant cinq filles sexy en tenues légères qui tabassent des gros monstres avec des gros flingues. Dans Sucker Punch, y'a des scènes d'action qui déchirent, ça ressemble à Strike Defender IX sur PS-NES, wooo...


tro dlir

Pilule rouge : Sucker Punch débute par une longue séquence au ralenti, une des plus oppressantes qu'il m'ait été donné de voir, exposant le drame qui envoie l'héroïne - que l'on ne connaîtra jamais que sous le nom de Babydoll - dans un asile de fous à l'ambiance lovecraftienne. En une poignée de secondes, elle isole du regard quelques éléments auxquels elle va se raccrocher pour échapper au sort auquel on la destine : être lobotomisée par le docteur qui passera dans cinq jours, sous les ordres de l'infirmier véreux payé par son ignoble beau-père.


Niveau 1 : Fun fun fun

Bientôt, le monde change, et notre pauvre orpheline est plongée dans un univers quelque peu différent : un bordel de luxe dont elle et ses codétenues sont les prostituées et danseuses, sous les ordres de la maquerelle polonaise (Carla Gugino) et du tout puissant maître des lieux, Blue, l'infirmier véreux. Est-ce un rêve, ou bien la réalité ? L'asile sert-il de couverture au commerce décadent et illicite de Blue ? Zack Snyder n'est pas un vulgaire Shayamalamalamalan, il n'est pas là pour nous manipuler : nous sommes bien dans le fantasme de Babydoll, comme en atteste la transformation du briquet du "maire", de la clé de Blue (réminiscence de la clé bleu de Lynch ?) et d'autres indices...


Niveau 2 : Bordello

Et donc cette pauvre fille, prisonnière de son fantasme bordelier, s'en échappe en rêvant au second degré, s'imaginant héroïne toute-puissante à la tête de son armée personnelle de quatre copines. Elle livre des combats épiques pour s'approprier quatre objets - le plan, le briquet, le couteau et la clé - qui lui permettront de retrouver la liberté avec ses compagnes d'aventures.


Niveau 3 : Welcome to Gonzoland

Pour distraire ses geôliers pendant que ses copines leur font les poches, Babydoll a une arme secrète : elle dans super bien, tant qu'elle subjugue les hommes. En tout cas on suppose, on ne la voit jamais danser, en revanche, on voit ce qu'elle imagine pendant qu'elle danse. Ce qu'elle imagine, ce sont les fameuses séquences de fight contre les samouraïs géants et autres méchants sortis de son imagination fertile.


Pov'choupi va

L'issue n'est pas heureuse. Dans son fantasme, elle se sacrifie pour permettre à Sweet Pea, seule autre survivante, de quitter sa prison pour retourner dans sa famille. Dans la vraie vie, la réalité des événements ne nous est révélée que par le bref récit de la psychiatre / maquerelle Gorski. Une sordide tentative d'évasion, pas vraiment originale du reste, qui se termine, pour Baby Doll, aussi mal qu'on pourrait l'imaginer. Certes, Sweet Pea parvient à s'enfuir...


Fuck you David Lynch !

Alors au premier degré, on peut dire que Sucker Punch est un film bien américain, à la moralité assez classique : il faut lutter pour ses amis, faire des sacrifices pour la victoire, la liberté mérite qu'on risque sa vie, et c'est en soi que l'on trouve les ressources pour se battre. C'est littéralement ce que semble raconter le monologue de fin du film. Et c'est ce qu'ont compris ces couillons de critiques franchouilles, car ils sont bêtes, et ne se sont pas aperçus que la réponse donnée ne s'appliquait peut-être qu'à la dernière question.


Oui, ça c'est joli...

Ils sont bêtes, oui, c'est tout de même navrant que des gens qui sont payés pour comprendre des films passent complètement à côté de celui-ci. C'est compréhensible, cependant, car ce sont des gens d'un certain âge, d'un certain milieu, d'une certaine formation, qui sont habitués à juger les choses à l'aune de leurs "grilles de lecture" comme ils disent, à base de post-marxisme, de reliquats moisis de psychanalyse et de philosophie BHLienne. Les critiques de cinéma se recrutent usuellement parmi les gens intellectuellement stériles, ce ne sont pas des otakus, des geeks comme nous, ils ne peuvent pas comprendre un film comme Sucker Punch, qui tout simplement ne s'adresse pas à eux.


