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Libre et non faussée



Comme tout le monde, l'an dernier, j'ai reçu ma constitution européenne, j'ai lu (essayé de lire) la chose, j'ai vite compris qu'on se foutait de ma gueule et j'ai voté non. Vous vous souvenez de ce que disaient les ouiouistes ? Vous vous souvenez de l'assourdissante arrogance politico-médiatico-patronale du "faut voter oui parce que c'est la seule solution" ? C'était le discours dominant avant le référendum, et bizarrement, bien que le résultat du scrutin démocratique fut écrasant, ça a aussi été le discours dominant après le référendum. Quand je dis que c'était le discours dominant, c'est parce que ça n'a pas été le discours unique. Il y a eu des ouiouistes dignes. Par exemple, je vous prie de prendre connaissance de cette réaction de monsieur Bernard Bot. Voici quelqu'un qui, sans renier son engagement, sait prendre acte du résultat des urnes, et appelle au dialogue pour construire quelque chose. C'est un bel exemple de texte politique, au sens le plus noble du terme.



"En France comme aux Pays-Bas, une forte majorité de la population a rejeté le traité constitutionnel européen par voie de référendum. Et pourtant, ni les Néerlandais ni les Français ne sont devenus tout à coup anti-européens. Diverses études montrent que le non à la Constitution européenne n'est pas l'expression d'un rejet de l'idée européenne, mais plutôt l'émanation d'inquiétudes de citoyens qui se sentent trop peu impliqués. C'est donc la façon qui est en cause plutôt que l'idée européenne.

Les gens, à l'exception de quelques initiés, comprennent rarement la raison des décisions prises à Bruxelles. Elles tombent, mais bien peu de gens se sentent concernés, et encore moins estiment avoir été consultés. Tout se passe comme si les citoyens de l'Europe participaient à un voyage dont ils ne connaissent ni l'itinéraire, ni la destination. En même temps, la plupart des Européens veulent une Europe forte et solidaire qui puisse défendre nos valeurs et nos intérêts sur la scène mondiale.

L'heure est donc venue de s'arrêter aux préoccupations des hommes et des femmes qui, aux Pays-Bas, en France et ailleurs, se sentent Européens, mais ne « sentent » pas cette Europe qu'on leur a proposée dans le projet de Constitution. C'est ce qui a amené le Conseil européen à prendre l'heureuse initiative d'ouvrir une période de réflexion et de débat sur l'avenir de notre maison Europe.

Il serait regrettable que cette réflexion ne soit qu'une vaine tentative de relancer une Constitution d'ores et déjà rejetée par les Français et les Néerlandais. Aux Pays-Bas, le texte de la Constitution ne sera pas présenté une nouvelle fois au Parlement.

Mieux vaut utiliser cette période pour revenir aux questions qui appellent des réponses européennes. Comment pérenniser notre prospérité ? Comment veiller à notre sécurité à l'intérieur de nos frontières communes et en dehors de celles-ci ? Comment gérer l'immigration clandestine et le trafic des personnes ? Quelles relations voulons-nous avoir avec les puissances émergentes en Asie ? Comment assurer notre approvisionnement en énergie ? Comment combattre le réchauffement climatique ? Voilà des problèmes qu'aucun État membre ne peut résoudre à lui tout seul. Voilà donc quels doivent être les thèmes de cette période de réflexion.

Mais chaque question ne nécessite pas une réponse européenne. Notre credo doit être : régler au niveau national ce qui peut l'être, régler au niveau européen ce qui doit l'être. Nous devons donc veiller à ce que certains domaines restent réservés à la politique nationale, c'est-à-dire à mieux respecter le principe de subsidiarité. Le projet de Constitution prévoyait que tel serait le cas pour la fiscalité, la politique sociale, la santé et, en partie, la politique étrangère et la défense. Il convient aussi de s'interroger sur les possibilités de « renationaliser » certains domaines qui relèvent de l'Europe. Il n'y a là ni cynisme ni opportunisme de ma part, mais uniquement la ferme volonté de préserver, et même d'élargir, le soutien de nos populations à la coopération européenne. En novembre, les Pays Bas et le Royaume-Uni organiseront, à La Haye, une conférence sur la subsidiarité qui marquera l'ouverture du débat sur les compétences de l'Union. Mais il ne s'agit pas seulement de convenir de régler telle ou telle question au niveau européen, il faut aussi veiller à ce que l'action communautaire ne soit pas disproportionnée au regard de l'objectif. La subsidiarité ne suffit donc pas, le principe de « proportionnalité » doit aussi être respecté.

Alors, de grâce, que l'Europe ne s'occupe plus des dimensions des paquets de café ! Mais félicitons-nous, en revanche, que l'Union européenne ait rapidement fixé une norme commune en matière de téléphonie mobile, grâce à laquelle nos portables fonctionnent aussi bien à Stockholm qu'à Athènes. Aux États-Unis, la coexistence, durant de nombreuses années, de systèmes différents a longtemps privé l'usager américain d'une telle possibilité.

Jean Monnet, l'un des artisans du projet européen, distinguait deux sortes de dynamiques : la dynamique de la peur et celle de l'espoir. Alors que, pendant des décennies, c'est l'espoir qui a guidé nos pas et ceux de l'Europe, il semble que nous soyons aujourd'hui sous l'emprise de la peur. L'Europe doit s'arracher à cette emprise, car la peur peut engendrer la paralysie.

L'Europe est à la fois une fin et un moyen, un intérêt et un idéal. Elle exige un engagement permanent de ses Etats membres, guidés par la confiance en leurs propres capacités et par la volonté d'investir dans l'intérêt général. Profitons de cette période de réflexion pour réinsuffler la dynamique de l'espoir dans la coopération européenne."




Au fait, qui est Bernard Bot ? C'est le ministre néerlandais des Affaires Etrangères. Bien entendu, il était hors de question de lire de tels propos sous la plume de nos politiciens locaux. Pour les Français, c'est trop bon. Et puis ça fait réfléchir, ça ouvre des perspectives. Ca donne envie de s'intéresser à la construction Européenne. Ils sont trop cons pour comprendre, les Français. Alors nous, on a eu droit au mépris : "les Français sont des imbéciles", "les Français n'ont rien compris", "les Français confondent tout", "ces fainéants nous font payer le lundi de Pentecôte", "salaud de peuple". On a eu droit aux leçons de morale : "les libéraux ont gagné", "c'est l'Europe qu'on assassine", "Blair est ravi, Bush orgasme", "l'A380 va s'écraser".

Par contre, les discours adultes et responsables, ça, on les a peu entendus.
Tags: opinion
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