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La catin II - livre II - Chapitre 4

Chapitre 4. L’absence cruelle des hérissons



L’heure n’était plus à la rigolade dans le Tercio de Crotene, les rumeurs bruissaient d’une tente à l’autre. Les hommes expérimentés scrutaient dans la démarche des officiers le signe trahissant l’imminence de la mise en route, les jeunes recrues, lassées de l’entraînement, s’impatientaient tout en se demandant si elles seraient à la hauteur dans la bataille. Il s’agissait de presser la manœuvre pour transformer ces presque civils en véritables soldats capables de se faire tuer avec honneur. De nuit et de jour, les exercices s’enchaînaient, impitoyables, les instructeurs aboyaient, les hommes marchaient, couraient, chantaient, alignaient pompes et tractions. Les pelotons des « Infatigables » et des « Eventreurs » étaient partis avant l’aube pour une longue randonnée sac au dos et ne reviendraient sans doute qu’à la nuit tombée, les pieds en sang. Les « Colossaux », torses nus sur la place d’arme, se flagellaient les uns les autres avec des branches de saule afin de s’endurcir à la douleur, tandis que les « Inflexibles » jouaient à celui qui tiendrait le plus longtemps dans un torrent d’eau glacée. Les « Pirates », les « Sanglants » et les « Pillards » se livraient à une impitoyable course d’endurance autour des lices, bref, tous dans le régiment versaient leur sueur avec générosité pour ne pas avoir à verser leur sang plus tard.
A part le peloton des « Eveillés à la Joie Martiale », qui cette après-midi là, avaient cours de Taï-chi.

« Par exemple, imaginez le cas typique d’un tunnel obscur et humide, dans lequel vous progressez en file indienne. Soudain, vous apercevez une catapulte actionnée par douze gobelins qui s’apprêtent à vous lancer un mortel projectile. Comment prévenez-vous vos camarades ?
- Je leur dis de faire attention à la catapulte.
- Non, mais avec les signes.
- Ah oui, eh bien je... euh...
- Voyons, c’est pourtant évident ! Vous portez la main au front avec trois doigts pointés vers l’avant, comme ça, l’autre main tendue gracieusement sur le côté, et vous sautillez d’une jambe sur l’autre en poussant de petits couinements. Comme ceci : coui, coui...
- Ah, d’accord. Mais quel est l’intérêt de faire des signes, au lieu de simplement dire qu’il y a une catapulte ?
- C’est pour surprendre l’ennemi.
- Mais s’il nous vise, c’est qu’il sait déjà qu’on est là.
- Pas nécessairement. Peut-être qu’ils font juste des essais de catapulte.
- En plus, il faudra me dire comment ils ont fait pour monter une catapulte dans un tunnel obscur et humide où on est obligés d’avancer en file indienne.
- C’est une catapulte de petit format.
- Ben voyons...
- Et sans doute ce détail est-il révélateur de quelque chose de plus louche encore... Est-ce un sombre secret que recèlent ces gobelins balistères ? Ah mes amis, quelle exaltation... »
Le docteur était depuis longtemps reparti dans ses rêveries, tandis que la princesse Quenessy semblait diversement convaincue par le bla-bla d’Ange. Néanmoins, Vertu déboula dans la taverne, ayant conçu quelque humeur.
« Ne me dis pas que tu essaies encore de vendre ta méthode débile pour faire mourir les monstres de rire dans les donjons ?
- Mais je...
- Je t’avais formellement interdit de pourrir la cervelle de mes recrues avec tes sornettes. Bon, quoi qu’il en soit, je suis heureuse de vous voir en vie. L’un d’entre vous a-t-il récemment été l’objet d’un acte de violence ?
- Euh... non..
- Pas d’embuscade ?
- Aucune.
- Pas de malveillance à votre égard ?
- Rien du tout.
- Mais pourquoi il faut tout le temps que ça tombe sur moi ? »
Elle fit mine de réfléchir deux secondes, puit embraya :
« Ah mais oui, ça y est, c’est parce qu’il n’y a que moi qui bosse ici ! Bon, princesse, puisque tu prétends être magicienne, peux-tu me dire quelque chose d’intéressant sur ça ? »
Vertu posa sur la table la dague d’un des deux mystérieux assassins qui l’avaient prise à partie tantôt, seul élément de la panoplie qu’elle n’avait pas vendue (notez au passage qu’elle ne s’ouvrait nullement de ce dernier détail à ses compagnons). Quenessy la prit et l’examina sous toutes ses coutures.
« En première analyse, on peut considérer qu'il s'agit là d'une dague de jet.
- Certes, mais encore ?
