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"Le bancal", Platiton, livre II, scène 5


" Représente-toi de la façon que voici l'état de notre nature relativement à l'instruction et à l'ignorance. Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière. Ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu'ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête. La lumière leur vient d'un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux. Entre le feu et les prisonniers passe une route élevée. Imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles ils font voir leurs merveilles.
- Je vois cela.
- Figure-toi maintenant le long de ce petit mur des hommes portant des objets de toute sorte, qui dépassent le mur, et des statuettes d'hommes et d'animaux, en pierre, en bois et en toute espèce de matière. Naturellement, parmi ces porteurs, les uns parlent et les autres se taisent.
- Voilà, un étrange tableau et d'étranges prisonniers.
- Ils nous ressemblent, répondis-je. Penses-tu que dans une telle situation ils n'aient jamais vu autre chose d'eux mêmes et de leurs voisins que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face ?
- Sûrement, mais pourquoi les porteurs ne vont pas les délivrer ?
- Peu importe, ce n'est pas de ça dont je te parle. Et pour les objets...
- Peu importe pour toi ! Attends, tu imagines des pauvres mecs au fond d'un trou, qui n'ont jamais vu la lumière du jour, et tu viens me dire que peu importe ?
- C'est une image.
- Non c'est pas une image, c'est scandaleux ! Comment un Grec, un citoyen d'Athènes comme moi pourrait-il entendre une telle ignominie sans réagir ? Et toi, tu racontes ça comme si de rien n'était, et monsieur le philosophe dit maintenant que c'est pas grave et qu'il s'en fout.
- Non mais attends Glaucon, il y a un malentendu, je voulais justement te parler de la vérité...
- La vérité, c'est que t'es un gros chacal !
- Holà, holà, du calme, qu'est-ce qui se passe ici ?
- Mais c'est encore l'aut'là, y vient foutre sa merde...
- Bon, Socrate, arrête de troller Glaucon, c'est pas marrant.
- Attends, Amphigourios, tu es un homme raisonnable, tu vas comprendre, c'est un malentendu. J'expliquais à Glaucon, par une allégorie, la nature de la vérité.
- C'est n'importe quoi, c'est même pas ce que t'as dit ! T'as dit que des pauvres mecs étaient en train de crever dans leur merde au fond d'une grotte. Et en plus il en a rien à foutre ce gros pédé de sophiste de mes deux !
- Je ne suis pas exactement so...
- QUOI ? Mon père est mort comme ça aux Latomies de Syracuse, enchaîné au fond d'un trou à rat, à cause de connards dans ton genre qui n'en avaient rien à branler, et tu oses venir la ramener dans MA maison, insulter les mânes de MES aïeux avec tes histoires à dormir debout ? Putain, ça va chier ! Où ils sont, ces prisonniers, qu'on aille les chercher ! Parle, trouduc !
- Mais c'était purement un jeu d'esprit...
- Ah ouais ? Tu vas voir ce qu'on leur fait aux vieux merdeux dans ton genre, chez moi. Aristoboustrophédon, va donc chercher de la cigüe... Merde, il s'enfuit ! Rattrapez-le, rattrapez ce pendard, qu'on lui donne une rude bastonnade ! Erithrocéphalostéganodon, lâche les chiens, cinq tétradrachmes à qui me ramène ce saligaud de philosophe, mort ou vif. "
Tags: textes divers
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