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♫ ♪ And my name is Misery ♪ ♫




Ce n'est pas la première fois je crois que je vous fais part de mes inquiétudes quant à l'économie Française. Il est vrai que je me suis éveillé à la vie civique dans les années 70, à l'époque où on parlait déjà de crise, du problème dramatique du chômage qui touchait un million de personnes, on commençait même à voir des gens avec un baccalauréat qui restaient deux, trois mois sans trouver d'emploi, vous imaginez ça ? J'ai toujours entendu des prévisions apocalyptiques sur l'inflation, le chômage, les salaires, le nombre de précaires, de mal-logés, les plans sociaux, les fermetures d'usines. Toute ma vie, j'ai eu ce déprimant écho en bruit de fond, mais en grattant un peu sous la surface du sensationnalisme à deux balles pour nourjaleux de merde, on trouvait toujours matière à espérer tout de même. Certes, le franc était dévalué, mais la France était le troisième exportateur mondial. Certes, le pétrole montait, mais le pays ne manquait pas d'entrepreneurs prêts à relever des défis, à créer des entreprises en France.

Mais aujourd'hui, je ne ressens plus rien de tout ça, et je commence à comprendre des notions qui m'étaient jusque là étrangères, telles que l'abandon moral. C'est comme si d'un coup, toute l'énergie qui avait permis au peuple de France de surmonter tant d'épreuves avait fini par s'épuiser. Il n'y a plus rien. Qu'un magasin ferme, il reste un an en jachère. Qu'on construise une tour de bureaux, elle restera dix ans inoccupée. Le moindre chantier d'équipement prend vingt, trente ans, sans que ces délais n'émeuvent personne. Il n'y a plus d'argent nulle part, si ce n'est celui que nous empruntons encore aux générations futures. Mais les générations futures, elles se barrent à l'étranger pour ne pas avoir à payer ces dettes, et on les comprend. Et alors qu'on s'apprête à célébrer le courage des poilus de 14, nous sommes de moins en moins nombreux à pouvoir comprendre l'élan patriotique qui les a menés à partir combattre des années durant dans des conditions atroces. Dans une France où des gens sont arrêtés pour avoir chanté la marseillaise, dans un pays où le mot "national" est devenu une insulte, l'idée même d'attachement à son pays semble être devenue totalement étrangère à des strates entières de la société, à commencer par nos élites. Toute forme de patriotisme est moquée, et a laissé la place au cynisme.

C'est bien sûr dans le domaine économique que le mal est le plus évident, car il devient de plus en plus difficile de faire mentir les chiffres. Chaque semaine, la conviction sapinesque que "ce n'est pas grave" est battue en brèche par un plan social, une faillite, le rachat d'un "fleuron national" jadis prospère. On parle d'Alstom, évidemment, mais qui parmi vous a prêté attention au fait que Pechiney n'existait plus depuis dix ans ? Qui se soucie que les sièges sociaux de la Défense se vident, petit à petit, de services entiers qui partent en Angleterre ou aux Pays-Bas ? Quel genre d'imbécile, de nos jours, risquerait un million d'euros de son argent pour monter une entreprise dans ce pays maudit ? Bien sûr, les entreprises, ça bouge, ça change, ça meurt, c'est le capitalisme. Mais dans une économie normale, une entreprise qui disparaît laisse de la place à d'autres qui grandissent pour prendre sa place. En France, quand une grande entreprise meurt, elle ne laisse qu'une friche, une ruine stérile, entraînant avec elle la cohorte de ses sous-traitants et une bonne partie de ses clients. Et encore ne parle-t-on que de la partie émergée de l'iceberg. La force d'une économie réside dans le tissus de ses PME. C'est tous les jours que, dans la discrétion, sans émouvoir Arnoeud Montembour, des PME mettent la clé sous la porte, pour n'être remplacées par rien. C'est un moindre mal, encore, quand cette société attire la convoitise de tel ou tel groupe étranger qui finira par la racheter, la découper, la rationaliser ou n'en garder que les machines et quelques ingénieurs et commerciaux clés.

On va prendre un exemple pour mieux comprendre. Vous ne connaissez sûrement pas ERMO. C'est une entreprise moyenne de la Mayenne qui fabrique des moules pour l'industrie. Dans ces moules, on coule toutes sortes de choses en verre ou en plastique, des flacons, des jouets, que sais-je. Bon, ERMO est confrontée aux mêmes difficultés que toutes les entreprises industrielles de l'hexagone, la concurrence à bas coût du tiers-monde, une Europe qui devait nous protéger et ne fait que nous enfoncer, un Etat-sangsue à la soif d'impôts inextinguible, bref, la société vivote, mais ne se développe pas comme elle le devrait. Alors un beau jour, le patron, sans doute lassé d'être harcelé par le contrôleur du fisc le matin et le délégué CGT le soir, décide de vendre à un Italien qui passe. Que va devenir sa société, une des seules à faire ce genre de moules en France, dans le giron d'un groupe Italien ? Oh, ça sent la synergie à dégager tout ça. Nous avons tous, nous, Français, à perdre à voir une partie de notre patrimoine industriel s'en aller se faire dorer la pilule au bord de l'Adriatique. Les salariés ne sont pas les seuls concernés, nous savons bien qu'aucun mouliste ne remplacera ERMO de sitôt. Qui y a gagné ? Sûrement pas les le personnel, sûrement pas le patron qui aurait sans doute préféré poursuivre son aventure industrielle, sûrement pas les collectivités locales qui, en cas de réduction d'activité, verront leur assiette fiscale fondre d'un coup, pas Montebourg... Tout juste quelques salopards de spéculateurs qui auront profiteront du retrait obligatoire prévu par la loi pour sortir du dossier avec 173% de plus-value.

Tiens, ça me fait pleurer.


snif

Tiens, je pleure tellement ma misère, j'ai envie de chanter le blues. A votre avis, >> cette pelle <<, elle serait appropriée ? Pour chanter ma misère, tout ça.
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