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Certains jours dans l'année...

Je ne sais ce qui est le plus embarrassant, que le Président français fasse la manche à Berlin, ou qu'il s'y prenne un coup de pied au cul.

C'est bizarre, le Hollande avait promis de repasser le déficit sous les 3% du PIB, ce qui est déjà en soi un objectif insuffisant (un pays bien géré, c'est un pays qui non seulement est à l'équilibre, mais en outre fait des réserves en cas de coup dur). Il n'y arrivera pas. Tout le monde se doutait en France qu'il n'y arriverait pas, car nos énarques sont drogués à la dépense publique, à la dette, au crédit bon marché. Finalement, ce sera 4,3% du PIB. Non seulement on rate l'objectif, mais on le rate de fort loin.

Il faut rappeler ici ce que c'est, "en pourcentage du PIB". C'est une invention française. Ce sont des énarques qui ont inventé ce truc, au Ministère des Finances, du temps où c'était pas encore à Bercy. Pour donner une image, c'est comme si un restaurateur disait "mon déficit n'est que de 3% de tout l'argent que mes clients ont sur eux quand ils rentrent dans mon restaurant". C'est absurde, car en toute logique, seule une portion de cet argent a vocation à être payée au restaurateur, mais nos énarques considèrent que l'argent des Français, tout l'argent des Français, c'est le leur, et qu'ils nous en concèdent royalement l'usufruit d'une partie. Une petite partie. En l'occurrence, 43%. Les 57% restants, on les paye en taxes, charges, impôts divers, et c'est l'état qui en fait "bon usage". C'est ça les données du problème. 57%, c'est un taux d'imposition énorme, grotesque, ubuesque. C'est un taux d'imposition que l'on ne retrouve, historiquement, que dans des pays en guerre, menacés de destruction par l'ennemi, et obligés de ponctionner lourdement les revenus des civils pour assurer le ravitaillement du front. Nous sommes en paix, cependant. A quoi sert donc tout cet argent ? On n'a pas de ligne Maginot à construire, ni de corps d'armée blindés à entretenir.

Non, on a décidé de faire la guerre à la pauvreté.

En voilà une bonne idée ! C'est vrai, c'est dommage, tous ces pauvres là, qui vivent dans des logements insalubres, qui se nourrissent chichement de saloperies, qui n'ont pas accès à la culture, au sport, tout ça... Donc, à l'issue de la guerre, entre les communistes, les socialistes et les chrétiens sociaux, il y a eu plein de bonnes âmes pour convenir qu'en plus d'être une et indivisible, la République Française se devrait désormais d'être Sociale (c'est écrit dans la Constitution), c'est à dire qu'elle se donnait pour mission de hisser les classes laborieuses hors de l'abjecte obscurité dans laquelle elles croupissaient. Ce qui partait d'un bon sentiment.

Et le fait est qu'au début, on a fait tout un tas de trucs sympa. L'assurance maladie, pour que même les pauvres puissent se soigner. L'assurance chômage, pour que les travailleurs temporairement privés d'emploi ne soient pas réduits à la mendicité le temps de retrouver du turbin. Les allocations familiales, afin d'aider les mères de famille méritantes à repeupler notre pauvre pays qui avait tant souffert des deux guerres et de l'occupation. Les HLM, pour que les bidonvilles laissent la place à des quartiers décents et salubres. Bref, avec peu de moyens, la France a corrigé les inégalités les plus criantes, les plus scandaleuses, et amélioré considérablement le sort des plus pauvres.

Et puis comme toujours, ils ont voulu trop en faire et ça a dérapé. Bientôt, il ne s'est plus agi d'améliorer le sort des pauvres, mais d'éliminer les pauvres. De supprimer la classe populaire, pour faire entrer tout le monde dans la classe moyenne. C'est toujours cette pensée que nos dirigeants, de droite ou de gauche, ont en tête, et c'est toujours cette passion étrange qui habite notre population. Après tout, c'est une noble ambition. Une nation laborieuse, égalitaire, de citoyens-producteurs-consommateurs, partie prenante de la vie économique comme de la vie politique, ça c'est un projet de civilisation. Alors pourquoi ça n'a pas marché ?

Oui, parce que ça n'a pas marché. Aucun pays au monde, dans toute l'histoire humaine, n'a consacré autant de ressources à lutter contre la pauvreté, et sur un aussi long laps de temps. Quel est le résultat ? Je n'ai jamais vu autant de traîne-patins assis par terre dans les couloirs du métro ou sur les trottoirs, les HLM sont devenus des taudis où s'entassent des populations sans avenir, à la merci de maladies que l'on croyait à jamais disparues de nos contrées. Notre système de santé s'effondre. Notre système éducatif s'effondre. Nos infrastructures d'énergie et de transport s'effondrent. Les rats pullulent en plein Paris, là où la mairie n'a plus les moyens de lancer des campagnes de dératisation. Pourquoi ça n'a pas marché ?

