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Rose et Jack sont sur un bateau

C'est marrant comme il y a des questions qu'on ne se pose pas à force de s'entendre rabâcher les mêmes réponses sans cesse, et qui pourtant devraient nous agiter plus souvent. Celle qui m'intéresse aujourd'hui, c'est "pourquoi l'Europe ?" Fondamentalement, en effet, il faudrait m'expliquer en quoi ce qu'on appelle la construction européenne est utile aux Européens, et plus spécifiquement, aux Français.

Déjà, réglons la question financière : la France est un contributeur net au budget de l'UE, c'est à dire que nous recevons moins d'argent que nous lui en fournissons. Donc si nous en sortions, nous pourrions continuer à financer la politique agricole et les travaux du FEDER, et il nous resterait un excédent. Donc, en donnée brute, ça rapporterait de l'argent.

Reste que, me rétorqueront certains, nous couperions notre industrie de ses marchés européens. Certes, à l'origine, il faut se souvenir que la création de la CEE avait pour but de créer une zone de libre échange entre les pays de l'Europe, dans le but d'accroître la compétitivité, de baisser les prix et d'encourager la croissance. Pour autant que la levée des frontières internes de l'UE soit effectivement de nature à favoriser ces paramètres, ça a été fait. Toutefois, c'est de nos jours totalement inutile, car nos pays adhèrent tous à l'Organisation Mondiale du Commerce, qui a de fait créé une zone de libre échange à l'échelle mondiale. Le marché commun européen, supposé créer une barrière protectrice à l'entrée sur le continent, ne l'a jamais fait (c'est pourtant ce qu'on nous avait vendu en 1992). Du coup, la suppression de l'espace économique européen n'aurait que peu de conséquences sur l'économie de nos pays, déjà largement mondialisés.

Pour ce qui est de la défense, nous nous en remettons à l'OTAN (protectorat Américain), l'UE n'a rien à voir là-dedans. Que ce soit en matière de justice, d'éducation, de police, tout se gère au niveau des états. En fait, la seule chose importante qui soit gérée au niveau européen, aujourd'hui, c'est la monnaie. C'est le seul réel ciment politique de l'UE, sa dernière raison d'être.

Or, l'euro va disparaître. Non pas parce que les Grecs sont des sagouins, ou les Espagnols des salauds, ou les Italiens des voleurs de poules, rien de tout ça. C'est juste parce que l'euro était une mauvaise idée et que ça ne pouvait pas marcher. Une monnaie forte n'arrange les affaires que des riches, que ce soient les gens riches ou les pays riches. Une monnaie forte ne fait que renforcer les avantages des pays déjà compétitifs, et handicape l'activité des pays ayant une moindre productivité, et la France est dans ce deuxième groupe. Une monnaie forte ne profite qu'aux créanciers, pas aux débiteurs, c'est une évidence économique, et notre dette a dépassé les 92% du PIB.

Ce n'est pas notre intérêt d'avoir l'euro pour monnaie. Nous nous sommes indigné des Anglais qui, du temps de Maastricht, tentaient de nous mettre en garde contre cette construction improbable d'une monnaie commune d'Amsterdam à Nicosie, nous nous sommes insurgés de l'inflexible détermination de la Dame de Fer à faire capoter le grand projet du siècle en n'y adhérant pas. Heureux Britanniques ! Que n'avons-nous eu d'aussi clairvoyants personnages pour nous guider ? Si aujourd'hui la Grande-Bretagne a des problèmes, elle a au moins une monnaie qu'elle maîtrise comme utile instrument de son redressement économique. Non seulement nous n'avons pas ce luxe, mais de surcroît, l'euro plombe notre commerce extérieur et alourdit le coût du travail qui, selon les patrons, serait notre principal handicap. Il ne faut pas se leurrer, chaque mois qui passe ne fait que creuser les déficits et nous rapproche de la seule conclusion inéluctable : la fin de l'euro.

Dans un autre ordre d'idée, le cas des Roms est à la fois anecdotique et symptomatique. On nous dit ici et là que l'Europe est à même d'apporter une solution aux problèmes que posent ces populations dont personne ne veut et qui fondamentalement emmerdent tout le monde. L'UE dépense des fortunes en programmes de développement et d'éducation à leur profit, pour des résultats qui ne sautent pas immédiatement aux yeux. Mais comment soutenir que l'UE est la solution au problème alors que nous le savons bien, sans l'UE, nous n'aurions pas ce problème ?

La logique politique voudrait, sinon que nous quittions l'Europe, qui ne sert plus à grand chose et, la plupart du temps, est nuisible à notre développement. Comment expliquer autrement que, tandis que la croissance moyenne dans le monde est de 3-4%, en Europe, nous soyons en récession ? Et ce n'est pas récent, ça fait depuis le krach de 2001 que ça dure, plus de dix ans. Toutes les régions du monde ont connu, par la suite, une forte période de croissance, à part l'Europe. Est-ce une coïncidence, alors même que nous venions d'achever cette "grande aventure politique de notre temps" qui met la larme à l’œil des journalistes débiles ?

La seule raison à la poursuite de ces chimères est que la classe politique actuellement au pouvoir a énormément investi en crédibilité sur le sujet, et dès que l'Europe aura coulé en tant qu'entité politique, cette même classe politique va s'en prendre plein la gueule "ce qui bénéficiera au vote extrême dont le ventre immonde est issu de la bête féconde".

Ça me semble un peu court.
Tags: constitution
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