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Ere quaternaire

On peut se demander si l'esprit d'analyse, l'habitude de la rationalisation et l'obsession de la classification n'ont pas été les raisons fondamentales de la chute de la civilisation occidentale. L'éducation des occidentaux, en effet, met l'accent sur la simplification des problèmes, afin d'en dégager les origines uniques, d'y apposer une grille de lecture, de les inscrire dans des schémas afin d'y apporter des réponses globales. Il est certain qu'une telle approche a permis des planifications politiques à grande échelle de temps et d'espace, toutefois il est permis de douter de sa pertinence dans le monde moderne. Celui-ci, en effet, se caractérise par sa complexité, son intrication, sa multipolarité, et par conséquent, se prête mal aux réductions intellectuelles.

Par exemple, quand j'étais au lycée, j'ai appris des rudiments d'économie, et en particulier, les secteurs économiques. Il y a d'abord le secteur primaire qui produit les matières premières, les mines, les exploitations agricoles. Puis le secteur secondaire, qui transforme ces matières premières en produits exploitables, c'est le domaine de l'industrie. Et enfin, il y a le secteur tertiaire, celui des services, qui regroupe tout le reste, depuis l'activité bancaire jusqu'aux clubs de gym. Et le prof d'histoire, tout fier d'avoir un truc à nous raconter qui fasse sens, nous disait que dans l'histoire, le secteur primaire avait longtemps été prépondérant, avec 80% de paysans au moyen-âge, puis à la révolution industrielle, avec la hausse des rendements agricoles, le secteur secondaire avait pris le relai, induisant l'exode rural. Enfin, à partir du milieu du XXe siècle, le secteur tertiaire avait cru en volume, réduisant les deux premiers secteurs à la portion congrue.

C'est logique, c'est simple et c'est beau, c'est ce genre de chose qui plait aux occidentaux, car ça permet à un décideur politique de dire "excellent, dans l'avenir, les économies avancées reposeront uniquement sur un secteur tertiaire à haute valeur ajoutée, autant laisser les autres activités aux économies du tiers-monde, d'autant qu'elles sont consommatrices de capitaux, qu'elles polluent et que les ouvriers sont des rustres vaguement marxistes qui boivent leur paye" (notez ici que les politiques des pays occidentaux sont généralement issus de la haute bourgeoisie).

Et puis, l'âge aidant et l'expérience des choses s'accumulant, on en vient à faire un peu moins confiance aux arguments d'autorité issus des thèses d'universitaires obscurs qui ne sont jamais sortis de leurs facultés, et un peu plus à son bon sens et à son jugement. Et là on commence à se dire que :
- Comment ça se fait que des pays du tiers-monde comme la Chine ou le Brésil volent au secours de la glorieuse Europe, première économie du monde, avec son mode de vie avancé et durable ? Ça devait pas être l'inverse ?
- Comment ça se fait qu'un pays comme la Grande-Bretagne, qui a jeté sans regret ses usines à la casse pour se couvrir de banques et de compagnies d'assurances selon le modèle prescrit, soit en grande difficulté financière malgré le fait qu'ils ne traînent même pas le boulet de l'euro ?
- Comment ça se fait que l'Allemagne, qui a précieusement conservé ses industries, soit érigé aujourd'hui en modèle ?
- Est-ce que ça sert à quelque chose, au fait, une banque, s'il n'y a aucune économie réelle à financer ? Et comment ça se fait que sur les trois premières banques du monde, deux soient chinoises (la seconde est britannique : la Hong-Kong and Shangai Banking Corporation) ?
- Qu'est-ce qu'on fait de tous ces rustres vaguement marxistes depuis qu'ils n'ont plus de paye à boire ? Merde, qui leur a donné le droit de vote ? Qu'est-ce qu'ils font avec ces fourches ? Qui brûlent-ils en effigie ?
- Et au fait, est-ce que ça existe vraiment, les trois secteurs économiques ? Quel est le con qui a classé dans le même sac les compagnies d'assurance et les vendeurs de merguez à la fête de l'huma ?
- Il y a quelques années, on avait même lancé comme un paquet de lessive la notion d'un "secteur quaternaire" où iraient se réfugier les millions de chômeurs d'un secteur tertiaire en train de mourir à son tour. Ça regroupait les services à la personne. C'est sûr qu'à force de torcher le cul des vieux, on aura vite fait d'éponger la dette.

Quand j'étais petit et que je ne voulais pas manger mes haricots verts, ma maman me disait "mange, en Chine y'a des petits enfants qui meurent de faim". C'était l'époque où la France construisait un navire entièrement en France, avec des industriels et des artisans Français, et elle était si fière qu'elle lui donnait son nom. Aujourd'hui, construire un tel navire serait simplement impossible (même si certains s'acharnent à faire croire l'inverse) : la plupart des fournisseurs ont disparu, le savoir-faire s'est perdu, les brevets sont partis à l'étranger. Et l'Europe va faire la manche à Pekin pour avoir une 'tite rallonge de crédit, histoire de se tenir propre et de finir l'année dans la dignité.

-oOo-

Cela dit, il y a tout de même une bonne chose à tirer de cette situation, c'est que l'Europe humiliée, ruinée et ridiculisée a perdu tout crédit diplomatique et n'aura donc plus les moyens d'imposer ses lubies grotesques de vieillards séniles à Durban.
Tags: opinion
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