aspexplorer (aspexplorer) wrote,
aspexplorer
aspexplorer

Mulholland Drive (Tim Burton, 2011)

Bon, alors j'avais pas prévu de poster ça avant un moment, mais j'ai lu assez de critiques débiles jusqu'ici pour que je me sente en devoir d'intervenir pour éclairer ces couillons sur ce qu'est véritablement Sucker Punch. Donc avertissement : GROS SPOILER je raconte tout le film là-dessous. Ce post s'adresse donc à :
- Ceux qui l'ont déjà vu
- Ceux qui n'ont pas l'intention de le voir
vous êtes prévenus.


-oOo-

Pilule bleue ou pilule rouge ?


Pilule bleue : installe-toi dans ton fauteuil en te goinfrant de pop-corn et extasie-toi devant cinq filles sexy en tenues légères qui tabassent des gros monstres avec des gros flingues. Dans Sucker Punch, y'a des scènes d'action qui déchirent, ça ressemble à Strike Defender IX sur PS-NES, wooo...


tro dlir

Pilule rouge : Sucker Punch débute par une longue séquence au ralenti, une des plus oppressantes qu'il m'ait été donné de voir, exposant le drame qui envoie l'héroïne - que l'on ne connaîtra jamais que sous le nom de Babydoll - dans un asile de fous à l'ambiance lovecraftienne. En une poignée de secondes, elle isole du regard quelques éléments auxquels elle va se raccrocher pour échapper au sort auquel on la destine : être lobotomisée par le docteur qui passera dans cinq jours, sous les ordres de l'infirmier véreux payé par son ignoble beau-père.


Niveau 1 : Fun fun fun

Bientôt, le monde change, et notre pauvre orpheline est plongée dans un univers quelque peu différent : un bordel de luxe dont elle et ses codétenues sont les prostituées et danseuses, sous les ordres de la maquerelle polonaise (Carla Gugino) et du tout puissant maître des lieux, Blue, l'infirmier véreux. Est-ce un rêve, ou bien la réalité ? L'asile sert-il de couverture au commerce décadent et illicite de Blue ? Zack Snyder n'est pas un vulgaire Shayamalamalamalan, il n'est pas là pour nous manipuler : nous sommes bien dans le fantasme de Babydoll, comme en atteste la transformation du briquet du "maire", de la clé de Blue (réminiscence de la clé bleu de Lynch ?) et d'autres indices...


Niveau 2 : Bordello

Et donc cette pauvre fille, prisonnière de son fantasme bordelier, s'en échappe en rêvant au second degré, s'imaginant héroïne toute-puissante à la tête de son armée personnelle de quatre copines. Elle livre des combats épiques pour s'approprier quatre objets - le plan, le briquet, le couteau et la clé - qui lui permettront de retrouver la liberté avec ses compagnes d'aventures.


Niveau 3 : Welcome to Gonzoland

Pour distraire ses geôliers pendant que ses copines leur font les poches, Babydoll a une arme secrète : elle dans super bien, tant qu'elle subjugue les hommes. En tout cas on suppose, on ne la voit jamais danser, en revanche, on voit ce qu'elle imagine pendant qu'elle danse. Ce qu'elle imagine, ce sont les fameuses séquences de fight contre les samouraïs géants et autres méchants sortis de son imagination fertile.


Pov'choupi va

L'issue n'est pas heureuse. Dans son fantasme, elle se sacrifie pour permettre à Sweet Pea, seule autre survivante, de quitter sa prison pour retourner dans sa famille. Dans la vraie vie, la réalité des événements ne nous est révélée que par le bref récit de la psychiatre / maquerelle Gorski. Une sordide tentative d'évasion, pas vraiment originale du reste, qui se termine, pour Baby Doll, aussi mal qu'on pourrait l'imaginer. Certes, Sweet Pea parvient à s'enfuir...


Fuck you David Lynch !

Alors au premier degré, on peut dire que Sucker Punch est un film bien américain, à la moralité assez classique : il faut lutter pour ses amis, faire des sacrifices pour la victoire, la liberté mérite qu'on risque sa vie, et c'est en soi que l'on trouve les ressources pour se battre. C'est littéralement ce que semble raconter le monologue de fin du film. Et c'est ce qu'ont compris ces couillons de critiques franchouilles, car ils sont bêtes, et ne se sont pas aperçus que la réponse donnée ne s'appliquait peut-être qu'à la dernière question.


Oui, ça c'est joli...

Ils sont bêtes, oui, c'est tout de même navrant que des gens qui sont payés pour comprendre des films passent complètement à côté de celui-ci. C'est compréhensible, cependant, car ce sont des gens d'un certain âge, d'un certain milieu, d'une certaine formation, qui sont habitués à juger les choses à l'aune de leurs "grilles de lecture" comme ils disent, à base de post-marxisme, de reliquats moisis de psychanalyse et de philosophie BHLienne. Les critiques de cinéma se recrutent usuellement parmi les gens intellectuellement stériles, ce ne sont pas des otakus, des geeks comme nous, ils ne peuvent pas comprendre un film comme Sucker Punch, qui tout simplement ne s'adresse pas à eux.


...ça c'est pas déplaisant à regarder...

Ils n'ont pas compris que le film se résumait en une phrase : c'est quelqu'un qui, confronté à des problèmes qui la dépassent, se réfugie dans un monde imaginaire, et finit lobotomisée. Car tous les combats épiques de Babydoll dans sa bulle ne lui auront au final servi à rien. Ce n'était pas là que se jouait le vrai combat. Et d'ailleurs, comme elle finit elle-même par le reconnaître : ce n'est pas son histoire. Ce n'est pas elle l'héroïne du film, elle n'est pas à prendre en exemple. L'exemple, l'héroïne, c'est Sweet Pea, la plus forte, la plus solide, celle qui, confrontée à une situation tout aussi troublée que celle de Baby Doll, a pris des risques pour rejoindre sa sœur. Celle qui ne vit pas de rêves, mais se bat. Et en ayant ceci en tête, le fameux monologue de fin prend un tout autre sens. Tu es sûr que tu ne préfères pas la pilule bleue ?


...mais c'était ça qui était important

Ainsi, la véritable action du film s'est déroulée hors-caméra. Pendant que tu suivais avec délice les aventures sexy-spatiales de Baby Doll dans son action movie eye-catchy, cinq délinquantes aliénées rampaient dans la crasse pour échapper à leur vie de merde. Ça, tu ne l'as pas vu, pas plus que tu n'as vu ce que Babydoll faisait réellement pour distraire les gardiens - tu ne l'as aperçue que finissant ses "danses" lascives essoufflée et en sueur. Il y en a un autre qui distrait les gens dans l'histoire, c'est Zack Snyder. Mais il t'explique quand même que tu as perdu 1h50 de ta vie à te faire lobotomiser dans un cinéma, pendant que dehors, des gens qui ne veulent pas forcément ton bien s'occupaient d'administrer le vrai monde à leur profit. Et merci pour ces 10,50 euros. Eh oui, Ahou, Sucker Punch est un film politique et philosophique. Tu aurais dû prendre la pilule bleue.


Bleu pour moi, merci...

Oh, un dragon, ratatatata...


Moralité : c'est un putain de bon film.
Tags: art
Subscribe
  • Post a new comment

    Error

    default userpic

    Your IP address will be recorded 

    When you submit the form an invisible reCAPTCHA check will be performed.
    You must follow the Privacy Policy and Google Terms of use.
  • 36 comments