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Queen Betsy

J'ai toujours trouvé du dernier suspect ces hommes qui en tout lieu et à toute heure faisaient assaut de testostérone, arboraient leurs muscles et leur descente de gnôle, se remontaient le paquet avec ostentation et se congratulaient à coups de grandes claques sur le dos de leur virilité triomphante. Ce genre d'attitude, à mon sens, ne trahit qu'un manque d'assurance. Ces gens ont besoin de se rassurer sur leur masculinité, sans doute pour compenser des attributs défaillants ou un trouble déplacé lors de la fréquentation des douches de gymnases. Oui, je l'affirme, ce sont bien souvent les signes d'une homophilie refoulée.

Je crois en tout cas qu'un homme, un vrai, qui est à l'aise dans son corps et dans sa tête, n'a aucun besoin d'en rajouter. Il est assuré, détendu, et à l'occasion, n'éprouve aucune gêne à explorer son côté féminin.


Et moi qui suis particulièrement bien doté par la nature, je ne crains pas d'explorer carrément mon côté pétasse.

La protagoniste s'appelle Elizabeth Taylor, ce qui la fait bien chier et donc, elle insiste pour qu'on l'appelle Betsy. Elle vit à Minneapolis et le jour de ses 30 ans, elle perd son travail de secrétaire de direction et se fait renverser en traversant la route. Elle se réveille à la morgue, avec une furieuse envie de têter l'artère du premier passant venu.

Elle cherchera tout d'abord à se suicider, mais voyant que c'est plus difficile que prévu, elle décide de renoncer à ce projet et recherche conseils et réconfort auprès de sa meilleure amie Jessica, qui est assez surprise de la voir si en forme, et de son nouvel ami gay Marc. Reste maintenant à expliquer ça à sa famille, c'est à dire sa mère, son père et son affreuse belle-mère, surnommée "le Thon". Et annuler les obsèques. Et récupérer les chaussures de Betsy que le Thon lui a dérobé de façon fort incivile.

Et comme si ça ne suffisait pas, voici que Betsy est embringuée dans les petites histoires politiques des vampires de Minneapolis. Oui, parce qu'il y a une communauté vampire, à Minneapolis. Dirigée par Nostrodamus, un vampire traditionnaliste à ma Murnau, qui dirige ses minions d'une main de fer. Face à lui, le beau, grand et ténébreux (et bien membré) Eric Sainclair, accompagné de sa fidèle et lesbienne assistante Tina. On se doute bien que cette histoire va finir au pieu (uh uh uh...)

Et puis il y a la prophétie. Celle qui dit qu'une reine vampire se lèvera pour mener son peuple vers la lumière, tout ça. Pour la reconnaître, c'est facile, car contrairement aux autres, elle peut entrer dans les églises, elle se rit des crucifix, se douche tous les matins à l'eau bénite, un bon indice 4 suffit à la protéger du soleil et trois petits verres de sang suffisent à la rassasier pour une semaine. Et devinez quoi ? Eh oui, c'est le cas de Betsy.

Le problème, est c'est le principal intérêt du bouquin, c'est que la pauvrette n'a absolument pas le profil pour ça. Déjà à la base, elle n'aime pas les vampires. Le sang la répugne. Elle trouve ses petits camarades particulièrement démodés, caricaturaux, pompeux, déplaisants pour tout dire. Y compris et en particulier Eric, qui ne trouve grâce à ses yeux que parce qu'il l'a sauvée de Nostro. Et puis, Betsy elle-même, bien qu'elle raconte l'histoire à la première personne, est quand même imbuvable. C'est une jeune bourgeoise dont la seule passion dans la vie, et même après la vie, se trouve dans les chaussures de marque, et elle ne semble s'activer un peu que quand sa précieuse collection est menacée. Au niveau intellectuel, elle le reconnaît elle-même, on est au raz du bitume, sa culture littéraire se résumant à "Autant en emporte le vent" de Margareth Mitchell, qu'elle relit trois fois par an, et elle tombe systématiquement dans tous les pièges les plus grossiers qu'on lui tend. En plus elle est capricieuse, elle boude pour un rien... et ça doit régner sur les vampires, ça...

De ce décalage entre les tragédies quotidiennes des morts-vivants et la couillonnerie de Betsy-la-Cruche naît un décalage comique intéressant. C'est ce qui la sauve du syndrome Mary-Sue que l'on rencontre dans ce genre littéraire. En dehors de ça, il faut bien reconnaître que Betsy n'est pas de la grande littérature fantastique. A moins de considérer le livre sous l'angle de la critique sociale.

Hein ?

Oui, la critique sociale. Dès le début, Betsy nous apparaît issue de la classe supérieure - elle a été mannequin avant d'être secrétaire de direction, son père a une immense propriété, sa mère est prof d'université. Elle a étudié dans une école privée. Elle n'a pas de réel problème d'argent, quand elle en manque, elle sait qu'elle trouvera toujours un moyen de se refaire. Son amie Jessica est d'ailleurs la femme la plus riche du Minnesota. Marc, son ami gay, est le plus pauvre des trois mousquetaires, il n'est qu'interne en médecine, le miséreux. Tant Nostro que Sinclair vivent dans des palais et, dans le deuxième tome, Betsy et sa troupe emménagent dans la rue la plus chic de Minneapolis, en face de chez le maire, dans une modeste demeure de 11 chambres. Pourtant, tous ces personnages sont présentés de façon assez minable. Le riche père de Betsy est un faible qui se laisse mener par le Thon. Nostro est fou, Eric est prétentieux. Marc est suicidaire. Jessica est plus sympathique, mais malgré ses millions, elle a eu une enfance malheureuse. Et Betsy elle-même, donc, est une idiote trop occupée à lustrer ses godasse pour apprécier la chance extraordinaire qu'elle a.

On peut donc considérer "Betsy" comme une critique sociale, même si ce n'est peut-être pas volontaire de la part de l'auteur, si l'on considère que selon une lecture marxiste de l’œuvre, les riches sont des vampires qui sucent le sang des travailleurs mais qui, fondamentalement, ne valent pas mieux que le commun des mortels.

On peut. On n'est pas obligé.

"Vampire et..." MaryJanice Davidson, trois tomes en français chez Milady.

Tags: art
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