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Une jolie histoire du temps jadis

Notre affaire se déroule en 1661. L'homme le plus puissant de France est alors, après le jeune roi Louix XIV (18 ans), Nicolas Fouquet, on dirait aujourd'hui qu'il était premier ministre. L'homme était fort riche, brillant, ami des arts, bref, il mène grand train, ce qui n'est pas une bonne idée. En outre, on lui prête (avec quelques bons arguments à l'appui de cette thèse) des envies de complot. Ne construit-il pas de ses deniers des forteresses sur les côtes, qui pourraient servir d'appui à une révolte armée contre la couronne ?

La chute du ministre est brutale : il est jeté en prison par d'Artagnan (oui, celui-là) et les juristes du roi préparent l'acte d'accusation, sous deux chefs : péculat (corruption) et lèse-majesté (complot). Deux crimes passibles de la mort. Mais l'homme a de la ressource ! Fouquet et ses avocats font du bon travail : face à un président du tribunal choisi pour sa haine de Fouquet plus que pour sa compétence financière, ils démontent l'accusation de péculat, démontrant qu'en face des possessions du ministre, il y avait une montagne de dettes, et que donc, il n'avait pas détourné l'or du roi. Pour ce qui est du lèse-majesté, si le pauvre Fouquet a laissé traîner quelques papiers compromettants, les preuves manquent pour démontrer la matérialité d'un réel complot.

La défense est si bien menée que Fouquet, jusque là peu apprécié des foules, va petit à petit accumuler des marques de soutien populaire ; l'absurde acharnement du roi et surtout de son ennemi Colbert - qui a pris sa place - dépassent en effet la mesure et choquent. Les Français, en effet, sont prompts à défendre ceux sur qui s'abat l'implacable vengeance de la toute-puissance publique. Il faut noter que malgré les pressions considérables qui pèsent sur eux, les membres du tribunal n'auront pas d'autre choix que d'infliger à Fouquet une peine modérée, désavouant ainsi Colbert et Louis XIV : dépouillé de ses biens, il sera exilé hors de France.

Fouquet peut-il souffler ? Hélas pour lui, la mesquinerie royale le poursuivra. Cassant l'avis du tribunal, il fera tout de même enfermer le pauvre homme dans quelque lointaine prison, où il mourra en 1680, prématuré symbole d'une tyrannie royale de moins en moins légitime. La bassesse du souverain ira jusqu'à briser la carrière des magistrats intègres qui avaient reconnu l'innocence de Fouquet, le plus éminent d'entre eux étant Olivier Le Fèvre d'Ormesson (ancêtre de Jean d'Ormesson). Car oui, en ce régime que l'on qualifie d'absolutisme royal, le roi en fait ne pouvait pas tout, et il s'était quand même dressé contre lui quelques hommes de bien plaçant au-dessus de leur intérêt propre et de la raison d'état le souci d'appliquer le droit.

C'est pour ça qu'on appelle ça "l'ancien régime".



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PS : saviez-vous que le second prénom de Louis XIV était Dieudonné ? LEL !
Tags: belles histoires
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