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La catin II - livre II - Chapitre 5

Chapitre 5. L’abominable complot



A l’instar des autres pelotons du tercio de Crotene, les « Eveillés à la Joie Martiale », que dans le camp on surnommait « ces demoiselles », étaient logés sous une grande tente dont ils étaient, comme le veut la coutume militaire, responsables de la tenue. Tente dont le sergent-chef Maurice arpentait présentement l’allée centrale, entre les recrues au garde-à-vous, et il n’était pas content.
« Alors je crois que j’ai été CONCILIANT, j’ai été PATIENT, j’ai même été à l’extrême limite du COULANT, mais là vous avez clairement DEPASSE LES BORNES ! En vingt ans de carrière je n’ai jamais eu affaire à un troupeau d’AHURIS comme vous, mais A QUOI AVIEZ-VOUS LA TETE ? Recrue Bob ! Qu’est-ce que c’est que ça ?
- Chef, ce sont des rideaux chef !
- Et ils sont de QUELLE COULEUR ces rideaux BOB ?
- Chef, ils sont fuschia, chef !
- NON ! CES RIDEAUX ne sont pas du tout FUSCHIA, ce sont des rideaux VIOLET ! Quasiment du VIOLET ELECTRIQUE ! Vous étiez RESPONSABLE de la pose des NOUVEAUX RIDEAUX, et je vous avais ORDONNE de poser des rideaux FUSCHIA ! Vous vous en souvenez recrue Bob ?
- Chef, oui chef !
- Alors comment se fait-il qu’il n’y ai pas de rideaux FUSCHIA à cette putain de fenêtre RECRUE BOB ?
- Chef... ils n’avaient plus de tissus de cette couleur à l’économat, chef !
- JE NE VEUX PAS LE SAVOIR ! Quand on est militaire ON S’ADAPTE ! Etes-vous seulement CONSCIENT que ces rideaux seront du PLUS MAUVAIS EFFET avec les PERVENCHES que je vous ai fait planter la semaine dernière autour du QUARTIER ? C’est ça que vous voulez, recrue Bob, c’est ça que vous voulez, un campement MAL ASSORTI ? Mais vous êtes DALTONIEN ou quoi ?
- Chef...
- Ah, c’est sûrement ça, VOUS ETES DALTONIEN ! Dans ce cas, c’est VOTRE FAUTE A TOUS car vous auriez dû EPAULER VOTRE CAMARADE. C’est pourquoi je me vois dans l’obligation de PUNIR TOUT LE PELOTON pour cette inexcusable lacune dans votre SENS ESTHETIQUE. Et vous savez ce qui arrive quand vous êtes PUNIS ?
- Chef, non, pitié, on le fera plus !
- On peut pas plutôt faire cent pompes dans le trou à boue, comme les autres ?
- Des tractions, pitié !
- Vingt kilomètres au pas de course avec sac à dos ?
- Le fouet ! Le fouet !
- NEGATIF ! Ce qu’il faut pour mater des FORTES TETES comme vous, vous le savez déjà ! Allez, en tenue, et c’est parti pour UNE HEURE DE PILATES ! Tout le monde prend la position de la TOUPIE ANDALOUSE !

Ange Parsimoni n’était ni spécialement fort, ni particulièrement habile. Pour ce qui était de monter sur les toits, de ramper dans les tuyaux d’aération ou de désamorcer des serrures empoisonnées, il fallait demander à quelqu’un d’autre. Il savait se battre un peu, et principalement quand il était question de sauver sa peau. Son caractère ombrageux n’en faisait ni un convive recherché, ni bon baratineur. Depuis le temps qu’il traînait ses guêtres à l’Honorable Société de Baentcher, il était forcément au courant des divers ragots qui agitaient le monde des voleurs, mais il n’était pas dans le secret des dieux, et ne cherchait surtout pas à y être. Ce n’était sûrement pas l’homme le plus intelligent du monde, ni le plus loyal, bref, en dehors du petit talent qui était le sien, il était des plus inutiles.