...ça c'est pas déplaisant à regarder...

Ils n'ont pas compris que le film se résumait en une phrase : c'est quelqu'un qui, confronté à des problèmes qui la dépassent, se réfugie dans un monde imaginaire, et finit lobotomisée. Car tous les combats épiques de Babydoll dans sa bulle ne lui auront au final servi à rien. Ce n'était pas là que se jouait le vrai combat. Et d'ailleurs, comme elle finit elle-même par le reconnaître : ce n'est pas son histoire. Ce n'est pas elle l'héroïne du film, elle n'est pas à prendre en exemple. L'exemple, l'héroïne, c'est Sweet Pea, la plus forte, la plus solide, celle qui, confrontée à une situation tout aussi troublée que celle de Baby Doll, a pris des risques pour rejoindre sa sœur. Celle qui ne vit pas de rêves, mais se bat. Et en ayant ceci en tête, le fameux monologue de fin prend un tout autre sens. Tu es sûr que tu ne préfères pas la pilule bleue ?


...mais c'était ça qui était important

Ainsi, la véritable action du film s'est déroulée hors-caméra. Pendant que tu suivais avec délice les aventures sexy-spatiales de Baby Doll dans son action movie eye-catchy, cinq délinquantes aliénées rampaient dans la crasse pour échapper à leur vie de merde. Ça, tu ne l'as pas vu, pas plus que tu n'as vu ce que Babydoll faisait réellement pour distraire les gardiens - tu ne l'as aperçue que finissant ses "danses" lascives essoufflée et en sueur. Il y en a un autre qui distrait les gens dans l'histoire, c'est Zack Snyder. Mais il t'explique quand même que tu as perdu 1h50 de ta vie à te faire lobotomiser dans un cinéma, pendant que dehors, des gens qui ne veulent pas forcément ton bien s'occupaient d'administrer le vrai monde à leur profit. Et merci pour ces 10,50 euros. Eh oui, Ahou, Sucker Punch est un film politique et philosophique. Tu aurais dû prendre la pilule bleue.


Bleu pour moi, merci...

Oh, un dragon, ratatatata...


Moralité : c'est un putain de bon film.
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(Anonymous) on April 2nd, 2011 08:56 am (UTC)
J'ai été bien inspiré d'aller le voir hier alors. Personnellement, j'ai bien vu les trois niveaux d'interprétation du film (après, reste la question de la définition de ces niveaux, on peut poser plusieurs grilles de lecture sur ce film). Je n'ai pas aimé.

1er niveau : les scènes d'action et le fan service. C'est divertissant, mais je trouve un peu facile l'excuse du fantasme pour faire n'importe quoi. Ainsi, Babydoll a toujours ses armes, et elle peut jeter son katana autant de fois qu'elle veut, il sera toujours dans son fourreau (évidemment, les armes de mélée se lancent, et les armes à feu servent au corps à corps. Et on ne peut pas reprocher à Snyder d'utiliser ce trope immonde, puisque c'est certainement fait exprès : la bonne vieille excuse de l'hommage). Même quand on voit que le fourreau et vide, elle peut en tirer son katana, ce n'est pas un faux raccord, non non non.
2ème niveau : "la réalité est une prison, ton esprit en est la clé". C'est marqué sur tous les posters, donc non, il n'est pas possible que les critiques l'ait manqué. C'est juste que c'est mal fait. C'était le thème central du film, mais il n'y a qu'une poignée de scènes qui utilisent correctement cette idée.
3ème niveau : la critique du cinéma de genre. Voir mes remarques sur le premier niveau. Autant la première scène dans le bordel est excellente à ce titre, autant le reste est raté.

Faute de temps, je ne m'étendrai pas sur cette critique, je reprendrai les détails demain.

Athreeren
(Anonymous) on April 3rd, 2011 12:04 pm (UTC)
Je reviens que de voir ce très bon film.
Il est très bon.
Par contre, il est dommage que dans la scène de tranchées, la caméra fut confiée à un parkinsonien, ça gâche un peu le spectacle.

