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Rétablissons la peine de mort


Voici trente ans, l'on abolissait en France la peine de mort. Je le regrette vivement, et appelle à son rétablissement.

Sérieusement. Pas seulement pour les gens qui utilisent le sèche-cheveux dans les vestiaires pour se sécher le corps alors qu'on leur fournit des serviettes à l'entrée, pas du tout.

Je m'explique. Certes non, je ne crois pas en l'exemplarité de la peine capitale. Pas plus, je ne me vautre dans la sensiblerie facile du protégeons-nos-enfants. Je suis bien conscient que la justice des hommes est imparfaite, qu'à certains crimes, il faut trouver à tout prix des coupables, et qu'un pays qui pratique la peine de mort se condamne lui-même à, de temps à autres, étêter des innocents. Cette pensée me révulse, comme tout honnête homme. Je suis donc contre la peine de mort ; j'appelle cependant à son rétablissement.

Car ce qui me gène somme toute, ce n'est pas tant le fait que l'on ai rangé la guillotine au musée, que la manière dont on a procédé. Car souvenons-nous du contexte. La peine de mort n'étant prononcée qu'aux Assises, elle ne pouvait être prononcée que par un jury populaire, c'était donc l'expression d'un pouvoir du peuple. En 1981, près des deux-tiers des Français étaient attachés à ce droit coutumier qui était le leur, ce pouvoir qui consistait, pour quelques uns d'entre eux tirés au sort sur les listes électorales, à se débarrasser de façon radicale de certains éléments que la société considérait impossible à réformer. Ce pouvoir, l'Assemblée Nationale, le 18 septembre 1981, le lui a enlevé.

Constitutionnellement, c'est légal. Moralement, moins. Maintenant, mettons froidement les choses en balance. Qu'a-t-on gagné, concrètement, à abolir la peine de mort en France ? La réalité, c'est que cette peine était rarement appliquée dans les dernières années, trois fois sous Pompidou, trois fois sous Giscard. On a épargné la vie de quelques personnes dignes de respect, mais aussi de pas mal d'abominables fripouilles qui, plutôt que de finir rapidement leurs jours sous la lame de la veuve, pourrissent sous les trente années de réclusion incompressible. Bon, c'est un progrès de civilisation. Et qu'a-t-on perdu en échange ?

Eh bien, on a perdu en décence démocratique. Lorsque des gens qui se prétendent "représentation du peuple", et tirent leur pouvoir de cette prétention, vont aussi directement à l'encontre de la volonté de ce même peuple, on a le droit de se demander si l'on est encore en démocratie. Bien sûr, il arrive dans tous les pays ayant des régimes parlementaires que la classe gouvernante se croit obligée de faire ce genre de choses, d'imposer des "sacrifices courageux mais nécessaires" pour le bien de la Nation. Mais là où l'abolition de la peine de mort diffère d'une vulgaire réforme de la sécurité sociale, c'est dans son caractère assumé. Commémoration après commémoration, de livre en reportage, de conférence en célébration, on nous invite, nous, citoyens de France, à considérer que l'on a eu raison d'abolir la peine de mort contre la volonté du peuple. On nous inculque que nous somme un peuple stupide, trop bête pour se gouverner lui-même, trop veule, trop médiocre pour apprécier les controverses morales qui meuvent Ceux Qui Nous Gouvernent de droit divin. On nous prie de considérer que nos dirigeants valent mieux que nous, qu'ils savent mieux ce qui est bon et beau, et qu'ils ont raison de nous tromper, car c'est pour notre bien. Mais d'où vient donc cette prétention qui est la notre d'être un peuple souverain (*) ?

A chaque fois que le Parlement commet maintenant une scélératesse à notre encontre, et c'est de plus en plus fréquent, on la justifie en évoquant cet épisode de septembre 81 où, glorieusement, l'Assemblée s'est dressée contre le peuple, et l'a vaincu. Voici ce que l'on a perdu à abolir inconsidérément, ce jour là, la peine de mort : un précédent fâcheux auquel se raccrochent les ennemis du peuple. On l'a vu encore en 2007 lorsqu'il s'est agi d'entériner dans la joie le traité constitutionnel de mes deux couilles, dont du reste on a bien vu depuis quels grands bienfaits il apportait à la France.

Afin de rétablir un sain équilibre entre le peuple et sa nécessaire représentation, il me semble donc indispensable d'abolir la loi de septembre 1981, de rétablir symboliquement la peine de mort, quitte à la ré-abolir dans la foulée par voie de référendum. Notre pays y gagnerait sur tous les plans.

* Réponse : de l'article 3 de la Constitution


Voyez cet air fourbe et cruel,
ne dirait-on pas qu'il s'apprête
à commettre quelque vilenie ?
Tags: opinion
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