Ce talent, justement, il l’exerçait à la taverne du « Bonobobino rigoletto », estaminet borgne de Schizietta. La ville comptait quelques exemplaires de ce genre d’établissement, car comme je vous l’ai déjà fait sentir à plusieurs reprises, elle servait hélas de point de passage à toutes sortes de mercenaires, d’assassins, de truands, et de gens qui évoluaient gracieusement entre ces trois catégories au gré des circonstances. Cette violente population avait pour usage d’assidûment fréquenter les estaminets susnommés dans le but officiel d’y rechercher un commanditaire qui leur donnerait quelque emploi, mais l’honnêteté nous commande toutefois de nous demander dans quelle mesure cet atavisme ne tenait pas plutôt à la présence en ces lieux d’alcool, de compagnons de bagarres et de filles de joie, toutes distractions permettant de tuer le temps entre deux épisodes sanglants.
Mais revenons à notre protagoniste. Ne se distinguant pas par sa témérité, on pourrait s’étonner de le voir accoudé au comptoir parmi les rudes gaillards couturés de cicatrices, les musclés, les tatoués, les pirates et autres marauds. Devrait-on craindre pour sa santé, à notre homme ? Point du tout, car il est ici comme chez lui, c’est son élément. Certes, il est étranger à la ville et n’avait jamais mis les pieds dans cet endroit, mais par quelque savante alchimie, par ses manières, la façon dont il est assis ou l’art qu’il a de tenir sa chope, le patron lui-même jurerait que c’est un habitué. Tous ici connaissent son surnom, « le Chien », tous savent, ou croient savoir, que c’est un taiseux, un gars du milieu, un affranchi, on peut parler devant lui. Pourquoi se priver ?
Ah, il en avait entendu, Ange, des conneries, et c’était là qu’intervenait son don le plus remarquable : celui de laisser traîner une oreille. Car s’il est malaisé de suivre une conversation qui ne vous est pas destinée, il est franchement compliqué d’isoler la conversation qui vous intéresse dans le fatras des platitudes météorologico-politiques qui constituent le bruit de fond de tout forum bistrotier. Eh bien Ange, il y arrivait. Et voici sur quelle station il était branchée :
« ...payé par une personne pour accomplir une certaine tâche, si une certaine personne venait à Schizietta.
- Continue...
- Eh bien, la personne en question vient d’arriver en ville. C’est quelqu’un qui a des amis, mais qui aime bien se promener seul, mais qui sait se défendre, alors je cherche trois personnes pour m’aider à faire le travail.
- Je suppose que c’est le genre de travail définitif.
- Oui, définitif.
- Combien ?
- Une grosse par personne. J’ai déjà trouvé les deux autres gars, j’ai pensé que l’affaire t’intéresserait. »
Une grosse, c’était douze piastres d’or, un salaire très correct pour un assassinat.
« C’est quelqu’un qui a des alliés ?
- Non, c’est une étrangère de Baentcher, elle ne connaît personne ici. C’est une autre étrangère qui m’a payé pour ça, ces histoires ne regardent pas notre ville, il n’y a pas de risque de ce côté.
- Qu’est-ce qui te fait croire qu’elle était étrangère ?
- Elle avait un drôle d’accent du nord, la peau très sombre, elle était accompagnée de deux gaillards bien bâtis, qui avaient le type nordique. Je te dis, c’est des histoires qui nous regardent pas.
- Ça me plait bien, j’en serai. C’est où qu’on fait le coup ?
- Sûrement ce soir, à l’auberge du Babouino. On tâchera de la coincer dans le couloir quand elle ira se coucher.
- On se retrouve là-bas ?
- Au coucher du soleil, dans la grande salle. »
Les deux hommes se serrèrent la main gravement.

L’après-midi à la taverne, Vertu réunit sa troupe et leur exposa ses plans.
« Donc, je reviens de l’atelier de Fabrizzion d’Areva, et je... Dis-donc, Ange, c’est quoi cette fausse moustache ? Pourquoi te grimes-tu de façon aussi grotesque ?
- Fausse moustache ? Ah oui, la fausse moustache... c’est parce que je voulais... c’était super important... j’ai oublié. Mais y’a une bonne raison, c’est sûr.
- Bon, quoi qu’il en soit, pour une fois, on n’aura pas trop à se casser le derche. ! Grâce à l’invention de Fabrizzio, et à supposer qu’il ne se foute pas trop de ma gueule, nous pourrons bientôt nous voler jusqu’à Daglioli, nous y vaquer à nos petites affaires. Oui Ange ?
- J’ai un élément d’information important à rapporter.
- Ah, bien, je t’écoute.
- Eh bien voilà... euh, c’était quoi déjà ?
- Je ne peux pas le savoir à ta place.
- C’est ballot ça, je l’avais sur le bout de la langue...
