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Nanalyse sociologique à deux balles (de .45 magnum)


S'il y a bien une épidémie qui se répand depuis des années et prend des proportions alarmantes, c'est celle des zombies. Non, pleutres que vous êtes, je ne parle pas de vrais zombies, mais de la mode des films, BD et séries à revenants qui débarquent dans nos vies en brinqueballant et en perdant des morceaux putrides. Il ne se passe pas un mois sans qu'un nouvel avatar de ces hordes monstrueuses ne déferle sur une humanité pétrifiée de terreur. Pourtant, à l'origine, le zombie, c'est un modeste cadavre ressucité par un shaman vaudou. Puis, on a qualifié ainsi les pantins mollassons des films de Romero. Et puis plus ça allait, plus les zombies se sont mis à marcher, à courir, à galoper à tout va. Ils se sont mis à se reproduire, à convoiter les cerveaux humains pour quelque obscure raison. Mais d'où ça vient tout ça ? Non parce qu'une mode, ça arrive, ça se développe, puis ça régresse et ça disparaît. Les zombies, ils sont parmi nous depuis les années 80 et ils ne cessent de croître en popularité dans l'imaginaire collectif. C'est bien que, loin d'un épiphénomène, ils répondent à un besoin émergent des sociétés modernes. Tout comme le vampire était l'exutoire puéril d'une sexualité féminine réprimée, le zombie doit bien évoquer une résonnance profonde pour assurer sa pérennité. Mon opinion est que le zombie est le fruit de notre agoraphobie. Examinons en détail deux aspects du mythe zombi.

Le premier attribut du zombie, c'est que son destin est de se faire buter. A coups de pelle, de pioche, de bâton, écrasé sous un rocher, aplati par un camion, moissonné-battu dans un champ, scié, décapité, coulé dans le béton, napalmé par troupeaux de 20, ou plus classiquement, explosé au fusil à pompes, le zombie est l'exutoire à nos pulsions violentes les plus morbides. Qui n'a jamais rêvé, coincé qu'il était dans les transports en commun un jour de grève, de sortir la tronçonneuse et de hacher tous ces connards qui vous barrent la route ? Bien sûr, on ne le fait pas (et c'est regrettable), mais dans un film de zombie, les héros ne s'en privent pas, avec d'autant plus de bonne volonté que cette barbarie est sans conséquence : toute police a disparu, ils sont en légitime défense, et en outre, les zombies sont déjà morts.

En second lieu, il faut considérer que le lieu naturel du film de zombie, c'est traditionnellement une ville déserte. Aujourd'hui, une ville est un labyrinthe d'interdits. On ne se promène pas où on veut, on n'entre pas où on veut, on ne prend pas ce qu'on veut. Celui qui a les clés en profite, les autres la subissent. La ville post-apocalyptique est un reflet de nos métropoles si familières, mais un reflet étrangement attirant. Après l'apocalypse zombie, la ville est ouverte. Elle ne connaît aucune loi, aucune vidéosurveillance, aucune canalisation des foules, du reste inexistantes. Vous allez où vous voulez, et non là où on vous le permet. C'est la ville libre, une ville sans les autres.

En somme le film de zombie nous fait nous interroger sur notre rapport aux autres dans les grandes agglomérations. Lorsque nous sommes au sein d'un groupe social restreint, nous échangeons en permanence toutes sortes de choses avec nos contemporains, que nous apprenons naturellement à considérer comme des êtres humains à part entière, égaux à nous-mêmes. Au sein des grandes villes, nous sommes en permanence entourés d'une multitude de visages inconnus, de personnes que nous n'avons jamais vues et qu'après un bref aperçu, nous ne reverrons jamais, dont nous ignorons tout et qui nous ignorent tout aussi parfaitement, dont nous ne connaissons ni l'histoire, ni la famille, ni les aspirations, qui ne nous sont en rien utiles ou agréables, mais que nous sommes tenus de côtoyer. Pire encore : cette masse aveugle d'énergumènes improbables cherche à nous nuire, non pas en dévorant notre cervelle, mais en dévorant notre espace vital, notre temps, nos places de parking, la dernière baguette mais-il-reste-celle-au-seigle. De prime abord, il ne semble pas qu'ils soient dotés de conscience, et du reste, il est rare qu'ils vous adressent la parole. Ils n'ont pas de nom. Ce sont, pour nous, des zombies. Et certes, pour eux, nous sommes nous aussi des zombies.

Et du reste, n'est-ce pas la perspective la plus terrifiante de ce genre fantastique : rejoindre soi-même la cohorte des morts qui marchent ?



>> I sad today <<

La malfaisante sorcière blonde a encore frappé en fermant Altavista. Ça ne dit peut-être pas grand chose aux jeunes qui nous lisent mais back in the days, Altavista, c'était le leader de la recherche sur internet. Et puis, booble est arrivé avec ses gros sabots. Dans les années 90, il y avait des tas de moteurs de recherche, aujourd'hui il en reste deux, aux USA comme de bien entendu, ce qui fait que la NSA est au courant à chaque fois que vous, Jean-René Tartempion, comptable à la Coflexpo, sis 22 rue des Couettes Penchées à Vesoul-en-Romaine, téléphone 06 22 44 55 88, vous cherchez du furryporn sur la toile.
Tags: opinion
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