C'est parce que la pauvreté, ce n'est pas un problème d'argent, c'est un problème de culture. Pas de culture "Béjart-télérama", pas la culture du Ministère, non. La culture populaire, la culture familiale. Ce qui fait un riche ou un pauvre, ce n'est pas l'argent, l'argent n'est qu'un symptôme, un effet secondaire.

Faisons une expérience de pensée : donnez 500 euros à Brandon, cariste au chômage (et il faut un sacré poil dans la main pour être au chômage quand on est cariste), et 500 euros à Jean-Cocu, Associate Junior Auditeur chez Wilks&Wilkins&Wilkinsons. On peut supposer que Jean-Cocu va considérer la somme en question, puis filer chez son galeriste préféré, acheter une photographie ou une lithographie d'un artiste qu'il apprécie. Il en tire un triple bénéfice. D'une part, il déduit cette somme de son revenu imposable. D'autre part, dans dix ans, avec un peu de chance, il fera une petite plus-value. Enfin, le temps qu'il la possèdera, il tirera plaisir de l’œuvre qu'il possède. Et Brandon dans tout ça ? Le voici qui sort de l'Apple store avec un iPad gris sidéral tout neuf. Il n'a plus un sou de ce qu'on lui a donné, mais il va devoir encore payer un étui pour protéger son trésor, ainsi que moult applications indispensables, séries américaines de merde et autres dépenses imprévues. Dans deux ans, son iPad ne vaudra plus rien, puisqu'il aura déjà deux générations dans la vue, mais il ne marchera probablement plus.

Expérience numéro deux : dépouillons nos deux compères de tout argent (c'est plus vite fait pour l'un que pour l'autre). Donnons leur cette fois deux cent mille euros chacun. Aussitôt, Brandon fait ce que la société lui a toujours dit de faire dans pareil cas : "investir" dans la pierre. Donc, nanti de sa fortune, il va faire le tour de tous les banquiers du pays pour finalement trouver une bonne poire qui lui en donne cent mille de plus, malgré ses revenus grotesques. Il s'endette donc au maximum de ses capacités pour acheter un royal pavillon dans une lointaine banlieue à super qualité de vie. Il découvre vite qu'une maison, ça s'entretient, il y a des travaux, un jardin, tout ça a un coût. Et puis, les transports pour toucher la CAF, ça commence à coûter cher, et en banlieue, sans voiture, t'es mort. Bref, le bien de Brandon va se déprécier, tandis que ses revenus disponibles s'amenuisent de mois en mois. Il finira par revendre son taudis et ne retrouvera que 50 000 euros sur les 200 000 de départ, retournera en location, et profitera de ce qu'il a du cash pour s'acheter une berline Mercedes qui finira de le ruiner en assurance, essence et entretien. Jean-Cocu, de son côté, va faire une folie de son argent : il l'aura utilisé inconsidérément à racheter un petit fonds de commerce, pas spectaculaire certes, mais lui assurant des revenus réguliers. En travaillant assidûment à son affaire, il va bientôt pouvoir investir dans la décoration de son local, l'amélioration des infrastructures, la promotion de son activité, embaucher un ou deux employés. Le temps que l'autre ait tout flambé, son affaire se sera développée. Il la revendra alors peut-être avec une belle plus-value, assez pour prendre quelques vacances et monter une autre affaire.

La différence entre Brandon et Jean-Cocu, ce n'est pas l'argent, ce n'est même pas l'éducation (les Brandon ne sont pas analphabète, et les Jean-Cocu sont rarement agrégés de lettres). C'est la culture de l'argent. Jean-Cocu va utiliser son argent comme un moyen d'avoir plus d'argent. Brandon va trouver, allez savoir comment, un moyen d'utiliser son argent pour s’appauvrir. Brandon n'a aucune notion, en général, du fait que l'argent, ça peut servir à autre chose qu'à être dépensé. Brandon ne connaît personne parmi ses proches, dans sa famille, qui ai jamais monté un business (et encore moins avec succès). C'est ça la différence entre les riches et les pauvres.

Et c'est pourquoi faire pleuvoir de l'argent sur la tête des pauvres, comme on s'obstine à le faire depuis quarante ans, c'est voué à l'échec. Non seulement ça n'a pas résolu les inégalités sociales, mais ça n'a fait que les aggraver. En empêchant les classes populaires d'acquérir une culture financière, on n'a fait que les cantonner dans leur ghetto social. Ils y ont rarement le sentiment de pouvoir en sortir, et ceux qui y sont disposés n'ont aucune idée de la manière dont il faut s'y prendre pour y arriver.

Nonobstant, on peut tout à fait excuser les classes populaires d'avoir perdu le sens de l'épargne, de l'entreprise et de l'effort, l'exemple que leur donne la classe dirigeante en ce qui concerne la gestion des finances publiques étant en cela accablant.


Et oui, pour ceux que ça intéresse, je viens de recevoir mon tiers provisionnel. Six Brandons vont recevoir leur prime de rentrée scolaire grâce à moi cette année, je suis fier.
Tags: couilles en or
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