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And the winner is...


C'est le début de "la bête humaine" de Jean Renoir, 1938. C'est un classique du cinéma Français. Le film commence donc par une longue séquence où l'on voit deux cheminots conduire une locomotive de Paris au Havre. On les voit s'activer à leur métier avec ferveur à des besognes incompréhensibles à nous qui n'avons jamais conduit de locomotive à vapeur. A un moment, le machiniste, interprêté par Gabin, consulte sa montre d'un oeil inquiet, puis se rassure : il est à l'heure. Fierté du travail bien fait.

Jean Renoir, auteur et réalisateur, n'a pas plus que nous conduit de locomotive, et ce n'est donc pas une expérience vécue à laquelle il nous convie ici. Fils d'Auguste, le peintre, il n'a jamais mis les mains dans le cambouis, on se l'imagine. Pourtant, tout est là, deux hommes au travail.

J'aimerais bien savoir quand c'était que dans le cinéma Français, on a vu une scène de quatre minutes figurant des ouvriers au travail.

De nos jours, "le travail" vu par le cinéma, la télévision, c'est créatif dans une agence de pub, ou "burelier" générique, avec cravate, cours de golf, chef de service odieux qui s'appelle Berthier et secrétaire à choucroute. C'est peut-être à la guerre que Renoir a connu et fréquenté le monde ouvrier que sinon il n'aurait jamais côtoyé. Les cinéastes d'aujourd'hui, que savent-ils, que peuvent-ils savoir, que veulent-ils seulement savoir de nos labeurs dont bien souvent, la simple explication de la finalité les dépasserait totalement ? Ont-ils la moindre notion de ce que sont les méthodes modernes de management par la religion du reporting et du Saint Mode-Projet ? Savent-ils que "monsieur Berthier" n'est que le rouage d'une machine à laquelle il est tenu de faire semblant de croire face à des subordonnés cyniques qui doivent faire semblant de le croire ? Ont-ils quelque chose à dire des solidarités sociales brisées par les horaires décalés, le fractionnement des locaux, les mi-temps et le télétravail ?

Par endogamie, le cinéma Français finit donc par ne parler que de lui, de ce petit monde qui s'auto-finance, s'auto-célèbre et s'auto-récompense sans qu'on ne s'en étonne plus.

Si seulement la crise financière pouvait nous permettre de couper les vivres à ces parasites, ce serait déjà une bonne chose de faite.
Tags: bfg-9000
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