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Alors j'ai une théorie qui vaut ce qu'elle vaut

C'est juste une théorie, hein, mais elle expliquerait pourquoi on en est arrivés à confier des fonctions officielles à >> ce genre guignols << et par percolation, ça expliquerait aussi comment un pays qui était la 4e économie du monde, avec tous les atouts pour lui, un vrai projet de civilisation et un avenir prometteur est devenu en quarante ans une bauge pleine de merde dont tout individu sensé veut se tirer.

Ma théorie est la suivante. Au début du XXe siècle, la population Française était dans l'ensemble une population rurale, populaire, peu éduquée. La communale donnait à tous les moyens de lire, écrire et compter, savoir les chef-lieux des départements et la date de la bataille d'Azincourt, mais sorti de là, les Français étaient plus ou moins des illettrés. Avoir son certificat d'étude vous posait comme l'intellectuel du village, aller au lycée et avoir son baccalauréat faisait de vous un monsieur, aller à l'université n'était certes pas donné à tout le monde. L'étudiant était une figure, un statut qui se méritait. Un ingénieur, c'était un notable. Bref, tous ces métiers fortement qualifiés manquaient de main d’œuvre. C'est dans cette classe savante, numériquement faible, que se recrutait fort logiquement l'élite dirigeante qui disposait, de par le fait, d'une légitimité certaine à diriger. On ne peut pas demander d'être ambassadeur à un individu qui ignore tout de la géographie et maîtrise à peine le français, sorti de son patois. Tout le monde acquiesçait donc implicitement à cette situation.

Après la seconde guerre mondiale, le pays étant à reconstruire de fond en combles, on a eu besoin d'une grande quantité d'ingénieurs, de techniciens qualifiés, de chercheurs, d'administrateurs, de comptables... que la structure de l'Education Nationale et de l'Enseignement Supérieur n'était pas en mesure de fournir. On a donc massifié l’enseignement. En outre, l'accès à la culture s'est démocratisé. Les livres, les journaux, la télévision, internet, tous ces canaux permettent à n'importe qui, quels que soient ses moyens, d'accéder à des sources d'information sans commune mesure avec ce qui aurait fait rêver un universitaire de jadis. Du coup, le niveau intellectuel moyen du peuple Français s'est considérablement élevé.

Dans le même temps, la classe dirigeante a elle aussi évolué. Songez que jadis, un homme politique Français se devait d'avoir des lettres, voire, si possible, d'écrire lui-même. De Gaulle eut ses mémoires (et il avait des choses à raconter), Pompidou était esthète et prof de lettres, Giscard eut lui aussi ses prétentions littéraires (il est Académiciens, rappelons-le), Mitterrand ne manqua pas de taquiner les muses, et même Chirac manifesta quelque curiosité intellectuelle dans le domaine anthropologique. Ceci posé, peut-on me dire en quoi Nicolas Sarkozy ou François Hollande ont pu manifester une quelconque activité intellectuelle en dehors du champ strictement politico-politicien ? On mesure là qu'il y a eu une légère perte de qualité, non ? Eh bien, elle touche tout le personnel dirigeante, et elle n'est pas due au hasard. Elle est due au fait que, pour accéder à la classe dirigeante en France, il ne sert plus à rien d'être bon en maths, fort en géographie, incollable sur les déclinaisons latines ou de pouvoir citer Montaigne à bon escient. Il suffit d'être issu de parents appartenant à la classe dirigeante.

La guerre, l'occupation, la collaboration, l'épuration, ont eu le mérite de brasser la classe dirigeante de la IIIe république, et de faire émerger une population entièrement nouvelle de personnes issues de la "société civile" résistante, dotées d'un certain sens moral et de qualités intellectuelles supérieures. Hélas, depuis lors, ces gens se sont surtout beaucoup reproduits entre eux, et avec les rejetons de la classe dirigeante d'avant-guerre, pour donner naissance à notre "race des seigneurs" actuelle. Deux ou trois générations plus tard, la morgue aristocratique a remplacé la juste fierté de celui qui connaît ses qualités, le mépris du peuple a remplacé le sens de l'intérêt public, le cynisme a remplacé l'intelligence.

A telle enseigne qu'à mon sens, il y a un bon moment que les deux courbes se sont croisées. Je pense, en effet, que la classe au pouvoir se caractérise par un niveau culturel et moral inférieur à celui du reste de la population, et qu'une collection d'individus pris au hasard sur les listes électorales ferait un meilleur gouvernement que les branquignols promoteurs de cette démocrature dont ils sont si satisfaits.
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