Le Créateur Fou, "If you don't stand for something, you'll fall for anything!"
(Anonymous) on April 2nd, 2011 11:12 am (UTC)
Voilà qui me prive du post d'aujourd'hui. -_-

Kyp.
(Anonymous) on April 2nd, 2011 11:23 am (UTC)
À la fin, je n'avais pas remarqué sur le coup, mais c'est Babydoll qui signe pour la lobotomisation, pas Blue (d'où le fait qu'il ne voulait pas qu'elle perde la mémoire pour lui faire payer, et qu'il se défende qu'il ne lui ai rien fait quand les flics arrivent). J'ai pas bien compris pourquoi elle fait ça, mais bon.

Piff
(Anonymous) on April 2nd, 2011 11:52 am (UTC)
Elle s'est sacrifiée "pour que la victoire soit complète" ainsi elle délivre toutes les autres pensionnaires de l'emprise de blue, et comme la directrice pense que c'est blue qui a signé il va en taule.
Et elle bha elle a rejoint sa soeur.
Son beau père va morfler aussi car quand i lest embarqué Blue dit "je vais tut vosu racotner, c'est son beau père !!!" ^^

Adzy.

PS : je suis allé le voir hier soir et franchement... Magnifique, pas d'autres mots.
Typhon Baal Hammon: the man behind winkiesbaal_ammon on April 2nd, 2011 11:51 am (UTC)
Bon ben, j'irai pas le voir. À la place, je vais regarder encore une fois Mulholland Drive, qui n'a pas une morale trop éloignée, et qui est mieux à tout points de vue :

- Mieux filmé (ça ne ressemble pas à une cinématique de jeu vidéo)
- Avec un meilleur scénario.
- Des situations plus terrifiantes.
- Et même du meilleur fanservice.

Typhon
Typhon Baal Hammonbaal_ammon on April 2nd, 2011 11:52 am (UTC)
Et ça me fera des économies.

Typhon
(no subject) - baal_ammon on April 2nd, 2011 12:13 pm (UTC) (Expand)
(no subject) - aspexplorer on April 2nd, 2011 01:30 pm (UTC) (Expand)
(no subject) - baal_ammon on April 2nd, 2011 03:48 pm (UTC) (Expand)
(no subject) - aspexplorer on April 2nd, 2011 04:52 pm (UTC) (Expand)
(no subject) - baal_ammon on April 2nd, 2011 05:36 pm (UTC) (Expand)
(no subject) - (Anonymous) on April 3rd, 2011 09:03 pm (UTC) (Expand)
(no subject) - baal_ammon on April 3rd, 2011 09:26 pm (UTC) (Expand)
immortelle ? - dnafactory on April 4th, 2011 09:57 am (UTC) (Expand)
Re: immortelle ? - baal_ammon on April 4th, 2011 10:43 am (UTC) (Expand)
Re: immortelle ? - aspexplorer on April 4th, 2011 09:16 pm (UTC) (Expand)
Re: immortelle ? - baal_ammon on April 4th, 2011 09:33 pm (UTC) (Expand)
Re: immortelle ? - aspexplorer on April 4th, 2011 09:45 pm (UTC) (Expand)
Re: immortelle ? - baal_ammon on April 4th, 2011 10:05 pm (UTC) (Expand)
Re: immortelle ? - (Anonymous) on April 4th, 2011 11:42 pm (UTC) (Expand)
Re: immortelle ? - baal_ammon on April 5th, 2011 05:18 am (UTC) (Expand)
pareil ! - (Anonymous) on April 2nd, 2011 03:24 pm (UTC) (Expand)
Re: pareil ! - baal_ammon on April 2nd, 2011 03:29 pm (UTC) (Expand)
Re: pareil ! - (Anonymous) on April 3rd, 2011 09:29 am (UTC) (Expand)
(Anonymous) on April 2nd, 2011 12:10 pm (UTC)
What day is it today ?
Ah ben non, pas de pop ni de chat, ouf.

Pour l'avoir vu, je considère après coup que les scènes d'actions sont une "arnaque" : elles n'existent pas, seulement dans la tête de Babydoll et le film aurait très bien pu se passer d'elles.

Je persiste à établir un parallèle avec Brazil : le monde ne vous va pas, vous vous mettez à le voir différement, puis à vous réfugier dans vos rèves. A la fin il n'y a qu'une seule façon de s'en sortir : la folie.

Mais bon, les critiques de film sont des passionnés de cinéma, qui, incapable de réaliser quelque chose de visible sur un écran, ne vivent, en expliquant à un Monde qui les applaudit et en présentant leurs analyses fuligineuses. Eux ne souffrent pas de ces réflexions visant à comprendre ce que signifie ce film : ils ont gravé leur avis dans le marbre, tout ce qui vient après eux ne mérite que l'oubli à leur yeux.

