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Mobilier urbain

" Nous sommes tous bien conscients des enjeux considérables que présente l'évolution de l'habitat urbain dans les décennies à venir, et des défis qui attendent les acteurs du développement local, que ce soit dans les quartiers périphériques ou dans les centre-villes.
- Tout à fait Mercier, poursuivez.
- Merci monsieur le Directeur. Les évolutions des modes de vie des habitants, la disparition d'anciennes activités et l'apparition de nouvelles, les mutations des modes de transport ainsi que les nouvelles contraintes légales, contraignent les collectivités locales à des adaptations rapides et permanentes, qui impactent au premier chef le secteur d'activité traditionnel de la CoFoPlexo, le mobilier urbain.
- En effet, en effet.
- De nouveaux besoins apparaissent, nos clients ont besoin de nouer de nouveaux partenariats pour satisfaire ces besoins, et ce sont pour nous autant d'opportunités de développement à saisir. Jean-Rémi citait tout à l'heure les problématiques environnementales, je souhaiterai lui faire pendant et évoquer maintenant la question du handicap dans la ville. Comme vous le savez, depuis plusieurs années, la problématique du handicap a fait son apparition dans le débat public, et les élus qui sont nos clients sont de plus en plus sensibles à ces questions. Quelle est la place du handicapé dans la ville ? C'est pour répondre à ces questions que depuis deux ans, mon service planche sur un certain nombre de pistes, et a mis au point plusieurs équipements adaptés actuellement testés en site réel. Et tout d'abord, le tétrapode C14, ici en cours d'installation à Rosny-sous-Bois. Marie-Caroline, première diapo s'il vous plait. "


" Comme vous le voyez, il s'agit d'une simple structure en béton armé, mesurant quatre-vingt centimètres de haut, en forme de tétraèdre, doté d'une poignée métallique sur la partie sommitale. Le coût de revient unitaire a été calculé à moins de soixante euros, mais pourrait augmenter si la municipalité cliente souhaitait, par exemple, l'orner d'incrustations de galets, de verres colorés, ou de coquillages, je pense aux stations balnéaires. Ici, pour notre exemple, ils ont été simplement peints en blanc, et pourraient à terme servir de support publicitaire, leur installation serait alors vite amortie.
- Et ça marche comment ?
- Oh, oui, suis-je sot, je n'ai pas expliqué ça. Eh bien c'est très simple, il suffit de disposer les tétrapodes autour des trottoirs, en quinconce, de manière à laisser entre eux un espace de l'ordre de quarante centimètres. Nous avons en effet observé que les fauteuils roulants utilisés en général par les personnes à mobilité réduite ont un empattement dépassant les cinquante centimètres.
- Mais là, ils ne pourraient pas passer.
- En effet, c'est rigoureusement impossible. Nous avons fait des essais, vous pensez bien, et les roues de ces fauteuils ne peuvent absolument pas franchir les pattes des tétrapodes. Au pire, le handicapé restera coincé à l'intérieur du quadrilatère délimité par deux tétrapodes, et il ne reste plus à la voirie qu'à s'en saisir pour l'évacuer. Et là vous allez me dire, "oui, mais si le handicapé soulève le tétrapode". Eh bien, ça ne risque pas d'arriver, vous pouvez me croire, car ces installations pèsent près de cent kilos chacune. Un handicapé, même très fort, ne peut en aucun cas soulever le bloc pour le poser plus loin et se dégager un passage. En revanche, un engin de levage, ou une paire d'ouvriers valides et costauds, peuvent sans problème manutentionner un tel poids, qui a été étudié avec soin.
- Mais... comment ils font pour circuler, alors ?
- Eh bien précisément, ils ne circulent pas. Si on sème des tétrapodes dans toute la ville, mettez-vous à leur place, ils finiront bien par aller vivre ailleurs.
- Hein ?
- Dans les banlieues pauvres, par exemple. Sous les ponts. Dans les déserts. Que sais-je ? Eh bien oui, il faut bien dire que depuis que les bus, les métros et même certains taxis leurs sont accessibles, le nombre de personnes à mobilité réduite circulant dans les rues a considérablement augmenté. D'où des nuisances considérables causées au voisinage ! Non contents de perturber la circulation des piétons dans les rues commerçantes, ils sont un danger pour les honnêtes gens, car ils distraient leur attention aux passages piétons, ce qui augmente les risques d'accidents graves à la personne. En outre, considérez les dommages causés à l'économie ! Un handicapé qui rentre dans votre magasin occupe la place de trois clients valides, mais en plus, il les fait fuir, les valides ! Ceux-ci, inconsciemment, ont tendance à assimiler le handicap à la maladie, et la maladie à l'épidémie. En somme, ils ne souhaitent pas - et on les comprend - attraper la paralysite. Les commerçants, monsieur le Directeur, souffrent de cet état de fait, et nous soutiendrons au près des élus, j'en suis sûr !
- Vous croyez ?
- Bien sûr. Mettez-vous à la place d'un maire, souhaitez-vous donner aux visiteurs l'image d'une ville dynamique, sportive, vigoureuse et apte à relever les défis ? Ou souhaitez-vous être associé, dans l'esprit d'éventuels investisseurs, à des larves avachies incapables de se tenir sur leurs deux jambes pour marcher comme d'honnêtes gens ? Investiriez-vous dans une communauté offrant, à chaque carrefour, l'image de l'abandon, du malheur, de la scandaleuse déchéance physique ? Car il ne faut pas s'y tromper, les handicapés se sont mis à pulluler dans nos villes, roulant ridiculement de ci de là, au lieu de rester enfermés chez eux comme les monstres difformes qu'ils sont. Si on les laisse vagabonder à leur guise, c'est bientôt toute la ville qu'ils contamineront par leur apathie, par leur morosité. C'est ainsi qu'une ville meurt, et c'est contre ce destin qu'un édile digne de ce nom devrait protéger ses administrés. De surcroît, ces rebuts de l'humanité coûtent cher, et sont forts consommateurs de subventions municipales, argument qui je crois, sera d'un certain poids auprès de nos clients en ces temps budgétairement difficiles.
- Ah ? Oui... il faut que j'y réfléchisse...
- Bref, c'était les tétrapodes. Nous avons aussi pas mal planché sur le fléau des sourds, hélas c'est un sujet un peu plus complexe, même si nous ne désespérons pas de trouver une solution au problème. En revanche, nous avons mis au point quelques pièges à aveugles tout à fait efficaces comme Marie-Caroline vous le montrera sur la diapo numéro deux, prise à Saint-Dizier. Voilà, alors ici, le fil électrique... "
Tags: textes divers
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