- Bon, réveille-nous quand tu auras fini. Pour ce qui est de notre affaire, il ne reste plus qu’à aller sortir nos trois compagnons de leurs classes et nous serons à pied d’œuvre. D’ici une semaine, je l’espère, on pourra partir vers la cité assiégée. Et peut-être même qu’en aidant Schizietta à la prendre, on pourra palper la récompense au passage, mais ça j’y compte pas trop. Je vous rappelle que l’important, c’est la clé. Ange, des précisions à apporter ?
- Oui, c’est à propos de... ce truc là... important...
- Oui ?
- Ah non, je croyais que ça m’était revenu, mais non.
- Dame Vertu, s’alarma le docteur, voler me semble être une manière fort imprudente de voyager. Etes-vous sûre de votre homme ?
- Pas le moins du monde, évidemment. Mais nous sommes des aventuriers, non ? D’autres questions ? Oui Ange ?
- Ah ça y est, ça me revient. On va tenter de t’assassiner ce soir. Ça me revient parce que l’un des gars en question vient d’arriver.
- Ah bon ?
- Je te le montre discrètement...
- Non, montre-le moi normalement.
- C’est lui.
- Le chauve ?
- Il a engagé un autre type qui n’est pas encore arrivé. J’ai entendu ça alors que j’étais en repérage dans un débit de boisson...
- Ben voyons.
- ... et il a engagé deux autres types, donc ils seront quatre, à ce que je sais. C’est inquiétant.
- C’est très inquiétant, en effet. Ça ne fera que deux embuscades dans la journée, la moyenne baisse. D’autres précisions ?
- Ils vont essayer de t’estourbir quand tu monteras te coucher. Ah oui, et le commanditaire... comment dire...
- Qu’est-ce qu’il a le commanditaire ?
- Tu promets de ne pas te mettre en rogne ?
- Vas-y, je t’écoute.
- Note, c’est peut-être que je me trompe, hein.
- Accouche.
- Mais j’aimerais que tu relativises certaines choses, que tu songes à notre place dans l’univers, à nous autres, petits singes nus, que sommes-nous face au mystère du cosmos...
- Tu sais que tu joues avec ta vie là ?
- Boule-à-zéro a fait une description de celui qui l’a payé, et c’est une femme. Une étrangère, venant de Baentcher. A la peau noire.
- Mpfxrlpt...
- Pense à un truc sympa et calme, pense à un grand jardin de pierre, sois zen...
- Ça va, ça va, je suis la zénitude incarnée. C’est juste que je suis un peu en colère contre moi-même de n’avoir pas crucifié ce sac à merde quand je l’avais sous la main, c’est tout. Du coup, ça change le programme des réjouissances pour ce soir. Il faut attraper razibus vivant pour le faire parler. »

La soirée se déroula sans encombres, tentant de donner le change. Ils repérèrent sans mal les quatre malandrins qui, se croyant discrets, ne prenaient pas assez de précautions. C’étaient assurément de belles gueules de truands. La princesse fit fut la première à s’éclipser, pour aller faire un tour aux cuisines. Vertu, qui avait peut-être un peu bu, sortit pour aller faire un petit tour dans la cour, et revint presque aussitôt. Ange se leva pour aller voir ce qui se passait aux cuisines, et dut sans doute croiser la princesse, qui revint quelques secondes après. Pendant tout ce temps, le docteur mimait un fort état d’ébriété tout en observant les quatre assassins du coin de l’œil. Trois minutes plus tard, la princesse se releva, prit congé de ses camarades ainsi que l’escalier sombre qui menait aux chambres, au deuxième étage, passant sans les regarder devant la table des vils sicaires. Vertu et le docteur restèrent seuls un instant, avant qu’à son tour, la patronne ne se lève et ne s’étire. Le chauve fit alors signe à ses compagnons qu’il était temps. Ils se levèrent tous trois d’un bel ensemble, et se dirigèrent vers l’escalier, ignorant alors que ce serait le dernier qu’ils graviraient jamais. Vertu salua son collègue, passa devant le chauve maintenant attablé seul, puis gravit silencieusement les marches. Le chef des brigands lui emboîta le pas, l’air mauvais et la main portée à son côté, pas loin de son poignard.