- Fer forgé de bonne qualité, mais rien d'exceptionnel, la forme et la facture indiquent une origine orientale, ce que confirme l'étude de ces caractères en pattes de mouches que vous voyez sur l'avers et qui sont le nom du forgeron et du commanditaire, selon l'usage de ces pays. Un détail qui peut présenter un certain intérêt, hélas, il va être difficile de trouver un traducteur de levantin dans les parages.
- Voici une étude des plus instructives, mais moi je voulais savoir si cet objet était magique.
- Evidemment que non, tu vois bien qu'il ne brille pas. Les objets magiques, ça fait chting, là ça fait rien du tout.
- Si je puis me permettre... hasarda le docteur.
- Oui ?
- J’ai quelques notions de levantin, si vous me permettez...
- Non ?
- J’avais étudié ça du temps de ma jeunesse. Alors, qu’est-ce que ça raconte ? Hum... c’est étrange, il n’y a que deux caractères, et c’est deux fois le même. Est-ce à dire que le forgeron aura créé cette rame pour son propre usage ?
- Que signifie ce caractère ?
- C’est le signe qui signifie tout à la fois « origine » et « globalité », c’est un concept philosophique typiquement oriental qui relie ces deux notions.
- Ça nous avance.
- Mais dans quelles circonstances ces armes sont-elles entrées en votre possession, au juste ?
- Eh bien voilà... »
Vertu fit ici le récit fidèle de l’embuscade, mettant celle-ci en relation avec le combat qu’elle avait mené à Baentcher, dans le théâtre.
« Attends, l’interrompit la princesse, mais ça colle pas.
- Quoi donc ?
- Tu m’avais déjà parlé de ce combattant mystérieux qui t’avait prise à partie, et à sa manière de disparaître une fois mort, j’en avais déduit qu’il s’agissait d’un Guerrier Fantomatique, un sortilège bien connu qu’emploient certains invocateurs d’assez haut niveau. Mais là, tu me dis que leurs armes sont restées !
- Oui, en effet. La première fois aussi d’ailleurs.
- Mais ça change tout !
- En quoi ?
- Un Guerrier Fantomatique n’est qu’une temporarité, une illusion que l’on impose à l’univers. On fait comme s’il était possible de créer un tel guerrier, il apparaît, il fait son travail, mais dès que l’ordre de l’univers s’aperçoit de la supercherie, l’illusion disparaît.
- Avec ses armes.
- Avec tout ce qu’il avait avec lui au moment où il est apparu. Mais dans ce cas c’est différent. Si cet adversaire a été créé avec de telles armes sur lui et qu’elles sont restées, c’est qu’il s’agit là d’une manipulation de niveau plus élevé. C’est un véritable maître magicien qui a accompli ce prodige.
- Pas forcément, expliqua Ange, le truc, c’est peut-être qu’ils sont apparus entièrement désarmés, et que le magicien lui aura donné des armes à lui.
- Je ne vois pas bien l’utilité, un Guerrier Fantomatique apparaît toujours armé de façon adéquate. Laisse moi la dague, je vais l’examiner au calme, j’en apprendrai peut-être davantage.
- Bonne idée, fais fais. Bon, ben sur ce, moi, je vais me coucher.
- Déjà ? Le soleil est encore haut...
- J’ai une séance de pose demain matin tôt, et vraisemblablement une ou deux embuscades, en outre, mes bons camarades, votre improductive compagnie commence à me peser quelque peu. Alors donc, bonne soirée, et à demain pour la suite de nos palpitantes aventures. »
Et effectivement, elle se leva d’un pas empreint d’une immense lassitude, et remonta dans sa chambre.
« Peut-être n’est-ce qu’une impression, se demanda le docteur, mais j’ai bien l’impression que dame Vertu n’est plus tout à fait dans son assiette. Quel est cet accès de mélancolie ?
- Je l’ai déjà vue dans cet état, conta Ange. Quand elle est de cette humeur, il vaut mieux la laisser seule. Ce qui est ennuyeux, c’est que ça peut durer un petit moment comme ça.
- C’est quoi son problème ? Demanda alors la princesse.
- Le sentiment d’incomplétude inhérent à la condition humaine.
- Pardon ?
- C’est ce qu’elle m’a raconté quand je lui ai posé la question. Maintenant, ce que ça veut dire... Enfin bon bref, on va pas passer la soirée à ça, et si je vous enseignais plutôt quelque utile technique secrète de la Société des Voleurs pour communiquer discrètement au sein d’une expédition dans les jungles tropicales comptant un nombre impair de membres ? »

Le lendemain, comme prévu, Vertu s’habilla de bon matin, se fit faire un potage de légumes à la cuisine de l’auberge, puis, rassasiée, repartit dans les rues de Schizietta, profitant de ce que la fraîcheur nocturne persistait. Elle n’avait pas oublié de prendre tout son petit matériel, y compris ses couteaux de jet, le poignard du genre qu’à la Guilde on appelait un « puant », car on les glissait dans la botte, son arc et ses flèches, le pourpoint matelassé et clouté dont elle avait fait l’acquisition juste avant de quitter Baentcher, et c’est donc armée comme un porte-avions qu’elle arpenta les ruelles encore sombres et vides, accompagnée de son parasite habituel.