Kalza
(Anonymous) on April 4th, 2011 06:36 am (UTC)
Re: What day is it today ?
"et en présentant leurs analyses fuligineuses."

Tu utilise tout le temps ce mot... je ne suis pas sûr qu'il veut dire ce que tu crois qu'il veut dire...
(Anonymous) on April 2nd, 2011 12:25 pm (UTC)
M'en fous, j'ai pas lu,
mais j'ai une bonne nouvelle, youpi, loué soit le Seigneur : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/anthrax-revisite-2-2-le-fbi-a-t-il-91662

L'article est en soit intéressant, en fait. Mais c'est l'instrumentalisation sans queue ni tête de Reopen911 qui me fait rire.
(Anonymous) on April 2nd, 2011 12:40 pm (UTC)
Voici de quoi aider à la compréhension du film, encore plus touffu que ce que je pensais.

http://lestoilesheroiques.blogspot.com/2011/03/sucker-punch-fin-sucker-punch-reve.html

Ce serait sweet pea la véritable héroine, babydoll n'était qu'une de ses multiples personnalités. Lisez tout ^^

Adzy
(Anonymous) on April 2nd, 2011 03:45 pm (UTC)
Un grand film avec de grands défaut
Très intéressante comme analyse surtout très poussée et justifiée.
Cependant on ne m'enlèvera pas de ma tête que les scènes d'action ne sont pas d'une qualité exceptionnelle et que la réalisation si effectivement est recherchée reste quand même très alambiquée et de ce fait nuit à sa compréhension.
(no subject) - aspexplorer on April 2nd, 2011 07:19 pm (UTC) (Expand)
(no subject) - (Anonymous) on April 4th, 2011 07:00 am (UTC) (Expand)
(Anonymous) on April 3rd, 2011 12:11 pm (UTC)
"-MUNITIONS, UN PAS EN AVANT!
-CHEF, OUI CHEF!
-CHEF, OUI CHEF!
-ORC'TAPULTE CHARGEE, CHEF!
-ABATTEZ-MOI CE B25!"

Le Créateur Fou, mort' eud' rirh.
aspexploreraspexplorer on April 3rd, 2011 04:52 pm (UTC)
Ouais. Carrément.
(Anonymous) on April 4th, 2011 09:30 am (UTC)
Personnellement, les moments qui m'ont le plus marqués sont, sans aucun doute, les quelques secondes qui précèdent les transitions bordel=>fantastique :
- le bout ferré de la canne de la chorégraphe qui frappe le sol
- l'eau qui coule dans la cuisine

Pendant ces moments, je n'ai pas pu m’empêcher de penser à la trépanation, et d'y voir des parallèles glauques qui m'ont mis carrément mal-à-l'aise (le marteau/du sang qui coule). Je peine à me souvenir du dernier film qui m'a filé autant la gerbe. C'est d'autant plus renforcé par l'alternance avec les scènes d'action punchy.

Du coup, ma lecture du film, c'était plutôt : on nous montre pendant 1h30 ce qui est en train de passer par la tête d'une fille (rendue à moitié folle par les abus de son beau-père) au moment où un burin de 15cm traverse son lobe frontal. Des délires mélangés à des bouts de réalité concernant ses derniers jours, mais aussi ce qui est en train de lui arriver.
(Anonymous) on June 9th, 2012 10:43 am (UTC)
OC
On attaque votre génie analytique:

"Mais personnellement, j’ai quand même eu la joie de lire des gens analyser Sucker Punch en hurlant au génie philosophique, quand je rappelle que le pitch est :

“Des meufs en mini-jupe tatanent des milliers de monstres en prenant des poses salaces avec de grosses armes“

Mais nul doute que c’était plus profond que cela, et que Socrate et Kant sur les rives du Styx ont pleuré de bonheur en voyant autant de réflexion dans pareille oeuvre. Platon, par contre, non. Mais Platon, c’est parce qu’il en est encore à revisionner Fast & Furious, persuadé qu’en fait, tout cela est un incroyable recueil de pistes sur la nature humaine vue au travers d’un pot d’échappement."

http://odieuxconnard.wordpress.com/2012/06/08/extrapolator/#comment-17729