Le couloir, haut de plafond, n’était éclairé que de trois vieilles lanternes à huile, bien insuffisantes pour sa longueur. Vers son milieu, deux des arsouilles faisaient semblant de se disputer pour quelque histoire de femme, sans grande conviction ni aucun talent de comédien. Un autre était posté dans l’embrasure de la porte de la chambre qu’il avait louée, et faisait mine d’épousseter des bottes. Notre héroïne le dépassa sans prêter attention au regard torve qu’il lui lança. Le chauve arrivait juste derrière. Il accéléra. L’homme aux bottes se plaça sur son flanc, à eux deux ils barraient tout le couloir. Les deux autres cessèrent leur conversation, vinrent à la rencontre de Vertu et refermèrent la souricière. Les dagues sortirent. Vertu se retourna, l’homme à la botte la poignarda en plein ventre. Un autre l’épingla dans le dos, un troisième tâcha de l’égorger pour qu’elle ne parle pas.
Les trois lames ne fendirent que de l’air. Vertu se volatilisa. Elle ne sauta pas, ni ne s’enfuit, ni n’esquiva en aucune façon, elle cessa tout simplement d’être là. Durant une demi-seconde, les assassins interloqués ne surent trop que faire. Mais une étrange mélopée, jusque-là perdue dans le brouhaha émanant de la salle toute proche, attira leur attention. Une psalmodie qui enflait et se faisait soudain menaçante, qu’était-ce là ? Quelque chose fut lancé sur eux, qui explosa à terre au milieu d’eux en une giclée de filaments collants qui emprisonnèrent leurs membres plus sûrement que le filet du pêcheur capture les poissons.
« Un sortilège ! » S’écria le chauve avec terreur. Soudain, Ange apparut derrière lui comme s’il avait toujours été là, et l’estourbit d’un grand coup de cruche, avant de faire retraite. C’est alors que Vertu, la vraie, fit son apparition au détour de l’escalier, son arc à la main. Les trois hommes, comprenant soudain qu’ils avaient été victimes d’un traquenard, tentèrent par tous les moyens de fuir, de trancher ces filaments collants qui les emprisonnaient. Peut-être Vertu se serait-elle montrée clément si elle avait été seule, mais puisque ses compagnons étaient là, elle devait faire bonne figure. Elle n’eut aucune pitié, et sans colère ni passion, guida ces trois lascars jusqu’au paradis des égorgeurs.
L’affaire avait été rapidement menée. Vertu se retourna pour chercher du regard la princesse qui, par un sortilège de son cru, avait réussi à s’accrocher à quatre pattes au plafond, la tête en bas. Elle en redescendit à la manière d’une araignée.
« Bravo. J’avais des doutes sur tes qualités de magicienne, mais finalement, tu ne manques pas de talent.
- Bah, ce n’est qu’une application habile de quelques sorts élémentaires. Et nous avions l’effet de surprise. Un vrai mage de bataille n’aurait même pas eu à s’exposer pour abattre ces types.
- Quoi qu’il en soit, l’affaire est faite. Peux-tu dissiper les filaments ? »
Dès que le piège magique fut conjuré, ils traînèrent les corps dans la chambre de Vertu et épongèrent les taches de sang avec des linges à eux. Entre le combat et le ménage, tout n’avait duré que trois minutes. Ce fut sans doute la partie la plus difficile du plan que d’empêcher les trois cadavres de perdre tout leur sang jusqu’à l’étage du dessous à travers les planches disjointes, mais sans doute n’était-ce pas la première fois que l’auberge du Joyoso Babouino voyait ce genre de scène navrante.

L’homme ne trembla pas, ni ne supplia, ni ne fit rien d’autre du même genre lorsqu’il s’éveilla dans la petite chambre, ficelé sur un lit, en compagnie de quatre sinistres individus et de trois cadavres. Il ne trembla pas, parce qu’il était d’une rude étoffe et qu’il n’en était sûrement pas à son premier sale coup qui tourne mal, mais on sentait quand même qu’il aurait préféré se retrouver ailleurs.
« De deux choses l’une, soit tu es un fanatique de quelque cause, et tu vas parler après une bonne séance de torture, soit tu n’as tenté de me tuer que parce qu’on t’avait payé, et tu vas nous épargner à tous un pénible épisode de supplices en tous genres.
- D’accord, d’accord, je vais vous dire qui m’a payé.
- Ah, bien.
- Mais il n’y a pas grand-chose à raconter, en fait. J’ai été engagé il y a cinq jours par une femme qui ne m’a pas dit son nom, accompagnée de deux hommes d’armes. Je devais guetter votre arrivée en ville, et ensuite, vous faire votre affaire. C’est tout ce que je sais.