« Halte là, étrangère ! Délace ta bourse, ou bien il t’en cuira ! Nous sommes plus nombreux que toi, et toute résistance est inutile. Donne ton or, ou nous viendrons le prendre sur ton cadavre.
- Tiens, parbleu, ne seriez-vous point des brigands ? »
Il s’agissait d’un grand escogriffe un peu trop gras et sans arme, flanqué de trois arsouilles moins imposants, mais qui brandissaient qui un court gourdin de bois noir et poli, qui un coupe-coupe, qui un bâton. Deux étaient disposés devant Vertu, deux derrière elle. Tous quatre étaient fort jeunes, visiblement nerveux et pas très assurés.
« Alors vu que visiblement, c’est votre première embuscade, je crois que je vais devoir vous initier à cet art subtil et délicat en vous donnant quelques conseils dont vous saurez tirer profit. En premier lieu, ça ne sert à rien de perdre votre temps à expliquer ce que vous faites, vu que même le dernier des imbéciles comprend ce genre de situation sans qu’il soit besoin de la lui expliquer, je vous conseille donc, à l’avenir, de ne plus jacasser comme des pies, ou si vous y tenez vraiment, de vous contenter d’un « la bourse ou la vie ».
- Ah bon ?
- Par ailleurs, la prochaine fois que vous choisirez une victime, évitez de sauter sur la première personne qui passe. Par exemple dans mon cas, si vous aviez passé cinq minutes à m’observer avant de m’importuner de si grossière façon, vous auriez remarqué que je suis armée jusqu’aux dents, ce qui indique que je ne suis pas une proie facile. Cela indique aussi que je suis une mercenaire ou une aventurière solitaire, or cette condition a ses aléas, de telle sorte que nous sommes, la plupart du temps, désargentés. Vous avez donc des chances de vous retrouver à engager combat hasardeux contre un adversaire qui, en outre, ne vous rapportera pas grand-chose. Est-ce bien intelligent, je vous le demande, quand on sait que dans le même temps, nombre de gras marchands aux poches alourdies d’argent arpentent la ville, sans aucune autre protection que leur béate innocence ?
- Maintenant que vous le dites...
- Enfin, et c’est sans doute le plus important, quand on fait une embuscade, on fait une embuscade, on ne perd pas sont temps à écouter les discours dont vous abreuve votre adversaire tandis qu’il porte subrepticement les mains à ses armes de jet.
- C’est logique.
- Il se trouve que je suis aujourd’hui de méchante humeur, et vraisemblablement de force à tous vous étriper avant que vous ayez compris que le combat avait commencé. Je vous suggère donc de vous chercher aujourd’hui une autre victime. Dégagez.
- Ben... oui mais nous, on veut de l’or !
- Bon, vous l’aurez cherché... »

Ceci étant réglé de sanglante manière, elle poursuivit sa route jusqu’à l’atelier du peintre, où l’artiste l’attendait avec impatience.
« Ah, vous tombez bien ! Figurez-vous qu’hier soir, trois hommes armés sont entrés chez moi, ont molesté mes apprentis, dont un est mort de saisissement, tout ça pour leur faire dire où je me trouvais. Je crois que vous aviez raison, on en veut à ma vie ! Par bonheur, ces braves petits se sont tus – il faut dire que je ne leur avais rien dit de ma sortie.
- Ah ? Vous étiez où ?
- A l’arsenal de la ville. C’est incroyable, qui donc pourrait en vouloir à un honnête homme comme moi, probe et de bonne composition, qui n’a jamais œuvré que pour la beauté et la paix entre les hommes ?
- Je l’ignore. Peut-être un peintre jaloux de votre talent.
- Le fait est qu’il en existe sûrement, mais tout de même pas au point de vouloir m’occire.
- C’est vrai que c’est étrange. Bien, nous posons ?
- Je crains que nous ne devions remettre, hélas, mon amie ! Car comment pourrais-je exercer mon art alors que, voyez, mes mains tremblent encore de peur ?
- Je vous comprends. Mais je crois avoir vu des gardes devant chez vous.
- Oui, le Comte a eu la bonté de me dépêcher quelques soldats pour empêcher que de telles agressions ne se reproduisent.
- Sage décision. Je vais donc prendre congé...
- Attendez, ne partez pas ! Si vous êtes toujours disposée à me venir en aide de quelque façon que ce soit, il se pourrait que j’ai tout de même besoin de vos services.
- Il est vrai que je sais me battre.
