aspexplorer (aspexplorer) wrote,
aspexplorer
aspexplorer

Mulotland Drive


Nos alliés les gentils rebelles

On en sait plus sur l'enquête de la revue britannique IHS Jane's en Syrie !

Vous définiriez-vous comme :
○ Résolument laïc
○ Plutôt laïc
○ Crypto-communiste
○ Divers droite
○ Plutôt fondamentaliste musulman
○ Résolument fondamentaliste musulman
○ Ji vais ti couper la tête chien d'infidèle
○ Sans opinion
(enquête téléphonique réalisée du 18 août au 2 septembre sur un échantillon représentatif de 1004 hommes en armes des régions de Homs, Damas, Ma'aloula et Alep ne se réclamant pas des forces gouvernementales)



Rien dans son humble origine ne le destinait à la gloire. Né dans une famille misérable de savetiers juifs de Lublin en 1902 ou 1903 (la date précise est inconnue), cinquième d'une famille de onze enfants, Mordechaï Musevitch comprit bien vite qu'il n'y avait aucun avenir pour lui en Pologne et, son esprit aventureux aidant, il s'embarqua en 1921 sur un bateau d'émigrants, comme tant d'autres jeunes hommes de son âge. Doté pour seule fortune d'un solide bagout et d'un aplomb à toute épreuve, il débarqua à New York par un soir d'avril, où il trouva refuge chez un vague cousin, mais vola bien vite de ses propres ailes. Il s'employa à faire tous les métiers accessibles à un jeune sans éducation : vendeur de fruits et légumes, croupier, taxi, bibliothécaire (lui qui jusqu'à la fin de sa vie se flatta de savoir à peine lire et écrire), ouvrier dans le bâtiment ou dans l'entretien du métro, barman dans un speakeasy, pour ne relater que les plus avouables. C'est dans ce bar clandestin qu'il trouvera sa voie : le spectacle. Il avait l'habitude, lorsque la soirée s'avançait et que l'alcool montait à toutes les têtes, de se livrer à des pitreries dans la salle, qui se transformèrent en un numéro burlesque fort apprécié des clients, qui se mirent à emplir le troquet jusqu'à point d'heure rien que pour le voir. C'est vrai qu'il avait "un physique de comédie", une bonne bouille ronde et rigolarde, posée sur un corps chétif mais incroyablement tonique.

De fil en aiguille, il se mit à chanter, danser et jouer la comédie dans des bars, des music halls, s'attirant la sympathie d'un public populaire. Mais il voyait plus loin, plus haut que Broadway ! Déjà depuis des années, à l'autre bout du pays, on bâtissait une industrie nouvelle, on brûlait de la pellicule au soleil de Californie... Il reprit donc son baluchon, ayant contacté par télégraphe un vague producteur de Los Angeles. Arrivé sur place à la Cité des Anges, la déception est cruelle, mais de courte durée. Le producteur n'est qu'un "intermédiaire" qui lui demande de l'argent pour le présenter à d'autres contacts tout aussi fumeux. Ecumant de rage, Mordechaï, qui se fait maintenant appeler Michael Misken, refuse évidemment de verser le moindre dollar à l'arsouille et le met dehors de son hôtel à coups de pieds dans le derrière (bien que l'escroc fut bien plus corpulent que lui). Un manège qui attire l'attention d'un autre jeune homme entreprenant accoudé au bar. Le physique particulier de Misken, ainsi que son aptitude pour le slapstick, lui sautent aux yeux et, dès que l'excitation est retombée, il se présente comme producteur - vrai, lui - et désireux d'embaucher un jeune acteur inconnu pour un premier rôle. Certes, il ne s'agit que d'un de ces court-métrages ouvrant les séances de cinéma, mais c'est mieux que rien. Notre héros, un peu en manque d'argent, n'en demandait pas tant. Nous sommes en 1928, le film s'intitulera : " Steamboat Willie " et le producteur, qui se lançait alors, Walt Disney. Le reste appartient à la légende du cinéma.


Dès lors, la collaboration orageuse des deux hommes se poursuivra pendant douze années, parsemée de disputes, de revendications financières, de batailles d'avocats, d'engueulades homériques et d'égos démesurés - dont les nombreux admirateurs du studio Disney ne sauront jamais rien. Habitué des fêtes les plus extravagantes, l'ancien crève-la-faim du ghetto de Lublin devenu prodigieusement riche se met en devoir de s'essayer à tous les vices, à toutes les décadences. Finalement, les habitudes d'alcool et de cocaïne, de plus en plus envahissantes, de Misken, ainsi qu'une embarrassante affaire de mœurs impliquant une mineure, qui décideront Disney à se séparer de "la poule aux œufs d'or" peu avant le début de la guerre. Par la suite, d'autres acteurs reprendront le rôle popularisé par Misken, lequel se ruinera vainement en frais d'avocats pour faire valoir son droit à l'image. Il mourra, anonyme et oublié, dans une maison de retraite de la banlieue de Miami en 1972, peu après avoir accordé une dernière interview à Hunter S. Thompson. Une entrevue où perçait encore la profonde amertume d'avoir été floué par Walt Disney et ses héritiers. Il est enterré au cimetière juif de West Palm Beach, une tombe anonyme dans un cimetière sans grâce situé, ironiquement, à quelques dizaines de kilomètres du Disney World Resort que chaque année arpentent des millions de touristes. Bien peu, en vérité, ont entendu parler de lui.

Car dans la cité des anges, sous les sunlights de pacotille, dans la poussière d'étoile et les paradis artificiels, il s'est brûlé les ailes, blablabla...
Tags: belles histoires
Subscribe
  • Post a new comment

    Error

    default userpic

    Your IP address will be recorded 

    When you submit the form an invisible reCAPTCHA check will be performed.
    You must follow the Privacy Policy and Google Terms of use.
  • 6 comments