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Fil collant

L'incertitude était presque insupportable. L'attente, la terrible attente... Viendrait-elle ? Comme il enviait l'araignée au milieu de sa toile, immobile pendant des heures, maîtresse d'elle-même. C'était le nom qu'il s'était choisi, l'Araignée, plus qu'un totem, un modèle, un but à atteindre. L'araignée qui attendait sans tressaillir, qui restait stoïque lorsque le moucheron se promenait sur sa toile, qui observait de ses multiples yeux la proie innocente se rapprocher, l'araignée attentive aux vibrations de son fil piège collant...

Oui, ce bruit, ce devait être elle. Un petit pas timide, dérangeant les rares graviers du parking souterrain. Elle était venue, finalement, sans doute un peu excitée, un peu craintive... si elle savait. Depuis sa cachette, dont il ne devait surtout pas sortir, non, surtout pas sortir, pas maintenant... Depuis sa cachette, il avait du mal à évaluer la distance. Il ne pouvait la voir, il ne pouvait que deviner sa présence. Était-elle derrière la première rangée de voitures, la deuxième ? Tournait-elle au coin du bac à sable ? Était-elle tout près des deux poubelles qui lui servaient de tanière ? Il hasarda un regard. Impossible de voir quoi que ce soit, il faisait trop sombre. C'était pour ça qu'il avait choisi cet endroit, d'ailleurs. Il avait garé son van à quelques pas, sous un des rares néons vaillants, un van bleu électrique immanquable, c'est là qu'il avait donné rendez-vous. Son piège était tendu, et la cible, la proie, s'en rapprochait inexorablement, poussée par cet instinct grégaire qui fait oublier tout sens commun aux jeunes filles de cet âge.

Mais qu'attendait-elle ? Allait-elle l'appeler ? Sortir de son silence ? Il pourrait la localiser, et la circonvenir de son fil collant, l'entourer, l’emmailloter, l'embarquer dans sa tanière, sa belle tanière bleue électrique, pour en disposer à sa convenance. Longuement. Oh, mais bien sûr, il avait toujours un moyen de briser ce voile de silence ! Il prit avec précaution son smartphone, se tourna pour que l'éclat de l'écran ne dévoile pas sa présence, et l'activa. Il chercha parmi ses messages le dernier qu'ils avaient échangé. Caroline. Caroline chérie. Il suffirait de lui envoyer un nouveau SMS, son téléphone sonnerait à la réception, ou au moins vibrerait, assez pour qu'il puisse la localiser. Il composa de ses doigts enfiévrés " JE T'ATTENDS, FAIS VITE ! V. ", puis, hésita, et effaça le message avant de recommencer. Plus crédible. " JE TATANS VIIIITE XDXDXD ! V. " Imparable. Il envoya le SMS. Mais de combien de temps aurait-il besoin pour attraper le réseau ? Ce parking était en béton... Soudain, un pas. Un autre. C'était à côté du van ! Juste à côté... Maintenant, il voyait une forme se déplacer. Il se pencha à ras de terre, observa des pieds sous les voitures. Le temps était venu ! Il sortit lentement de sa cachette, à pas de loup. Il se glissa derrière une Honda Civic, puis une vieille Mercedes, puis une Mégane. Entre la Renault et une camionnette hors d'âge, il y avait un boulevard, quatre mètres de long, avec le van bleu électrique en ligne de mire. Rien ne bougeait plus, la cible avait disparu.

OU

ETAIT

ELLE ???

Encore un léger frottement, tout près, tout près. De l'autre côté de la camionnette. Vous savez, ce genre de camionnette en tôle ondulée, peinte en blanc et rouille, avec encore des vignettes hexagonales collées sur le pare-brise, qui servent à des maraîchers et des plombiers au black. Elle était là, Caroline chérie. A trois mètres de son destin... L'Araignée savoura l'instant, la tension faisait battre son cœur si vite qu'il se crut défaillir, et pourtant, il maîtrisait, IL MAÎTRISAIT ! Le fil collant ! C'était le moment de sortir le fil collant de l'araignée... Il le sentait dans sa main, il le sentait, souple mais indestructible, piège dont on ne pouvait s'échapper... Là, le moment, le moment...

L'Araignée bondit prestement dans l'allée du parking, et dans un même mouvement, dévida un bon mètre de son scotch de déménageur pour faire face à sa victime effarée, perdue... Sauf qu'il y avait maldonne. En face de lui se trouvait un quinquagénaire chauve et moustachu, de taille moyenne, avec trente kilos de trop, revêtu d'un bleu de travail sur lequel il avait passé une combinaison en plastique transparente, du genre de celles qu'on utilise pour peindre les voitures à la bombe. Dans sa main droite, il brandissait un gourdin de caoutchouc noir luisant d'une vingtaine de centimètres de long. Dans la gauche, un grand sac de jute traînant par terre.

Les deux hommes se contemplèrent, interdits, un petit moment.

Une poche du bleu de travail se fit alors à faire un sonore "bzzzz-bzzzz".

" Caroline ? 13 ans ? Montargis ? Fan de One Direction ?
- Vanessa ? 13 ans aussi ? Créteil ? Tes parents c'est trop des boulets ?
- Hmmm... C'est embarrassant... "

Vanessa et Caroline trouveront-ils l'amour ce soir ? Vous le saurez bientôt dans les suite des aventures des Fantastic Pedoes...
Tags: textes divers
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