- Ah, mais ce n’est pas ça du tout ! Je rougirais de demander la protection armée d’une dame, il y a tout de même des convenances... Non, il se trouve juste que mes apprentis sont trop choqués ou trop blessés pour travailler, ou pour certains, carrément en fuite. Du coup, je me retrouve seul pour procéder à mes travaux. Peut-être pourriez-vous consacrer une journée à faire progresser la connaissance humaine ?
- C’est dangereux ?
- Ça s’apparente à de la petite menuiserie.
- Bien... Vu que c’est ça ou ouïr les ineptes babillages de mes compagnons, je pense que je vais vous aider.
- A la bonne heure ! Je vais chercher les chauves-souris et je reviens. »
De l’insectivore en question, il ne restait qu’un squelette, très soigneusement assemblé sur des baguettes de bois émanant d’une planche de peuplier, de telle sorte que l’animal semblait avoir été pris sur le vif en train de voler, et subitement dépouillé de sa chair et ses os.
« Remarquable travail, c’est vous qui l’avez fait ?
- Un apprenti, sur mes instructions. Je m’intéresse depuis longtemps à l’art et la manière dont l’homme pourrait s’affranchir de la pesanteur pour s’élever dans les airs, ce qui m’a conduit à étudier avec attention le vol des oiseaux, chauves-souris et insectes.
- Intéressant champ d’étude.
- J’ai donc essayé d’imiter ces merveilleuses créatures, et déjà construit quelques prototypes, tenez, celui-ci que vous voyez accroché au plafond. Notez comme il a la forme d’une aile d’hirondelle.
- N’est-il pas cassé ?
- Hélas, un terrible accident. Pauvre Gandolfino, comme il me manque...
- Je vois. Mais je crois qu’il y a des moyens magiques permettant de voler. Et peut-être plus... enfin moins... soumis aux aléas... du vent, ces choses.
- C’est exact, toutefois, quel mérite y a-t-il à voler dans de telles conditions ? On récite une vague formule, on jette une poudre de perlimpinpin, et zou, nous voici soulevés, cela ne doit rien à l’intelligence de l’homme, mais plus à la superstition, à la tradition... D’ailleurs, des créatures telles que dragons, pégases et autres hippogriffes volent fort bien par magie sans pour autant être toujours douées de raison, c’est bien la preuve qu’il n’y a là qu’un art bien stupide. En revanche, s’élever par un moyen mécanique, voici une quête digne d’être menée avec profit ! D’autant qu’il y a des circonstances au cours desquelles la magie reste impuissante, comme par exemple en ce moment, le siège de Daglioli. Vous savez sans doute que la ville est protégée par de puissants sorti... euh...
- Oui ? Continuez, ça devient passionnant.
- Je crois que j’en ai peut-être trop dit.
- Vous pensez que vos inventions pourraient envoyer des hommes volants jusque derrière les murailles ?
- Ah, vous êtes habile à faire parler les hommes. Eh bien en fait l’appareil, pour tout dire, est déjà prêt.
- Non ?
- Parfaitement. Nous avons aménagé un lieu discret, à la campagne, où nous menons nos expériences, nous sommes quasiment prêts maintenant à envoyer un petit groupe d’hommes décidés prendre pied derrière les murailles et ouvrir les portes à nos armées.
- Remarquable plan s’il en est, et si d’aventure vous réussissez, votre réputation sera faite à tout jamais dans les livres d’histoire, comme celle d’un Poupouki, d’un Kalabobulle ou d’un Shanagophon. Toutefois, je ne comprends pas comment ni pourquoi un peintre se retrouve à fabriquer des armes de guerre.
- C’est qu’outre mes attributions, je suis aussi Architecte en Chef des Forteresses et Machines du Comte, ne le saviez-vous pas ? C’est pourtant notoire.
- Ah, bien sûr. Donc, c’est vous qui concevez les armes secrètes de Schizietta.
- C’est dans mes attributions.
- C’est logique. Et donc, ces gens qui cherchent à vous tuer...
- ...
- Ben...
- ... Vous croyez que c’est lié ?
- Il me semble que si j’étais le maître des espions de Daglioli, ma première préoccupation serait en effet de vous assassiner.
- Non ? Il existerait donc de si méchantes gens ?
- Je vous crois aussi au fait des mystères de la nature qu’innocent des sombres mystères de la politique.
- Je le confesse.
- Il n’en reste pas moins que si vous restez en vie, grâce à vous, cette guerre sera bientôt terminée, et la glorieuse cité de Schizietta n’aura plus rien à craindre de ses ennemis.
- Puissiez-vous dire vrai. Hélas, il reste un épineux problème : où diable vais-je pouvoir trouver un groupe de sept hommes d’armes habiles, rusés et décidés, et surtout assez courageux pour prendre place à bord du véhicule que j’ai conçu ?
- Ah ouais, on s’le demande... »
Tags: la catin de baentcher
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