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Midnight express

Intéressant article sur les sismologues Italiens qui avaient rassuré toute la population de L'Aquila en avril 2009, une semaine avant qu'elle ne soit détruite par un tremblement de terre. Ils ont été condamnés à six ans de prison et neuf millions d'euros de dommages et intérêts.

Au premier abord, je me disais "c'est scandaleux, une analyse scientifique n'a pas vocation à être sûre à 100%". Et puis, j'ai réfléchi. Non, c'est vrai, une analyse scientifique est toujours entachée d'une marge d'erreur. En outre, l'erreur faisant partie de la démarche scientifique, il est injuste de condamner un chercheur qui en commet, il ne fait que son métier.

Sauf que là, ils ne faisaient pas un travail de recherche. On ne leur demandait pas de donner un avis pour écrire un article ou une thèse. On leur demandait de s'engager pour savoir si oui ou non, à la suite de micro-séismes, la région de L'Aquila était propre à l'habitation des hommes, ou s'il fallait l'évacuer d'urgence. Bref, on leur demandait de prendre une responsabilité. Et on les payait pour ça, c'était des professionnels. Donc, ces couillons là se sont plantés dans les grandes largeurs et des gens sont morts à cause de ça.

Le plus amusant, c'est que l'un des accusés ne comprend toujours pas de quoi on l'accuse. C'est ça le plus typique de l'attitude des scientifiques : ils ont du mal à se figurer que l'univers n'est pas un laboratoire et que la société ne fonctionne pas comme une paillasse. Un scientifique, lorsqu'il prend la parole publiquement, dispose toujours, de par ses titres académiques, d'une autorité particulière, d'autant plus éminente que les autorités politiques sont discréditées. Lorsqu'il s'adresse à ses pairs, il est implicitement compris que ce qu'il énonce est une "vérité" scientifique, c'est à dire que c'est vrai jusqu'à preuve du contraire, et susceptible d'attirer une contradiction constructive.

Toutefois, lorsqu'il s'adresse à madame Michu, elle le croit parce que c'est un monsieur avec une cravate qui est professeur dans une université et qui connaît des mots savants. C'est pareil du reste avec Jean-Guy Friboulet-Lagarche, ingénieur en marketing (avant on appelait ça homme politique), disposant d'une culture technique inexistante et devant donc s'en remettre à qui porte blouse pour tout sujet plus complexe qu'une multiplication à deux chiffres. C'est ce qui explique que les paroles do professeur Machin aient des conséquences bien supérieures à ce qu'il estime de prime abord, et donc, que ses échecs ne soient pas exempts de conséquences fâcheuses.

D'où mon opinion qu'ils n'ont pas volé leur visite en zonzon. Peut-être que la prochaine fois, ils apprendront à dire "beuh... on peut pas dire comme ça", peut-être que ça leur mettra peut-être un peu de plomb dans la cervelle, à eux et à leurs collègues un peu trop bavards, et si un jour, on promettait à des scientifiques - allez, au hasard, mettons, aux climatologues (par exemple) - de leur réserver le même traitement si leurs prévisions s'avéraient fausses, on ne m'ôtera pas de l'idée que ça les rendrait du coup bien moins affirmatifs sur certains sujets, voire même, je pense, les inviterait à fermer un peu leurs grandes gueules de temps en temps.


Le professeur Cesare Fanfaronelli de l'
université de Padoue, profitant de son
stage carcéral pour faire des expériences
de tribologie en milieu humide confiné.
Tags: science
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