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Allons enfants de la patrie


Récemment, Lambert Wilson émit l'opinion que s'il respectait la Marseillaise et ce qu'elle représentait, il avait en horreur ses paroles, indignes d'une France partie intégrante de l'Union Européenne. En effet, pour lui, les paroles "qu'un sang impur abreuve nos sillons" sont d'un autre temps. Tu as raison, Lambert - permet que je te tutoie, après tout nous allons à la même salle de sport. Tu as raison, ces paroles sont d'un autre temps, et c'est la raison pour lesquelles tu ne les as pas comprises. Je m'en vais donc t'en faire l'exégèse.

Je comprends tout à fait que l'on puisse être révulsé par cette expression de "sang impur" qui nous ramène aux heureselesplussombresdenotrehistoire, mais il ne faut quand même pas faire d'anachronisme : Rouget de Lisle n'était pas nazi, il s'en fallut d'un siècle et demie. Le sang impur dont il est ici question, ce n'est pas celui d'un ennemi étranger, inférieur de par sa race. De même, si les sillons dont il est question ne sont sûrement pas ceux d'un disque vinyle, il ne s'agit pas non plus de ceux que laisse la charrue dans la terre meuble.

Il faut se remettre dans le contexte. A l'époque où la Marseillaise fut écrite, il était commun de croire à la théorie des humeurs. Savants comme gens du peuple estimaient que le corps était parcouru par quatre fluides, les humeurs, qui étaient le sang, le phlegme, la bile jaune et la bile noire. La bonne santé était assurée par la bonne circulation, la bonne qualité et les bonnes quantités de ces fluides dans le corps. De ces croyances tombées en désuétude, il ne reste aujourd'hui que quelques expressions telles que "tempérament sanguin", "tempérament phlegmatique", "atrabilaire", "mélancolie", ou plus couramment, bonne ou mauvaise humeur. Les anciens pensaient aussi que nombre de maladies étaient causées, ou causaient elles-mêmes, une diminution de la qualité du sang, d'où l'usage de la saignée pour aider à sa régénération. Cette idée provenait du sentiment largement partagé que la fatigue physique se traduisait par une altération du sang, qui se régénérait par un bon repas et une nuit de sommeil (idée pas forcément sotte).

Sachant cela, on comprend que le sang supposé impur, c'est celui des patriotes, chargé d'impuretés de par le fait qu'ils marchent beaucoup (marchons, marchons, qu'un sang impur...) Les sillons dont il est question ne sont ici que les veines des marcheurs charriant ce liquide. Le refrain de la Marseillaise signifie donc, en substance, "attrapez vos fusils, groupez-vous, et bougez-vous le cul jusqu'à être crevés", ce qui est tout à fait dans la tradition des chants militaires. Une thématique qui devait immédiatement parler à son public, car à l'origine, la Marseillaise était une marche militaire, c'est à dire un chant destiné à soutenir le moral et la cadence des colonnes en mouvement. "Marchons, marchons", c'est l'équivalent de "douze kilomètres à pied, ça use ça use".

L'interprétation sanguinaire du refrain est d'ailleurs en totale opposition avec le cinquième couplet de la chanson :

Français, en guerriers magnanimes,
Portez ou retenez vos coups !
Epargnez ces tristes victimes,
A regret s’armant contre nous.
A regret s’armant contre nous.
Mais les despotes sanguinaires,
Mais les complices de Bouillé,
Tous ces tigres qui, sans pitié,
Déchirent le sein de leur mère !

Il n'est pas question ici, pour le soldat Français, de conquérir les terres de quelque Prussien pour le soumettre à la loi d'une race française supérieure. Au contraire, si le sans-culotte se bat, c'est aussi et avant tout pour libérer les autres peuples de la tyrannie des rois. Il faut se souvenir qu'à l'époque, parler de despotes sanguinaires pour désigner les souverains n'était pas qu'une vue de l'esprit ou une rhétorique facile. En nombre de contrées d'Europe de l'Est, on pratiquait encore le servage, la corvée, le pilori et toutes sortes de médiévalités qui ne furent abolies que par le code napoléonien.

Si les Français sont fiers de leur hymne national, c'est donc à juste titre, et ils peuvent s'ennorgueillir de le clamer dans les stades. C'est un chant révolutionnaire au sens le plus vrai du terme, qui proclame l'universalité de la liberté et la fraternité entre les hommes, et il n'est pas très étonnant que la caste des pourritures ignares qui nous gouverne veuille à toute force en modifier les paroles. En 2014, Rouget dérange encore.


Sinon pour répondre à la question d'hier, je suis tombé sur l'ami Ashtar Sheran suite à une malencontreuse recherche qui n'avait rien à voir. En effet, au hasard de mes pèlerinégri... bref, je traînais sur jewtube quand je tombe sur des vidéos de "dungeon master 2", jeu paléolithique. Je regarde ça puis, une chose en entraînant une autre, je glisse sur "dungeon keeper", autre classique des années 90. A la fin d'une partie, les héros du bien se rassemblaient sous la bannière d'un héros, le Grand Seigneur, et venaient vous foutre la pâtée (vous étiez le seigneur du mal). L'IA du jeu s'écriait alors "Le grand seigneur approche".

Souhaitant retrouver le son familier de cet avertissement, j'avais fait cette recherche, et c'est ainsi que je suis tombé sur les zozos d'Ashtar Sheran. Notez que le gusse n'est pas un nouveau venu, puisque ça fait 60 ans que les gogologues (principalement Brésiliens) nous bassinent avec la venue imminente du mec. A consulter >> ce site << et son département graphique (visages), qui vous convaincra qu'on a moins affaire à une secte qu'à une sorte assez poussée de fan-fiction.
Tags: belles histoires
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