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Vas-y, va te battre, on te regarde

Nous célébrons dans une semaine les 70 ans du débarquement des troupes alliées en Normandie. A cette occasion, il est bon de revenir sur les événements du passé, qui peut-être éclaireront d'une lumière particulière l'actualité.

Donc, les alliés envisageaient de débarquer, et parmi eux, les Américains avaient le contingent le plus important. Pour mener le premier assaut, les stratèges du Pentagone avaient décidé d'utiliser de nouvelles unités, créées pour l'occasion.

Ça peut sembler surprenant, parce que cela impliquait que les premiers à poser le pied en France seraient des troupes novices. C'était assez contre-intuitif. Il s'agissait de l'opération militaire la plus importante de l'histoire Américaine, le bon sens incitait à envoyer les meilleures troupes, des commandos, des chiens de guerre. Ce n'étaient pas les troupes aguerries qui manquaient, les Américains avaient accumulé, en 44, une solide expérience des débarquements, en Afrique du Nord, en Sicile, en Italie, dans les îles du Pacifique, les spécialistes compétents ne manquaient pas. Pourquoi prendre le risque d'y envoyer des bleu-bites à peine sortis de leur Arkansas natal, jetés par-dessus l'Atlantique, longuement entraînés en Angleterre, mais n'ayant aucune expérience du combat ?

Ben justement, ils n'avaient aucune expérience, c'était ça le truc. Les Américains étaient en avance sur le reste du monde dans divers domaines, et en particulier en psychologie. Et on commençait à étudier la psychologie du combattant, pour d'évidentes raisons d'efficacité opérationnelle. Et il se trouve qu'on s'était aperçu d'un truc : le courage, ça sert une fois. Bien sûr, il existe des pleutres qui se jettent dans un trou au premier coup de feu, et des psychopathes qui se lancent à l'assaut baïonnette au vent dès que l'occasion s'en présente, mais dans l'ensemble, le combattant moyen, en particulier s'il est en larges groupes solidaires, ne fait preuve de ce qu'on appelle le courage martial que la première fois. On lui bourre le mou avec des histoires de sacrifice, de patrie, de devoir, on l'entraîne, on le dresse, on le met dans un environnement hautement hiérarchisé, on le conditionne, et il est prêt pour la bataille. Il s'y comporte, en général, comme on l'attend. Puis s'il survit, il devient un soldat expérimenté, c'est à dire qu'il acquiert principalement de l'expérience dans l'art de SURVIVRE à une bataille, et non pas de la remporter. Car, dans le chaos des combats, c'est généralement la seule chose qui importe au combattant ayant l'expérience du feu : trouver un moyen de survivre.

Ça n'en fait pas un mauvais combattant pour autant. Par exemple en 14, l'aptitude des troufions à survivre a permis à notre armée de tenir face à des forces supérieures en nombre. Des troupes plus enthousiastes seraient montées à l'assaut des nids de mitrailleuses boches la fleur au fusil, et se seraient faites hacher dans la boue. Dans un conflit total qui s'est gagné à l'attrition, l'absence de combattivité permet de préserver ses forces. Il y a maint tactiques, qui ne sont guère enseignées à l’École de Guerre, mais que les troufions redécouvrent avec délice à chaque tuerie. A la guerre, on apprend vite qu'un ordre, avant de s'exécuter, ça s’interprète, au mieux de ses intérêts. On apprend à composer avec l'ennemi, on se balance quelques obus à onze heures pétante, histoire que tout le monde trouve le chemin des abris en temps et en heure, et quand l'averse est passée, on va à la soupe. Bref, on s'adapte à l'environnement, en espérant vaguement gagner à la fin.

Mais c'était pas le sujet du débarquement. Là, il fallait des prêtres de la mort, donc on a envoyé Johnny, avec la paille de sa grange encore accrochée à ses cheveux, l'assaut des bunkers nazis d'Omaha Beach. En toute connaissance de cause, parce qu'on savait que ces gens ne savaient pas ce qu'ils faisaient. S'ils l'avaient su, ils ne l'auraient tout simplement pas fait.

C'est à ça que ça sert les jeunes, c'est naïf, c'est facile à embobiner, ça fait le sale boulot sans réfléchir.


C'est la réflexion que je me faisais hier en traversant les rangs assez clairsemés des zétudiants-zé-lycéens apolitiques* contre le péril fasciste qui nous menace, et qui remplissait éparsement un quart de la place de la République.

* "Surtout n'oublie pas de dire apolitique" (consigne du conseiller en com du PS au leader lycéen)


Sinon, mesdames*, un article d'une >> insigne goujaterie << et un commentaire d'Asp Explorer qui ne l'est pas moins : " Maintenant, y'a plus qu'à l'appeler 'Numéro Quinze et demie' ah ah ah !"

* Et ne me faites pas le coup du féminisme indigné, je connais les tréfonds de votre âme, je sais que vous vous dites "ah ben quand même, elle a morflé elle aussi, bien fait".
Tags: belles histoires
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