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Acranoncrétique

Les Anglais, c'est connu, ne sont pas les derniers à faire la fête et picoler comme des trous en braillant des chansons à boire. C'est un trait de civilisation fort ancien, et il ne faut pas s'étonner que dans les années 1750, à Londres, se fut créé la Société Anacréontique, du nom d'Anacréon, barde Grec, chantre du vin, des femmes et de la douceur de vivre. Il s'agissait d'un de ces clubs de gentlemen où, sous de fallacieux prétextes de charité ou de promotion des arts, se réunissaient de braves bourgeois afin de siffler une pinte en meilleure compagnie que dans les estaminets de la capitale.

La Société Anacréontique, de par sa vocation musicale, se dota d'un hymne, "To Anacreon in heaven", composé par John Stafford Smith, narrant les aventures d'Anacréon chez les dieux.

To Anacreon in heaven where he sat in full glee,
A few sons of harmony sent a petition,
That he their inspirer and patron would be,
When this answer arrived from the jolly old Grecian:
Voice, fiddle aud flute, no longer be mute,
I'll lend you my name and inspire you to boot!
And besides I'll instruct you like me to entwine
The myrtle of Venus and Bacchus's vine.

The news through Olympus immediately flew,
When old Thunder pretended to give himself airs,
If these mortals are suffered their scheme to pursue,
The devil a goddess will stay above stairs,
Hark! already they cry, in transports of joy,
A fig for Parnassus, to Rowley's we'll fly,
And there my good fellows, we'll learn to entwine
The myrtle of Venus and Bacchus's vine.

The yellow-haired god, and his nine fusty maids,
To the hill of old Lud will incontinent flee,
Idalia will boast but of tenantless shades,
And the biforked hill a mere desert will be,
My thunder, no fear on't, will soon do its errand,
And, damn me I'll swinge the ringleaders, I warrant
I'll trim the young dogs, for thus daring to twine
The myrtle of Venus with Bacchus's vine.

Apollo rose up and said, "Prythee ne'er quarrel,
Good king of the gods, with my votaries below
Your thunder is useless - then showing his laurel,
Cried, Sic evitabile fulmen, you know!
Then over each head my laurels I'll spread,
So my sons from your crackers no mischief shall dread
Whilst snug in their club-room, they jovially twine
The myrtle of Venus and Bacchus's vine.

La chanson devint rapidement fort populaire dans les tavernes, grâce à son thème et sa musique propice à être reprise en chœur par des convives enivrés. Elle traversa ensuite l'Atlantique pour être chantée par les émigrants de la Nouvelle-Angleterre.


Plus tard, hélas, un farfelu eut l'idée étrange d'ôter les paroles de l'air, et de les remplacer par un poème patriotique au sujet de la défense du fort McHenry, obscure bataille de la très oubliée guerre de 1812.

C'est cette version qui fut peu à peu adoptée par l'US Navy, puis régulièrement jouée en ouverture des matches de base-ball, avant même qu'il ne devienne officiellement l'hymne national Américain, en 1931.

Car oui, en pleine prohibition, le congrès des USA a décidé que dorénavant, les militaires du pays devraient rendre les honneurs à une chanson à boire.
Tags: belles histoires
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