aspexplorer (aspexplorer) wrote,
aspexplorer
aspexplorer

Armée de tantes

A l'armée, j'ai plus souvent qu'à mon tour chanté "le Mercenaire".

Le Mercenaire

Qu'est-ce que je suis sur cette terre ?
Un homme qui est prêt à mourir (prêt à mourir)
Un homme qu'on appelle Mercenaire
Qui sait servir et sait souffrir (et sait souffrir)
Que m'importe cette vie
Pourvu qu'elle soit à mon idée (à mon idée)
Peu m'importent toutes les filles
Que je n'ai jamais su aimer (oui su aimer)

Elle était blonde, elle était belle,
Et puis un jour elle est partie (elle est partie)
En emportant tout derrière elle
Mon coeur, mon amour et ma vie (oui et ma vie)
Et quand je partirai en guerre
Le coeur triste, toujours devant (toujours devant)
Je penserai encore à elle
Avant d'crever pour l'régiment (pour l'régiment)

Ô femme qui est restée fidèle
Ecoute ce chant et réfléchis (et réfléchis)
Ne brise pas d'un coup de tête
Un amour et toute une vie (toute une vie)
Pense à ce pauvre Mercenaire
Mort pour se libérer (se libérer)
Pense aussi qu'il était fier
Et qu'c'est une femme qui l'a tué (qui l'a tué)


La question n'est pas de discuter les qualités de l'écriture, ni l'habitude très militaire de prononcer la liaision mal t'a propos dans "Et quand je partirai z'en guerre". Mais j'ai récemment appris que "le Mercenaire" était maintenant interdit dans l'armée Française. Pourquoi ? Mais parce que le mot "mercenaire" est tabou. Il n'y a pas de mercenaires dans l'armée (même si à l'évidence, "Mercenaire" est le surnom du gars et non sa profession). Donc, des bonnes âmes ont renommé le chant en "le Volontaire". J'ai la flemme de vous le poster, faites simplement un ctrl-h avec Mercenaire et Volontaire, et voilà...

Le peloton d'à côté avait une autre chanson, que je trouvais plus jolie. Ça s'appelait "la petite piste".

La petite piste

Combien d’fois l’a t’on parcourue
Cette petite piste
Traversant la lande herbue
Lorsque le jour se lève.
En écoutant le rythme
De la chanson intime

Oh ! oh ! oh ! porteurs
Et ascaris aïdo, aïdo aïe safari.
Oh porteurs, et ascaris aïdo, aïdo aïe safari

Et quand un jour nous partirons
Pour le dernier voyage
Chantez-nous cette chanson
Comme un dernier hommage.
Et s’il ne pleure personne
Que Dieu nous le pardonne

Oh ! oh ! oh ! porteurs
Et ascaris aïdo, aïdo aïe safari.
Oh porteurs, et ascaris aïdo, aïdo aïe safari


Interdite aussi. Pourquoi ? Les paroles ne comprennent pas "le mot en M", ni rien d'offensant pour quiconque. C'est juste que ce chant a une histoire : il évoque l'épopée du général allemand Paul Emil Lettow-Vorbeck durant la première guerre mondiale, dans les colonies africaines de la couronne Britannique. Ce remarquable officier, à la tête d'une troupe indigène (les porteurs et ascaris), parvint à tenir tête à l'ennemi et à faire divers coups de main, obligeant la Grande-Bretagne à détourner nombre de troupes du front principal. Et alors ? Et alors le chant en question, dans sa version originale en allemand, fut beaucoup chanté durant le second conflit mondial par la wermacht et la waffen-SS, on dit même que c'était le chant militaire préféré du maréchal Rommel (qui lui aussi s'illustra pas mal en Afrique). Pouah ! Quelle horreur, un chant nazi ! Pas étonnant qu'on l'ait interdit.

Mais au fait, comment est-elle arrivé dans le répertoire de l'Armée Française, cette chanson boche ? Eh bien, il fut un temps où l'Armée Française ne faisait pas tant la dégoûtée. A la fin de la guerre, pas mal de jeunes Allemands n'avaient connu de la vie que la guerre et les jeunesses hitlériennes, n'avaient plus de famille au pays, ou alors dans la zone soviétique, où pour diverses raisons, ils n'avaient peut-être pas très envie de retourner. Au même moment, la France s'inquiétait pour son empire colonial, et pour l'Indochine en particulier. Et comme la vocation militaire se faisait rare au sortir d'une guerre atroce, l'un dans l'autre, on donna un petit coup de jeune à la vieille institution de la Légion Etrangère, qui en quelques mois se germanisa considérablement. L'Allemand est excellent soldat. Il marche au pas, il chante bien et il repasse son uniforme. Et puis un gars qui a passé cinq ans à combattre le bolchévique dans les steppes russes, il n'y a pas besoin de lui expliquer le film pendant des plombes, il sait déjà se servir d'un fusil. Bref, pendant que la jeunesse française profitait de la paix et de la tranquilité de la métropole, des anciens de la waffen-SS se faisaient trouer la peau à Dien-Bien-Phu en chantant "ich hatte eine kamarade", "contre les viets" ou "la petite piste".

Mais de nos jours, l'armée a bien d'autres choses à faire qu'assumer son passé et rendre justice à ces combattants qui firent bien son affaire à une certaine époque. L'armée a un plan com'. Il faut recruter. Il ne faut pas faire peur aux civils qui ne comprendraient pas certaines choses. Bref, l'armée est une entreprise comme une autre, où on badge à l'entrée, on ne fume pas dans les couloirs, on ne parle pas aux journalistes et on évite autant que possible d'avoir des couilles.
Tags: opinion
Subscribe
  • Post a new comment

    Error

    default userpic

    Your IP address will be recorded 

    When you submit the form an invisible reCAPTCHA check will be performed.
    You must follow the Privacy Policy and Google Terms of use.
  • 10 comments