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Avec la rectitude barbue d'un capitaine de Titanic


Ce qui est le plus tragique dans cette histoire de quenelle, c'est l'absurde obstination d'un homme à s'enterrer lui-même sous un tas de merde. Valls est mort. Valls est fini, sa carrière est derrière lui. Il aura beau dire ou faire, la jeunesse n'oubliera pas que son arrogance de petit roquet gestapiste est sortie à la première occasion pour abattre toute la puissance de l'Etat sur la tête d'UN homme coupable d'un délit d'opinion. Le jour où un quidam légèrement banditiste se fait déchiqueter à la kalachnikov devant son fils de neuf ans dans les rues de Marseille, le Ministre de l'Intérieur a donc envoyé ses troupes sauver la République en perquisitionnant chez Dieudonné où ils ont trouvé 600 000 € en liquide, ce qui est un scandale. Paraît-il. Sauf que pour autant qu'on sache, ça n'a rien d'illégal d'avoir de l'argent chez soi. Et puis, comme dirait Cedric Klapisch, ce sont des sommes modestes.

Valls, donc, depuis le début de l'opération Quenelle Immuable, a perdu 7% d'opinions favorables dans la population. Pire, il a perdu 24% chez les jeunes. Or, si l'opinion des adultes fluctue au gré de l'actualité, l'opinion des jeunes est fixée une bonne fois pour toute par le premier spectacle que l'on a de la vie politique. En clair, dans dix ans, dans vingt ans, dans trente ans, quoi que puisse tenter Valls pour se racheter, quelles que puissent être ses réalisations et ses prises de positions, il restera toujours pour 24% d'une classe d'âge l'antéchrist qui a persécuté Dieudonné. Quand on sait à quoi se joue une élection, 24% d'une classe d'âge, c'est énorme.

Et de toute évidence, il n'a toujours pas compris ce qui lui arrive, Valls, alors retour sur le film des événements comme j'ai pu le reconstituer. C'est l'histoire d'un jeune politicien ambitieux et charismatique qui se retrouve, à force d'agitation, au Ministère de l'Intérieur. Un poste ô combien stratégique. Appliquant les mêmes recettes qui avaient porté Sarkozy au pouvoir, le voici que logiquement, il devient populaire. Très populaire, surtout par rapport au Président en titre, François Hollande. Tellement populaire qu'il a pu porter ombrage au monarque républicain. Hollande l'a-t-il poussé à brandir la flamberge et partir en croisade contre le maure de la Main d'Or, espérant l'y voir s'y perdre ? De toute évidence, cela fait bien son affaire de rabaisser celui qui, à gauche, était devenu de fait son principal rival. On peut ainsi interpréter le soutien appuyé et répété de Hollande à Valls. Il soutient l'action de son ministre, certes, mais souligne par là même que ce n'est pas la sienne.

Il y en a un autre dont ça fait bien les affaires : Jean-François Copé. Le patron de l'UMP se verrait bien à l'Elysée, il n'en fait pas mystère, et en 2017, il préfère affronter un Hollande carbonisé par cinq ans d'échecs à répétition plutôt qu'un Valls en forme. D'où le piège à con : un soir, Copé, des trémolos dans la voix, >> appelle Valls << pour lui faire part de son indignation. Il vient de découvrir sur le l'intewebz du net des vidéos antisémistres qui nous rappellent les heures les plus sombres de notre histoire, et sa sensibilité de juif outragé de la Shoah saigne à l'unisson des violons yiddish poï poï mazel tov. Il faut en finir avec le nazistre Dieudonné, Manu, dit alors Jeff, va, tel David, monte à l'assaut du monstrueux Philistin, armé de ta seule fronde, et abats d'un seul coup de ta terrible colère les ennemis du Peuple Elu ! Venge ceux de Sobibor, de Majdanek et de Treblinka, moi et mon parti, nous appuierons sans réserve ta noble cause (c'est plus ou moins en substance ce qu'il lui a dit). Aussitôt, le défenseur des minorités brimées (et Ministre des Cultes) saute sur l'occasion de briller aux yeux de l'opinion par sa fermeté intransigeante envers le ventre fécond dont est issu la bête immonde (et puis s'il peut récupérer pour lui un petit bout du mythique vote juif, ça peut pas faire de mal)

Ah, il doivent bien se marrer, >> Copé et Hollande <<, en lisant le baromètre Sofres. Bon, c'est vrai que c'est une reconstitution un peu hardie des faits, une extrapolation. Mais l'appel de Copé promettant son soutien à Valls a bien eu lieu, ce qui ouvre bien des perspectives à la rêverie politique. S'est-il objectivement entendu avec le Président pour envoyer un trublion fâcheux se perdre dans les marécages, ça, c'est une bonne question à laquelle les historiens répondront dans cinquante ans (normalement c'est le boulot des journalistes, mais en France on n'en a pas). Mais l'histoire de notre pays est riche de conjurations bien plus improbables, de journées des dupes tout aussi rocambolesques.

D'un certain point de vue, c'est dommage de voir une carrière politique prometteuse exploser en vol comme ça. Valls avait des qualités de meneur qui auraient pu être utiles à la France en ces temps troublés, qualités dont ni Copé, ni Hollande ne sont pourvus. Mais d'un autre côté, je ne peux m'empêcher de penser qu'un politique tombant dans un piège aussi grossier tendu de façon aussi visible par le chef de l'opposition démontre une intelligence politique déficiente, assez rédhibitoire pour exercer les plus hautes fonctions de la République.



Dans un autre ordre d'idée :

>> Que faire <<

J'ai vu cette intervention très importante de Kumi Naidoo, directeur de Greenpeace International, intitulée "Que faire". Je l'ai vue, et je l'ai écoutée avec la plus grande attention, mon stylo à la main. J'ai ainsi pu compter qu'en 11 minutes 19, Kumi Naidoo est parvenu à proférer 76 insignes conneries, ce qui le fait tourner à la vitesse tout à fait respectable de 6,7 bullshit/minutes. Il faudrait faire une thèse universitaire pour lister toutes les malhonnêtetés rhétoriques de ce discours bien étudié, comme l'appel systématique à l'autorité (allant d'Einstein à madame Naidoo mère, en passant par Gandhi et la CIA), les amalgames douteux, les citations hors de leur contexte, l'avenirdenosenfants, la répétition inlassable des mêmes arguments jusqu'à y faire adhérer de lassitude...

Mais je crois que le plus important dans cette vidéo, c'est la fin. On y entend monsieur Naidoo exhorter ses troupes à ne pas perdre patience, à croire encore et toujours à des lendemains qui chantent, à des victoires improbables contre le monde incrédule. Tout ceci me rappelle quand même beaucoup le discours qu'ont les gourous de sectes quand par malheur, les visions de fin du monde qu'ils ont eues dans leurs transes cannabiques s'avèrent ne pas s'être réalisées, et qu'ils se retrouvent à expliquer à leurs fidèles qu'à leur grand dam, ils sont toujours vivants et pas du tout en transit vers Vénus.

Lul.
Tags: la france qui coule
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