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Eloge de Pol Pot

Avec l'affaire Hollande-Gayet est ressortie - jusque dans les média anglo-saxons - la vieille théorie selon laquelle en France, la vie privée des hommes politiques n'intéressait pas les citoyens, et qu'il y avait à ce sujet un assez large consensus dans la population. Voici un crédo parfaitement débile. Évidemment que la vie privée des hommes politiques nous intéresse. Closer n'aurait pas doublé son tirage la semaine de "l'affaire" sans ça. La différence entre la France et les pays anglo-saxons, c'est que là bas, l'idée est assez répandue selon laquelle la liberté d'expression est le socle de toute démocratie. Ceci a deux conséquences :
1 - ça permet à la presse dite "people" de faire son boulot, à savoir exposer au grand jour la vie privée, souvent dissolue, de nos donneurs de leçon professionnels
2 - ça permet aussi que quand la presse interroge les gens sur "la vie privée des hommes politiques", elle se croit autorisée à interroger de vrais gens et pas un panel représentatif de l'oligarchie en place

Accessoirement, "la presse" ne risque pas de poser ce genre de question, puisque je vous le rappelle, "la presse", c'est le rebut de science-po, c'est à dire les frères et sœurs, les cousins, les petites copines et les dealers occasionnels des politiques et des financiers. Faudrait pas chagriner tonton Ernest-Antoine, n'est-ce pas ?

Alors j'ose le dire, si ce monsieur Hollande QUE JE PAYE va se taper des pouffes, j'estime que C'EST MES AFFAIRES et comme dans une démocratie qui se respecte, le peuple est souverain, c'est mon avis qui en toute bonne logique devrait primer. Mais nous ne sommes pas dans une démocratie qui se respecte, ni même plus dans une démocratie qui se chie dessus à 4h du mat, bourrée, dans le parking d'un Macumba du Pas-de-Calais. Nous ne sommes pas dans un état de fait usurpant le titre de République et qui n'a plus grand chose de français.

" Oui, mais alors, comment ça se fait que dans les sondages et les micro-trottoirs les gens disent le contraire ? " me demanderez-vous parce que vous êtes cons. C'est l'effet Goldorak.

Voici quelques années, notre Télévision d'Etat nationale que le monde nous envie faisait un sujet de merde sur les programmes pour enfants. C'était à l'époque de Dorothée, et des polémiques persavoniennes. Micro-trottoir : on interviewe des éducateurs, des professeurs, des parents inquiets... et bizarrement, une adorable petite fille.
" Tu aimes les dessins animés Japonais ?
- Non.
- Pourquoi ?
- Parce qu'ils sont violents.
- Et tu regardes quoi à la maison ?
- ... "
Mimique éloquente de la gamine. Évidemment, elle regardait les Chevaliers du Zodiaque et Dragon Ball, comme tout le monde. Et pourquoi avait-elle répondu qu'elle n'aimait pas ça ? Globalement, on peut décortiquer le fonctionnement de cette enfant en ces termes :
- Étant un enfant, elle faisait partie d'une classe dominée
- Elle en était parfaitement consciente
- Un représentant de la caste dominante(1) s'intéresse à elle !
- Quelle chance inespérée de briller, surtout ne pas dire de connerie
- C'est quoi la réponse socialement acceptable à cette question ?
- Ouais, j'ai eu bon...
L'enfant, interrogé par un représentant de l'autorité sociale, ne cherchera jamais à exprimer un ressenti personnel, mais exprimera toujours ce qu'il pense que l'autre veut entendre. Les gosses sont très forts pour ça. Ils sont programmés pour intégrer les codes sociaux et les régurgiter sans le moins du monde les remettre en question. C'est une question de survie pour eux, il faut qu'ils s'intègrent dans la société, c'est vital, d'où l'émission de pareilles absurdités. C'est débile, mais un quidam adulte pris dans la rue, vous lui mettez une caméra dans la gueule et un micro sous le nez, il fonctionne exactement pareil.

A ceci s'ajoute un biais assez connu je crois en psychologie : il y a des questions qu'on ne se pose pas. Je fus moi-même victime d'un sondage voici quelques années. On me demanda entre autres sujets ce que je pensais des nuggets surgelés. Je fis de mon mieux pour répondre, mais dans les faits, je n'en pensais rien : j'ignorais même l'existence de cette denrée avant qu'on ne m'interroge dessus. Si vous happez un monsieur Tartempion dans la rue, entre le métro et sa réunion de 9h15, pour lui demander ce qu'il pense des paparazzi, il y a gros à parier que la question était bien loin de ses préoccupations à ce moment là, qu'il n'y a peut-être jamais réfléchi vu qu'il n'est pas confronté au problème, et que, de fait, il n'a pas vraiment d'opinion sur le sujet. Du coup, pour faire une réponse intelligente et socialement acceptable, il va sans réfléchir ressortir ce qu'il a entendu dans le dernier entonnoir à merde qui aura déversé cette problématique dans ses oreilles. C'est à dire, fatalement, l'opinion autorisée de la classe dirigeante. De toute façon, c'est la seule façon de se faire entendre, il sait bien que s'il a une opinion déviante, il sera coupé au montage.

Bon, de toute évidence, je suis pas Chomsky, mais vous voyez un peu ce que je veux dire.

C'est pour ça que j'ai beaucoup d'admiration pour Pol Pot. Bon, c'est vrai que c'était une brute génocidaire doublé d'un fameux débile sectaire qui a ruiné son pays, à telle enseigne que ce fut sans doute la première fois dans l'histoire humaine que le renversement d'une autorité indigène par une invasion étrangère fut accueillie par les acclamations de la foule, mais j'ai quand même de la sympathie pour ce bonhomme qui eut le bon réflexe, le jour où il arriva au pouvoir à Phnom Penh, de liquider sur le champ tous les journalistes.


Notre document

1 ) Et même de la classe surdominante, puisque, en tant que journaliste, il surplombe ses parents, qui ne sont que des manants




Pretty accurate
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