- Elle ressemblait à quoi ?
- Une jeune dame un peu plus petite que vous, elle avait le physique de ces gens du Thessol ou de Punt qu'on voit de temps à autres, très élégante, très bien élevée. Tout à fait charmante. Elle n’avait pas l’air de vous apprécier.
- Manifestement, elle a engagé des tueurs pour me faire la peau.
- Non, je veux dire, quand elle parlait de vous... ah, elle ne vous porte pas dans son cœur.
- Elle a dit comment elle s’appelait ?
- Pas que je me souvienne. Elle et ses amis semblaient venir du nord, c’est tout ce que je sais. Ah, ils m’ont payé en or de Baentcher.
- Ouais, y’a pas à tortiller, c’est bien elle. Et où on peut la trouver ?
- Je ne sais pas, elle m’a embauché aux abattoirs, où je suis chef d’équipe. On a fait l’affaire dans une taverne des environs, et depuis, plus de nouvelles.
- C’est vraiment tout ce que tu sais ? »
L’homme hésita un instant, un conflit intérieur agitait sa cervelle sous son crâne de brute. Mais il se décida, la cupidité l’emporta sur l’instinct de conservation.
« Non, je sais aussi que je vais bientôt gagner vingt piastres.
- Diable ! Et comment ça ?
- Vous allez me les donner. Parce que j’ai un renseignement qui peut vous intéresser.
- J’ai mal entendu, c’est vingt piastres ou vingt pouces d’acier entres les côtes ?
- Non, c’est vingt piastres. C’est moins que ce que vous avez récupéré sur les cadavres de ces imbéciles, vous voyez, vous faites encore une bonne affaire.
- Et si on remettait au goût du jour l’histoire de la séance de torture ?
- Je vous laisserais faire un peu, et puis comme je ne suis pas totalement idiot, je vous raconterai absolument n’importe quoi. Franchement, vingt piastres, c’est pas cher pour tout ce temps gagné.
- Fripouille. Gredin. Malhonnête homme. Vous autres, donnez-lui son or.
- Excellente attitude. Eh bien voilà, quand la dame en question m’a quitté, j’ai voulu savoir qui c’était. Alors j’ai payé quelques sous à un apprenti qui traînait dans le coin pour qu’il les suive discrètement. Il les a filés jusqu’à la porte occidentale, et là, ils ont pris leurs chevaux lourdement chargés de matériel, de vivres et d’armes, et sont repartis de Schizietta à bonne allure. Mais mon homme a eu la présence d’esprit de discuter avec le palefrenier, il lui a dit que les cavaliers s’étaient renseignés sur la meilleure route pour rejoindre Daglioli, les relais de poste, l’état des routes, toutes ces choses.
- Daglioli ! Par exemple, mais qu’est-ce que Condeezza irait faire à Daglioli ? »
Mais Vertu commençait à en avoir une petite idée.

Ils détachèrent le fripon, lui firent la leçon sur son inconduite, puis lui proposèrent de les accompagner dans leur aventure, mais il déclina, car il avait sa vie à Schizietta. Ils passèrent une bonne partie de la nuit à se débarrasser des corps, en volant une carriole qu’ils garèrent dans la ruelle adjacente, avant d’y faire choir les trois compromettants colis par la fenêtre, puis Ange et Vertu tirèrent le véhicule à quelques pâtés de maison de là, et l’y abandonnèrent, ainsi que les souvenirs de cette pénible boucherie. Enfin, remis de leurs émotions, ils retournèrent discuter dans la chambre.
« Je pense que Condeezza est elle aussi sur la trace des trois clés et de l’épée. Il n’y a pas d’autre explication.
- Mais comment ? S’étonna la princesse.
- Hélas, nous n’avons été ni rapides, ni discrets. A Baentcher, tandis que nous étions séparés, elle a eu tout le temps de nous espionner, et de voir que nous préparions une expédition. Nous n’avons eu aucun mal à localiser la seconde clé, il est probable qu’elle a remonté la piste elle aussi. En outre, elle était présente lorsque nous sommes revenus de notre première expédition, elle a dû se renseigner et comprendre que nous possédions la première clé. Elle nous a devancés, c’est évident. Elle est maintenant sur la route... Il faut impérativement la rattraper.
- Elle ne pourra pas rentrer dans la ville, le siège...
- Oh, elle trouvera un moyen. On peut lui faire confiance. »
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