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Dissonnance cognitive

Il existe deux définitions différentes de la dissonance cognitive. La première stipule que "sé kan tu kogne sur lénemi et puis sa fé crac bizarre" (formulée par Ourgh le Balafré après la bataille de la Rivière aux Cerfs). L'autre, plus moderne (1956), est celle de Leon Festinger, qui évoque chez un individu le conflit entre deux "cognitions" incompatibles, conduisant à un état d'esprit troublé. L'esprit chercherait alors à apaiser son trouble en "adaptant" l'une des deux cognitions afin de l'accorder à l'autre. L'exemple d'école est celui des sectes millénaristes prévoyant la fin du monde à telle date. Voici que la date passe, et le monde est encore là. La secte a-t-elle eu tort ? Non, explique le gourou à ses ouailles, ravies de l'entendre. Si la fin du monde a finalement été repoussée contre toute attente, c'est grâce aux prières ardentes des fidèles.


Ourgh le Balafré, précurseur de la sociologie

On retrouve la dissonance cognitive de façon quotidienne dans le monde professionnel, où l'on est tenu de croire que la prospérité de l'Entreprise est une cause noble valant la peine qu'on la défende, qu'on s'y dévoue et qu'on lui sacrifie ses soirées et ses week-ends, alors même que fondamentalement, si elle disparaissait, une autre en tout point identique prendrait immédiatement sa part de marché, et le si fidèle salarié retrouverait rapidement un poste équivalent, probablement mieux payé, dans une autre boîte.

C'est toutefois dans le domaine des sciences que la DC fait le plus de ravages. Et non, je ne vous parlerai pas de réchauffement climatique...



Bon, un peu alors. Il s'est développé une cognition, basée sur des modèles très élaborés, comme quoi le réchauffement de l'atmosphère serait dû au dégagement de dioxyde de carbone par les activités humaines, et que ce réchauffement aurait des conséquences catastrophiques, mettant en péril notre civilisation. De cette cognition est né un consensus, comme quoi nous devrions réduire notre activité économique pour réduire les émissions de CO2. Toutefois, cette cognition repose toute entière sur sa première proposition, à savoir que le climat se réchauffe. Or, les mesures indiquent que ce n'est pas le cas. Cette deuxième cognition entre donc en contradiction frontale avec la première. Comment donc sauver tout l'édifice dogmatico-politique ? C'est amusant à observer au quotidien. On change de vocabulaire, le "réchauffement" devient un "changement". On invente >> les raisons les plus farfelues << pour justifier l'agaçante clémence des temps. Puis de doctes professeurs à barbe blanche nous invitent, par d'entéléchiques périphrases, à considérer désormais que la température de l'atmosphère n'est pas un critère pertinent pour juger du réchauffement climatique, et qu'on ne connaît pas Gana.


Hubert Reeves va maintenant nous parler du climat

Bon, les sciences naturelles, ça branle pas mal dans le manche. Déjà, les sciences exactes, c'est pas non plus aussi rigoureux que leur nom l'indique. Mais alors les sciences humaines, mes agneaux, c'est vraiment la foire à la dissonance. La mare aux tritons ! Ainsi on imagine la détresse morale dans laquelle se sont retrouvés les pauvres universitaires qui, faisant une étude innocente sur la relation entre le QI et les revenus des personnes, se sont aperçus à leur grand dépit que les pauvres sont notablement moins intelligents que les riches ! Un naïf aurait aussitôt considéré l'hypothèse la plus vraisemblable pour expliquer le phénomène observé, à savoir qu'il existe des individus plus doués que d'autres pour les raisonnements abstraits et les prévisions à long terme, et que ces individus sont plus à mêmes de capter les richesses, les conserver et en tirer parti pour améliorer leur sort et celui de leurs enfants. Ils leur légueront, outre leurs biens, une partie de leurs traits comportementaux, fruit d'une éducation appropriée et d'un bagage génétique favorable. A l'inverse, les couillons sont prédisposés à être et à rester pauvres, faute de l'intelligence requise pour accéder aux postes rémunérateurs et gérer leur patrimoine. En somme, si les pauvres sont pauvres, c'est qu'ils sont cons (hypothèse que du reste, leur fréquentation confirmera empiriquement).


Clodus Vulgaris (Linne, 1762)

Oui, mais c'est pas ça qu'un sociologue digne de ce nom va comprendre. Cette cognition issue de critères objectifs (bien qu'on puisse trouver bien des choses à reprocher aux tests de QI comme reflétant de façon pertinente l'intelligence), entre en conflit avec une autre : les universitaires, particulièrement en sciences humaines, et encore plus particulièrement en sociologie, sont de gauche. Or, la mythologie de gauche part du principe (pas forcément faux) que si les pauvres sont pauvres, c'est qu'ils sont exploités par une caste de bourgeois sans scrupules (c'est ce que Marx appelait la lutte des classes) et SURTOUT PAS parce qu'ils sont génétiquement inaptes à profiter de leurs maigres ressources pour se tirer de la misère. Il importe au premier chef d'avaliser la théorie selon laquelle la pauvreté est une construction sociale, ne doit rien à l'hérédité, et qu'au fond, si on prend un fils de mineur du Yorkshire pour le faire élever dans le manoir d'un Lord, il a autant de chances de réussir Oxford qu'un authentique aristocrate. C'est particulièrement crucial de démontrer ça quand on fait de la sociologie, car cette science dans son ensemble est plus ou moins basée sur ce postulat.


Un fils d'ouvrier s'est dissimulé dans
cette image, sauras-tu le retrouver ?

Oui, mais voilà, cette cognition entre en contradiction frontale avec la première. Comment donc vont faire tous ces gens très intelligents pour résoudre ce cruel dilemme sans se condamner eux-mêmes au chômage et à la précarité ? >> Découvrez-le dans cet autre article du Monde <<
Tags: science
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